Ce Suisse transforme une montagne en coffre-fort pour milliardaires
Si vous avez vu Paradise, la série d'anticipation qui retrace les aventures de quelques survivants de l'apocalypse, terrés dans une citée souterraine idyllique, sur Disney+, les lignes qui vont suivre vont vous sembler... étrangement familières. Car c'est un scénario similaire qui se dessine dans les entrailles d'une montagne des Alpes suisses.
De prime abord, pourtant, difficile d’imaginer décor plus éloigné d'une potentielle fin du monde. Un lac turquoise qui s’étire au pied des montagnes, des trains gorgés de touristes circulant lentement le long du massif du Brünig, entre Lucerne et Interlaken: nous voilà à Lungern, dans le canton d’Obwald.
C'est là, au cœur ce cadre typique de carte postale suisse, que des machines sont occupées à grignoter la roche. Leur mission: construire l’un des coffres-forts privés les plus spectaculaires d’Europe.
Un projet dément
Son nom? Brünig Mega Safe. Un projet suffisamment hors norme pour attirer désormais l’attention de la presse étrangère, du britannique Times au New York Post américain, en passant par la Berliner Zeitung. La semaine passée, c'est la RTS qui résumait la promesse en une formule: des «bunkers» creusés pour protéger les biens des super-riches, dans un monde devenu plus instable.
Le cerveau derrière Brünig Mega Safe, Thomas Müller, n'en est de loin pas à son premier projet au cœur de la montagne: l’entrepreneur obwaldien a creusé une première caverne pour son entreprise au début des années 90, avant d'y ouvrir une cantine pour ouvriers, transformée depuis en large complexe gastronomique avec plusieurs bars et salles de banquet pouvant recevoir jusqu’à 250 personnes.
A cela s’est ajouté un stand de tir qui attire plus de 30 000 tireurs par an, ainsi qu'un centre d'entraînement pour pompiers, l’International Fire Academy. Sans oublier un entrepôt renfermant quelque 40 tonnes d’explosifs de la Société Suisse des Explosifs que la Handelszeitung décrivait, en 2020, comme le plus important dépôt privé de ce type du pays.
Officiellement, plus que des bunkers où se terrer en cas d'attaque nucléaire, il s’agit plutôt de cavernes de haute sécurité destinées au stockage de biens précieux. Thomas Müller cite en exemple l’or et les métaux précieux, les œuvres d'art, les voitures de collection, les grands vins ou d’autres biens particulièrement sensibles.
SRF rapportait pour sa part en juillet 2025 qu’un intéressé souhaitait y ranger 20 voitures, tandis qu’un autre envisageait d’y stocker pas moins de 100 000 bouteilles de vin. Une demande avait même été formulée pour des substances chimiques. Drogues et explosifs sont en revanche exclus, assure Thomas Gasser.
100 mètres de roche au-dessus de la tête
Les cavernes sont enfouies profondément dans le massif du Brünig, avec plus d’une centaine de mètres de roche entre certains espaces et l’extérieur, selon les reportages consacrés au chantier. A l’intérieur, la température reste naturellement autour de 13 degrés toute l’année, une caractéristique appréciable pour conserver vins, pièces d’art ou véhicules.
Le promoteur met également en avant un dispositif de sécurité digne d’une installation stratégique ou de la BNS: Thomas Gasser a confié à RTS qu’il faudra d’abord franchir un sas, puis quitter son véhicule avant de subir plusieurs autres contrôles - dont il refuse, pour des raisons évidentes, de préciser la nature.
Vous l’aurez compris, entreposer son Picasso ou sa Ferrari sous une montagne suisse n’est pas exactement à la portée de toutes les bourses. En juillet 2025, SRF indiquait qu’une caverne offrant une vingtaine de mètres carrés de stockage coûterait un peu plus de 500 000 francs. Les informations diffusées en 2026 situent les prix entre 500 000 et 775 000 francs, selon la configuration, tandis que certaines offres ou configurations plus importantes peuvent atteindre ou dépasser le million.
Et le concept est bien plus particulier qu’une simple location de box. Les cavernes peuvent être attribuées en droit de superficie pour 99 ans, avec inscription au registre foncier.
Projet démesuré... mais revu à la baisse
Si le projet semble déjà fou, ce n'est que la pointe de l'iceberg et il semble presque raisonnable comparé aux ambitions initiales. En effet, en 2020, Thomas Gasser imaginait un complexe pouvant compter jusqu’à 100 cavernes de haute sécurité. Chacune devait être équipée en eau, électricité et chauffage et disposer d’un accès permettant à un poids lourd d’entrer.
A l'époque, la plus petite devait mesurer environ 25 mètres carrés; à l’autre extrême, le promoteur envisageait une caverne de la taille d’un terrain de football, avec un plafond comparable à la hauteur d’un pylône électrique, comme il l'avait expliqué au magazine PME.
Six ans plus tard, la structure effective est plus resserrée. Thomas Gasser évoquait en 2025 un réseau d’environ 200 mètres sur 300, comprenant à terme 20 à 25 cavernes. La première carne, achevée cet été, atteint environ 70 mètres de longueur, plus de 20 mètres de largeur et une section supérieure à 130 mètres carrés, selon l'entreprise.
En attendant de voir débarquer les premières Ferrari, le projet divise au sein du petit village de Lungern, à deux pas du chantier. Interrogés par la RTS, les habitants se montrent plutôt circonspects. «On construit quelque chose pour des gens qui ont déjà suffisamment d'argent», s'agace une habitante au micro de la chaîne.
D'autres curieux, en revanche, se réjouissent déjà de voir débarquer de beaux bolides rutilants: «Je n'ai pas de problème avec les belles voitures», assure une habitante.
