Suisse
Crans-Montana

SSR: pourquoi les Eglises romandes combattent l'initiative UDC

Pourquoi Cath-Info et Réf-Médias combattent «200 francs, ça suffit!».
La baisse de la redevance pourrait réduire l’offre spirituelle de la RTS.Image: montage watson

Les Eglises romandes tremblent pour le million de la RTS

Dans une prise de position écrite et un clip vidéo convoquant le drame de Crans-Montana, les agences Cath-Info et Réf-Médias, qui sont liées à la RTS par un partenariat d'un million de francs par an, font campagne contre «200 francs, ça suffit!». L'un des responsables s'explique. Un élu UDC s'irrite.
11.02.2026, 11:1711.02.2026, 11:17

Un million de francs. C’est la somme que risquent de perdre les agences Cath-Info et Réf-Médias si l’initiative «200 francs, ça suffit!» devait être acceptée le 8 mars. Ce million de francs est le montant investi chaque année par la RTS dans un partenariat avec ces deux médias portant la voix des catholiques et des protestants. L’argent sert à la production de podcasts vidéo diffusés par la RTS sur un site dédié. Leurs noms: «Hautes Fréquences», «Babel», «Chronique RTSreligion», «En quête de sens», une offre complétée par la diffusion de messes et de cultes.

Sur son site, Cath-Info relaie des prises de position politiques ou religieuses hostiles à l’initiative de l’UDC, qui prévoit de ramener la redevance annuelle de l’audiovisuel public de 335 francs à 200 francs. Mais, le 5 décembre, ce sont les responsables de Cath-Info et Réf-Médias en personne qui tiraient la sonnette d’alarme sur le même site. «Cath-Info et Réf-Médias redoutent que la diminution drastique des moyens alloués à la SSR conduise à une mise en danger de RTSreligion (…)», le nom du partenariat liant les deux entités à l’audiovisuel public romand.

Et les responsables des deux agences religieuses d’ajouter, craignant le pire:

«Il est à craindre que l’accord RTSreligion conclu entre Cath-Info, Réf-Médias et la RTS ne puisse être reconduit, faute de moyens suffisants du côté du service public pour maintenir la diffusion de contenus spirituels et religieux au niveau actuel.»

Cet appel au rejet de «200 francs, ça suffit!» par des organes en partie soutenus par de l’argent public, à hauteur d’un million de francs annuellement dans le cas présent, déroge-t-il à un éventuel devoir de réserve?

Le 1er février dans l’émission «Sport Dimanche», le journaliste Massimo Lorenzi affirmait que la couverture des Jeux olympiques de Milan-Cortina «coûte cher au service public» et qu’elle «n’est possible que grâce au financement que le service public a encore aujourd’hui». Un appel indirect à voter «non» qui a fait bondir les partisans de l’initiative. Le conseiller national UDC fribourgeois Nicolas Kolly a vu là un «dérapage grave de la RTS».

A quoi sert le million de la RTS?

La prise de position de Cath-Info et Réf-Médias, portée par quatre signatures, dont celle du vice-président du Conseil exécutif de la Conférence des Eglises réformées romandes, le pasteur Yves Bourquin, constitue-t-elle également un dérapage? Joint par e-mail, Paolo Mariani, directeur de Réf-Médias, journaliste à RTSreligion, historien et diacre, répond par la négative. Il décrit la nature du mandat des deux agences religieuses sous partenariat avec la RTS:

«Cath‑Info et Réf‑Médias ne sont pas des services de la SSR, mais deux rédactions indépendantes (…) qui emploient et payent les journalistes des émissions religieuses RTS. Elles disposent d’un mandat par convention parce qu’elles ont une expertise reconnue sur le fait religieux et les spiritualités et parce que leurs produits éditoriaux répondent aux normes déontologiques du service public, pas parce qu’elles seraient un simple prolongement de la SSR.»
Paolo Mariani, directeur de Réf-Médias

Précision: le million de francs investi annuellement par la RTS dans les émissions de RTSreligion finance les moyens techniques nécessaires à leur réalisation à hauteur de 72%, le solde provenant des agences Cath-info et Réf-Médias. Les salaires des collaborateurs sont versés par les Eglises, non par la RTS.

