Il a fait atterrir Trump à Genève: «Air Force One a la priorité»
Il nous a donné rendez-vous à son bureau situé dans la tour de contrôle de Genève aéroport, Pascal Hochstrasser a l'air décontracté. «J'ai 22 ans d'ancienneté en tant que responsable à Skyguide, mais je peux vous dire que ce G7 est un challenge», lance-t-il avec un sourire. Notre entretien, bien qu'effectué quelques jours avant le sommet, ne pourra pas être diffusé avant son ouverture pour des raisons de sûreté. Quelles sont les spécificités aussi bien sécuritaires qu'organisationnelles de cette rencontre? Le chef de la tour de contrôle et de l'approche de Genève aéroport répond à nos questions.
Pascal Hochstrasser, Genève aéroport s'est préparé pour l'arrivée des chefs d'Etat ce lundi, vous attendez donc les 7 avions des principaux participants?
Alors justement, il n'y aura pas sept avions seulement. Ce que je sais, c'est qu'il y aura sept délégations et, en plus, sept pays invités, dont le Brésil et l'Inde par exemple.
Habituellement, les membres du G7 viennent avec deux avions, un pour le chef d'Etat et l'autre pour leurs délégations. Ajoutez-y les pays invités de cette année, comme le Brésil que j'ai évoqué, par exemple, et vous aurez des dizaines d'avions supplémentaires qui viendront à l'aéroport de Genève. Je ne connais pas le nombre d'aéronefs pour une délégation, mais pour Skyguide, une délégation avec un chef d'Etat à bord, c'est un vol VIP, on ne peut pas les faire attendre. On va guider l'avion pour l'aligner sur l'axe de la piste et le faire atterrir, il sera ensuite dirigé vers une place de parc déterminée, ensuite c'est le service de protocole de Genève aéroport qui s'en charge.
Ces délégations viennent-elles toutes le même jour et repartent-elles toutes ce mercredi?
Une partie vient le lundi et l'autre le mardi. Mais la particularité c'est que les vols repartiront, a priori, tous le mercredi. Ce sera difficile à gérer, je ne vous le cache pas. Le protocole de Genève aéroport en collaboration avec les autorités et la Confédération vont déterminer le séquençage, c'est-à-dire l'ordre de départ des avions.
Vous avez fait une petite grimace en évoquant le sujet.
Il faut gérer toutes ces délégations qui amènent leurs lots d'avions tout en continuant les opérations civiles normales et donc les avions de ligne et charter, c'est un vrai challenge.
Genève aéroport va devoir faire de la place en déplaçant l'aviation d'affaires, mais c'est vrai que parquer tous les avions du G7 ne sera pas une mince affaire.
Vous nous avez parlé des avions qui arrivent à l'aéroport, mais, pour aller vers Evian, les dirigeants prennent-ils la route ou repartent-ils par les airs?
Certaines délégations vont rejoindre Evian par la route, mais la grande partie par les airs. Dans ce cas, c'est la France qui organise le transfert, ce seront donc des hélicoptères français. Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus concernant les procédures pour raison de sûreté.
Priorité et brouillage radio
Avec vos 35 ans d'ancienneté au sein de Skyguide, vous en avez vu d'autres de sommet et rencontres diplomatiques, quelle est la particularité de ce G7 2026?
Encore une fois, la particularité du G7, c'est le nombre de chefs d'Etat. J'étais responsable de la tour lors du sommet Biden-Poutine en 2021 et nous avions d'autres enjeux.
Comme...
Qu'est-ce que je peux vous dire? Comme des enjeux diplomatiques liés à l'ordre de décollage, entre les Etats-Unis et la Russie, mais c'est le service du protocole de Genève aéroport qui donne à Skyguide les informations à ce sujet.
Avez-vous vécu un événement particulier concernant la gestion des avions présidentiels lors du sommet Biden-Poutine en 2021?
Je ne vais pas entrer dans les détails, mais oui, à Skyguide nous avons eu quelques minutes assez désagréables concernant la venue du président russe à Genève aéroport.
C'est-à-dire?
Des brouilleurs radio ont été activés lors du déplacement du cortège de véhicules avec le président Poutine à bord.
Vols VIP et attentes
Vous nous avez dit que vous ne vous exprimerez pas précisément sur les enjeux de sûreté, pouvez-vous toutefois nous dire quelles sont les menaces auxquelles Skyguide doit faire face pour ce sommet?
On ne peut nier qu'il y a une grande tension géopolitique actuellement et tout le monde est un peu nerveux. Dans mon domaine, on doit être attentif à l'évolution technologique, notamment les drones qui sont la menace principale, c'est tout ce que je peux vous dire. L'autre complexité, c'est de maintenir Genève aéroport ouvert durant tout le sommet, mais plus précisément lors de l'arrivée et du départ des délégations.
Il y aura donc des vols retardés, voire annulés?
Il a été décidé que les vols de ligne et les charters pourraient opérer. Par contre nous avons informé les compagnies aériennes qu'il pourrait avoir des attentes à cause des vols VIP qui ont la priorité. Je rappelle que la Suisse n'est pas organisatrice du sommet.
