Ces policières suisses n’auraient pas dû déshabiller cette femme de 65 ans
Vêtue d'un blouson de cuir noir, Heidi Joos, 65 ans, s'était appuyée contre une rampe d'escalier devant la gare de Lucerne. Elle observait une intervention de la police et photographiait avec son téléphone la manière dont les agents surveillaient les entrées de la gare et contrôlaient les passants.
L'histoire se déroule le samedi de Pentecôte 2020. La première vague de Covid touche à sa fin, des opposants aux mesures sanitaires ont annoncé un rassemblement non autorisé près de la gare, mais l'ont déplacé sur la Schwanenplatz en raison de la forte présence policière.
Elue au Grand Conseil à 24 ans sous les couleurs du parti de gauche Poch, Heidi Joos se considère toujours comme une femme de gauche. Mais elle est loin d'être adepte de la politique sanitaire menée par le conseiller fédéral Alain Berset. Ce sont, selon elle, les atteintes au droit fondamentaux qu'elle entend critiquer en manifestant.
Ce samedi, elle se trouve seule et veut simplement manifester en silence. La police veut alors la contrôler, mais Heidi Joos s'y oppose. Le ton est alors devenu personnel. La séxagénaire explique qu'elle n'est pas une trouble-fête mais une ancienne parlementaire. D'après ses dires, une jeune policière lui rétorque alors qu'elle aurait honte d'avoir une mère comme elle. Les policières qui l'interpellent ont l'âge d'être ses petites-filles.
Dénudée sans raison valable
La situation dégénère. Des policiers la menottent avec les mains dans le dos et la traînent jusqu'à la voiture de police. A l'arrière se trouve un chien policier qu'elle entend aboyer. Elle se sent oppressée et ne veut plus qu'une chose, sortir de là. Elle mord à l'avant-bras la policière qui la maintient. Celle-ci lui recouvre alors la tête d'un tissu et la conduit au poste central de police.
Une fois au poste, elle doit se déshabiller. Les deux policières présentes lors de l'intervention la fouillent à la recherche d'objets dangereux. Heidi Joos se sent humiliée, surtout à cause du fait qu'elle doive exposer son corps vieillissant à de jeunes policières.
Elle doit ensuite passer la nuit dans une cellule exiguë, sur un matelas en plastique noir, ne pouvant dormir qu'en repliant les jambes. Une lumière crue reste allumée au-dessus d'elle, et une caméra pend au plafond. Frigorifiée, elle s'enroule dans un drap blanc et compte les feuilles de papier toilette. Il n'y a pas de savon.
Ce n'est qu'au matin, une fois le papier toilette épuisé, qu'Heidi Joos appuie sur le bouton d'urgence. Une voix d'homme, sortie du haut-parleur, lui demande si elle veut du café. Selon son souvenir, c'est le premier ton amical qu'elle entend depuis des heures.
Heidi Joos porte ensuite plainte contre la police, mais sans succès. Selon le tribunal cantonal, la fouille à nu et la nuit passée en cellule sont proportionnées, dans la mesure où elle a participé à un rassemblement non autorisé et adopté un comportement agressif.
Elle a été indemnisée
Le Tribunal fédéral vient d'annuler ce jugement et a accordé à Heidi Joos une indemnité de 1000 francs pour le tort subi. Selon lui, la police aurait tout aussi bien pu se contenter de la palper, voire de la contrôler à l'aide d'un détecteur de métaux.
Une fouille corporelle à nu n'est autorisée que s'il existe des indices concrets laissant supposer la dissimulation d'objets dangereux. Si la morsure infligée dans la voiture de police justifiait bien une fouille, elle ne justifiait pas une fouille à nu.
Le Tribunal fédéral a par ailleurs qualifié la nuit passée en cellule de «traitement dégradant». Selon lui, la police aurait tout aussi bien pu convoquer Heidi Joos à une audition le lendemain matin.
Plus de six ans se sont écoulés depuis les faits. Agée aujourd'hui de 71 ans, Heidi Joos se réjouit de cette réparation tardive. Elle dirige aujourd'hui un centre de conseil pour personnes âgées, et affirme que cette affaire a nui à sa réputation, car son organisation aurait ainsi reçu moins de dons à la suite des évènements.
Ce jugement lui rend un sentiment de réhabilitation:
Traduit de l'allemand par Joel Espi