Paolo Mariani poursuit:

«Cath-Info et Réf-Médias assument leur liberté de parole sur l’initiative "200 francs, ça suffit!". Une baisse massive de la redevance ne toucherait pas seulement "la SSR en général", mais très concrètement le dispositif RTSreligion: moins de moyens, moins d’émissions, moins de présence de la dimension spirituelle dans le service public. Quand on a déjà vu, par le passé, que chaque coupe budgétaire réduit l’offre – y compris religieuse –, il serait paradoxal de se taire!»

«Libres de s’exprimer»

Interrogée sur ses liens avec les deux agences précitées, la RTS indique, par la voix de son porte-parole Christophe Minder:

«En tant qu’institutions religieuses indépendantes de la RTS, non financées par celle-ci, Cath-Info et Réf-Médias sont libres de s’exprimer sur cet objet de votation, au même titre que les autres partenaires de la RTS, tels que les milieux sportifs, culturels ou de la branche audiovisuelle.»
Christophe Minder, porte-parole de la RTS

Christophe Minder précise encore:

«Cath-Info et Ref-Médias sont partenaires de la RTS uniquement pour ce qui concerne les contenus de RTSreligion. En tant qu'agences de presse spécialisées dans le fait religieux, elles produisent des contenus éditoriaux pour leurs propres plateformes et pour d'autres médias comme 24 Heures ou Arcinfo.»
Christophe Minder, porte-parole de la RTS

Déjà irrité par l'«affaire Massimo Lorenzi», l'UDC Nicolas Kolly, joint par watson, juge «la posture de Cath-Info et Réf-Médias affligeante».

«D'un côté, ces agences se targuent d'être indépendantes, de l'autre, elles dépendent de l'argent public. Je trouve qu'il y a de leur part une forme de légèreté à se présenter comme indispensables, quand des médias privés, eux, ne reçoivent aucune subvention publique pour faire leur travail.»
Nicolas Kolly, conseiller national (UDC/FR)

Le drame de Crans-Montana dans une vidéo

A l’approche de la votation du 8 mars, Cath-info et Réf-Médias jouent leur va-tout sur les réseaux sociaux. Publiée le 6 février, une vidéo façon clip de campagne électorale a jeté le trouble chez certains commentateurs. Pour souligner le vide que créerait la disparition des émissions diffusées sur RTS Religion, la vidéo montre l’intérieur d’un foyer habité par un couple avec enfant au moment de la préparation du repas de midi.

Visible depuis la cuisine, la télévision diffuse un sujet sur la messe d’hommage du 4 janvier aux victimes de la tragédie de Crans-Montana. Soudain, la retransmission s’arrête nette, métaphore de ce qui pourrait arriver aux podcasts de Cath-info et Réf-Médias si l’initiative de l'UDC était acceptée, comprend-on. A noter qu'une autre vidéo avec le même décor évoque l'élection du pape Léon XIV.

Sur Facebook, le rédacteur en chef du média romand Le Peuple, Raphaël Pomey, de foi catholique, a réagi:

«La récupération de ce drame pour influencer un vote me paraît assez inacceptable»
Raphaël Pomey

Le directeur de Réf-Médias, Paolo Mariani, justifie le clip vidéo:

«Sur la vidéo liée à la messe après le drame de Crans‑Montana, l’intention est claire: (…) Il ne s’agit ni de faire du sensationnalisme ni de "récupérer" la souffrance des personnes touchées: il s’agit de dire que, pour beaucoup, la réponse à un drame passe aussi par une parole spirituelle et une célébration, de surcroît retransmise par toutes les chaines nationales.»
Paolo Mariani, directeur de Réf-Médias

Quoi qu’on pense de «200 francs, ça suffit!», il est probable qu’une réduction drastique de la redevance audiovisuelle risque d'entraîner une diminution des offres annexes de la RTS, celle de RTSreligion, entre autres. Des emplois sont en jeu. Rappelons qu’en octobre dernier, les responsables des Eglises réformées romandes licenciaient deux journalistes travaillant pour l’agence de presse protestante Protestinfo.

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Video: watson
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