Il faut comprendre que Skyguide doit à la fois répondre aux attentes de la mission des forces aériennes suisses, des forces aériennes françaises qui protègent l'événement et, en même temps, maintenir les opérations habituelles de l'aéroport. Dans la planification, les mouvements de l'aviation d'affaires ont été restreints, voire interdits durant ces trois jours ainsi que l'aviation légère.
Vous ne pouvez donc pas dire s'il est préférable de reporter son vol durant ces trois jours?
Non, je ne peux pas vous le dire, car ce n'est pas notre mandat, c'est aux compagnies aériennes de communiquer ce genre d'information, pas à Skyguide. Notre mandat qui est donné par la Confédération est de maintenir la sécurité et si on doit mettre des restrictions pour cette raison, nous le ferons sans hésitation.
Air force one: la machine qui fascine
On connaît Air Force One à travers l'imaginaire presque hollywoodien, mais en quoi cet avion est-il particulier lorsque l'on est contrôleur aérien?
Il est vrai que cet avion fait rêver. Je dirai que cet avion est à part par les particularités de sûreté, il transporte le président des Etats-Unis et ce n'est pas rien, mais, malgré l'existence de ses propres procédures, à la tour, nous restons l'autorité qui le guide. Au niveau du contrôle aérien, c'est un vol d'Etat, il a donc la priorité sur les autres vols de ligne, mais nous restons l'autorité et nous donnons toutes les autorisations nécessaires pour l'approche et l'alignement sur l'axe final, par exemple. Tant qu'il n'y a pas de danger, nous le considérons comme les autres avions.
Il n'y a donc pas une équipe formée spécifiquement pour gérer l'arrivée de cet avion sur le sol helvétique? Les services secrets américains ne viennent pas prendre les commandes de la tour pour le faire atterrir?
Non, mais nous sommes en contact avec les représentants de la Maison-Blanche pour coordonner les opérations. Ceci afin de garantir la prise de décision à son arrivée. Nous discutons toujours avec les pilotes de l'avion présidentiel américain en amont. Par contre, je ne vous en dirai pas plus sur le volet pratique.
Air Force One ou d'autres avions de chefs d'Etat sont-ils accompagnés dans les airs par des avions de chasse, par exemple?
Non, ils viennent seuls. La seule raison pour cette escorte serait le survol d'une zone dangereuse ou qu'un avion ne réponde pas à la radio, mais cela ne concerne pas les vols d'Etat.
Pour les fans de Flightradar, pourra-t-on observer les vols d'Etat ou d'Air Force One sur une carte en direct?
Non. En général, aucun vol d'Etat ne sera visible sur Flightradar, ni dans les airs ni au sol.
Et concernant la tour, devez-vous vous organiser spécialement pour l'arrivée de cet avion, comme ajouter du personnel, par exemple?
Non, rien de spécifique pour ce vol. Par contre, avec le sommet, j'ai mis en place des tours de service supplémentaires, c'est-à-dire du personnel additionnel au cas où les employés Skyguide n'arriveraient pas à venir au bureau à temps à cause des restrictions aux douanes ou autres retards dans les déplacements.
Si je comprends bien, il s'agit donc de ne plus faire décoller ni atterrir les autres avions durant son arrivée, mais combien de temps cela prendra-t-il?
On parle généralement d'un quart d'heure. Enfin, le temps que l'avion fasse son approche, atterrisse, que le président descende et qu'il parte pour Evian en hélicoptère, ce sera probablement plus qu'un quart d'heure.
Le fameux potentiel retard qui pourra avoir un impact sur les autres vols opérés par Genève aéroport...
Oui exactement. On ajustera en fonction du besoin réel, mais ce qui a été coordonné avec les pilotes d'Air Force One, c'est de suspendre le trafic aérien durant 15 minutes.
Le président américain va donc atterrir à Genève et prendre en 15 minutes un hélicoptère des Marines qui l'amènera à Evian, est-ce qu'il y a une particularité concernant ce transfert en hélicoptère par rapport à l'avion?
Oui, j'ai briefé les pilotes des hélicoptères américains personnellement pour qu'ils connaissent nos procédures. On leur a dit à quoi s'attendre quand ils arrivent à Genève, parce que ces pilotes ne connaissent pas la région ni nos procédures. Il s'agit d'une discussion face à face. Je l'ai déjà fait pour le sommet Biden-Poutine où je suis allé directement dans le hangar pour aller briefer les pilotes de l'hélicoptère présidentiel américain. Pour en revenir au nombre d'hélicoptères, il y aura deux hélicoptères présidentiels, dont l'un transportant Trump et encore quatre autres hélicoptères américains qui les accompagneront, donc six hélicoptères au total.
Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous a marqué tout au long de votre carrière?
On prévoit presque tout, mais on n'est jamais à l'abri d'une surprise, comme cette histoire de brouillage de fréquence effectuée par les Russes. Je retiens que, lors du sommet Biden-Poutine, il a toujours été possible de discuter avec les pilotes américains, mais du côté russe, on a eu des problèmes de communication, car on n'a pas pu leur parler directement, ils sont restés très inaccessibles. Comme je vous l'ai dit, on n'est jamais à l'abri de surprises.
