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Si vous en rêviez, désolé: devenir un mème, «ça ne se décide pas»

Luca Loutenbach, ce Jurassien devenu mème.

Image: DR

Vous l'avez tous vu, ce supporter jurassien de la Nati devenu une star des réseaux plus vite que son ombre. Entre notoriété éphémère et cible marketing, un expert de la communication digitale décrypte ce buzz pour nous.



Il a retourné le web et arraché des fous rires. On l'a même sacré «homme du match» Suisse-France. Tantôt agneau dépité, tantôt bête féroce, ce supporter de la Nati a été transformé en mème plus vite que la lumière par le Lol Game.

Joueur, le Jurassien a visiblement décidé de capitaliser, non sans humour, sur sa notoriété explosive, en s'affirmant comme «mème officiel de la Nati» dans sa biographie Twitter. Les marques, Red Bull et Suisse Tourisme notamment, n'ont pas attendu pour le prendre dans leurs filets marketing, alors que ses abonnés, eux, ont pris l'ascenseur.

Pour tenter de comprendre comment un tel buzz se fabrique, nous avons sollicité l'oeil aiguisé de Vincent Bifrare, fondateur de l'agence de communication digitale Mondays. Interview.

Pourquoi les marques sautent-elles instantanément sur un internaute qui fait le buzz?
Parce qu’elles surfent sur la vague. C’est une stratégie semblable à celle qu’elles ont envers les influenceurs. Sauf que dans le cas de ce supporter, la notoriété est fulgurante et induite par un seul événement. L’intérêt des marques, ici, est lié au fait que la Suisse est encore en lice à l'Euro. Si l’équipe avait perdu, ce serait beaucoup moins intéressant. Là, les audiences vont être énormes durant le match de vendredi. Il y a donc une visibilité impayable d’une autre manière.

«Les gens s’intéressent à ce Jurassien. Il a des relais dans la presse (la preuve, vous me contactez pour cet article), et tout cela est bénéfique d’un point de vue marketing»

Ce supporter a-t-il raison de profiter de cette exposition?
Disons qu’il n’a pas grand chose à perdre, à part son image qui a déjà été récupérée et transformée. Il peut tenter de se faire payer un billet d’avion ou d’obtenir des cadeaux. Il a tout intérêt, lui aussi, à surfer sur cette vague tant qu’elle est là.

Tenter de gratter un billet d'avion… et l’obtenir: il l'a fait

Ce buzz est-il vraiment éphémère ou pourrait-il déboucher sur une «nouvelle vie»?
Même si c’est un buzz international, il reste très Suisse. En quelques jours, ce supporter n’a gagné «que» 2000 followers. On n’atteint pas des dimensions comparables à ce qui pourrait se passer aux Etats-Unis ou en France, où tout aurait pu grimper beaucoup plus vite.

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András Arató, aka «Hide the pain Harold», mannequin hongrois devenu célèbre lorsqu'un cliché s'est transformé en mème, dans les années 2010.

«A moins qu’il ne soit très malin, cette notoriété sera éphémère»

Plusieurs médias ont mis des guillemets à «célébrité» en écrivant sur ce supporter. Ce n’est pas une vraie célébrité?
Ça dépend de la définition que l’on en donne. Etre célèbre, c’est être connu ou reconnu pour quelque chose. On peut dire que c’est son cas: on le connaît et on le reconnaît pour ses mèmes. Mais c’est une célébrité qui reste éphémère. Ce n’est pas non plus un influenceur, qui crée lui-même du contenu. Ici, le buzz s’est formé à son insu.

Avant ce Jurassien, Johann Schneider-Amann et sa phrase «Rire, c’est bon pour la santé», puis JP Fanguin ont fait le tour du web. A froid, quelle analyse faites-vous de nos mèmes nationaux?
Je pense que le mot qui lie les trois, c’est la caricature. On a vu ce conseiller fédéral très suisse, qui ne ressemble à aucun autre président ou ministre. Puis il y a eu JP Fanguin qui surjouait un rôle dans un monde exagéré, qui n’existe pas. Enfin, ce supporter, c’est le fan suisse dans tous ses aspects. Ce qui les rallie, c’est ce jeu sur les clichés.

Si je veux devenir un mème, je dois donc être super caricaturale?
On ne décide pas de devenir un mème. Bernie Sanders et ses moufles ne l'ont pas choisi non plus.

«Un mème provoqué sera raté. La viralité, ça ne se
commande pas»

La publicité non plus ne sera pas efficace. La force du marketing vient dans un deuxième temps, quand le mème fait déjà un carton: il faut que les marques soient très réactives, s’approprient l’image tout en diffusant leur message, sans attendre, pour ne pas donner une impression de «périmé».

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source: keystone
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