Les prix flambent aux Etats-Unis et la solution ne va pas plaire à Trump
La guerre en Iran pousse les prix à la hausse. Cette réalité n'est pas exclusive aux Etats-Unis, mais c'est bien là-bas que le phénomène prend le plus d'ampleur. L’indice dit «Personal Consumption Expenditures Index», qui mesure l’inflation des dépenses de consommation privées, a augmenté en avril de 3,8% par rapport à l’année précédente.
L’indice est une mesure clé pour les banquiers centraux dans leurs évaluations de la situation.
Une situation difficile
Il s’agit de la croissance annuelle la plus rapide dans ce domaine depuis mai 2023, lorsque le pays subissait encore les conséquences de la pandémie de Covid, écrit le New York Times. A cette époque, la Fed (la banque centrale des Etats-Unis) était sur le point de relever ses taux d’intérêt.
L’inflation dite «noyau», qui exclut les prix volatils des denrées alimentaires et de l’énergie, est également à un niveau record depuis plusieurs années, avec un taux de 3,3%.
Depuis plusieurs semaines, la guerre en Iran pose un défi de taille aux banquiers centraux américains, mais aussi ailleurs. En effet, face à un tel «choc» externe, ils n’augmentent généralement pas immédiatement leurs taux, car ils partent du principe qu’il s’agit d’une situation temporaire. Augmenter les taux directeurs alors que cela ne correspond pas à la tendance économique générale pourrait avoir comme conséquence de freiner trop fortement l’économie.
Une probable hausse des taux à l'horizon
Aux Etats-Unis, les voix des banquiers centraux se multiplient désormais (les Etats-Unis comptent 19 banquiers ayant un droit de vote, formant le Federal Open Market Committee, le comité de politique monétaire), envisageant une hausse des taux. Selon le New York Times, les conséquences de la guerre en Iran représentent un quatrième choc économique en cinq ans, faisant s'éloigner par la même occasion le seuil des 2% d'inflation visé par la Fed.
Les chocs précédents étaient la pandémie de Covid, le début de la guerre en Ukraine et la guerre commerciale de Trump, lesquels ont tous eu un effet inflationniste sur le système économique américain.
Lisa D. Cook, membre du conseil des gouverneurs de la Fed, a indiqué mercredi dans une déclaration:
Elle est donc prête à relever les taux, «si la désinflation attendue ne se produit pas à temps».
Auparavant, Christopher J. Waller, un autre gouverneur, avait déjà estimé qu’il ne pouvait plus exclure des hausses de taux à l’avenir, «si l’inflation ne diminue pas bientôt». Cela est particulièrement vrai «si les indicateurs des attentes d’inflation, dont certains ont récemment augmenté, montrent des signes de non-stabilisation», a ajouté Christopher J. Waller.
Les marchés semblent désormais partager ce point de vue. La semaine dernière, le marché obligataire a fait parler de lui, les rendements de nombreuses obligations d’Etat de longue durée ayant grimpé à un rythme record. Cela signifie notamment que les participants au marché anticipent une inflation plus élevée à l’avenir et souhaitent être compensés pour ces risques accrus.
Trump veut des taux plus bas
Cette situation ne devrait pas plaire au président américain, Donald Trump. Par le passé, il a à plusieurs reprises critiqué le président sortant de la Fed, Jerome Powell, pour ne pas avoir suffisamment baissé les taux. Aujourd’hui, il semble que Powell ait fait le bon choix. Et son successeur, Kevin Warsh, nommé par Trump et entré en fonction la semaine dernière, semble donc avisé de ne pas s’écarter prématurément de cette politique.
La population américaine, elle, semble ressentir fortement la hausse de l’inflation, en particulier à la pompe: les prix de l’essence ont augmenté de 12,3% en avril aux Etats-Unis. Depuis le début de la guerre fin février, l’augmentation atteint même 50%.
Selon les données publiées jeudi, les consommateurs ont donc déjà commencé à réduire leurs dépenses. Corrigées de l’inflation, celles-ci n’ont augmenté que de 0,1% en avril, un niveau très bas au regard de la croissance économique et des prix. Parallèlement, les revenus stagnent et le taux d’épargne est tombé à son niveau le plus bas depuis juin 2022.
