Suisse
Drogue

Ex-élu UDC accusé de viols: elle s'en prend au Conseil fédéral

Concept of pouring GHB into a glass with a vial
Milena Keiser monte au créneau pour que la Suisse rejoigne Medusa
Milena Keiser monte au créneau pour que la Suisse rejoigne Medusa.Image: iStockphoto

Ex-élu UDC accusé de viols: une étudiante met la pression sur Berne

La Suisse ne fait pas partie de Medusa, un réseau international chargé d'enquêter sur les cas de viols sous soumission chimique. Une étudiante veut changer cette situation et fait désormais le buzz sur les réseaux sociaux.
24.07.2026, 12:0024.07.2026, 14:10
Michael Graber
Julian Spörri

«Est-ce que quelqu'un va enfin faire quelque chose?». Voilà la question que s'est posée Milena Keiser, une étudiante en sociologie bâloise, après les révélations concernant l'ex-élu UDC argovien, accusé d'avoir notamment violé sa femme et la fille de cette dernière par soumission chimique.

De nombreuses marques de solidarité ont été exprimées, tout comme des témoignages de compassion et de bonnes paroles, mais aucune mesure concrète n'a suivi, s'étonne cette jeune Bâloise qui a notamment travaillé pour l'organisation Campus Démocratie, qui promeut la participation politique des jeunes en Suisse.

Pour la femme de 25 ans, il y a une mesure concrète qui s'impose: la participation de la Suisse au projet Medusa. Sous ce nom, on trouve plusieurs pays qui enquêtent conjointement sur des hommes qui droguent ou anesthésient d'une autre manière des femmes et des jeunes filles avant de les agresser sexuellement.

Une action coordonnée a récemment permis d'arrêter plus de 50 hommes et de mettre en sécurité plus de 150 victimes. Les polices allemande, britannique ou encore américaine participent au projet Medusa. Mais la Suisse ne fait pas partie de ce réseau.

«C'est incompréhensible que nous n'y participions pas»
Milena Keiser

Les hommes en question ont échangé durant des années via des chats Telegram et des forums du dark web, se partageant images et vidéos et discutant de leurs méthodes. Sans aucune conséquence. «Il n'est pas possible que de telles choses se produisent», dénonce Milena Keiser.

Les signatures affluent

Et puisqu'il faut désormais que quelque chose bouge, elle s'en charge elle-même. Elle a lancé sur la plateforme en ligne Campax une pétition adressée au ministre de la Justice Beat Jans ainsi qu'au Parlement fédéral. En l'espace de 24 heures, plus de 1000 personnes l'ont déjà signée. Elle compte désormais près de 2500 signatures. Le texte réclame les choses suivantes:

  • La création d'une task force intercantonale pour lutter contre ce type de cas d'abus et contre les réseaux en ligne qui se cachent derrière ces actes.
  • La participation de la Suisse aux opérations d'Europol telles que le projet Medusa, au lieu de rester spectatrice.
  • Une surveillance systématique des cas.
  • Davantage de ressources et de bases légales pour les cantons, afin que les auteurs puissent être identifiés et poursuivis sur les forums et les plateformes comme Telegram.
  • Plus de thérapies, des conseils et une suivi de meilleure qualité pour les victimes.

Sur Instagram, Milena Keiser a publié un reel consacré à cette pétition et a rendu son profil public. Elle semble avoir touché une corde sensible. Sa vidéo a été visionnée plus de 10 000 fois et a été abondamment partagée.

Cela a demandé, dit-elle, «un peu de courage». A plusieurs reprises, des femmes qui s'étaient élevées contre les violences faites aux femmes sont elles-mêmes devenues la cible de haine. Mais au final, la volonté de faire bouger les choses l'a emporté.

C'est l'affaire Gisèle Pelicot qui a choqué et sensibilisé Milena Keiser sur ce sujet. Le fait que cela arrive aussi en Suisse ne la surprend pas vraiment, mais l'a tout de même ébranlée. Elle dit:

«Ce que ces hommes s'autorisent à faire est épouvantable. Ils abusent de la confiance des femmes qu'ils présentent comme leurs proches, et acceptent le risque qu'elles en meurent.»

Elle affirme également que beaucoup des auteurs manipulent des substances dont ils ne connaissent ni le dosage, ni les effets précis. «Il s'agit là de pouvoir et d'humiliation», affirme la jeune femme.

Même si elle reconnaît qu'une future task force ne pourra, en définitive, que mettre au jour des faits déjà commis, la jeune femme insiste:

«Je crois qu'elle aurait un effet dissuasif. Beaucoup d'auteurs se croient aujourd'hui dans un espace sans droit et n'ont pas peur. Cela doit changer, et vite.»

La Confédération se défausse

Comment le conseiller fédéral chargé de la Justice, Beat Jans, réagit-il à la demande de la pétition d'adhérer au projet Medusa? Son secrétariat général a transmis la question de CH Media (éditeur de watson) à l'Office fédéral de la police (Fedpol).

Fedpol explique recevoir «à intervalles irréguliers» des demandes d'autres pays en lien avec des violences sexuelles facilitées par la soumission chimique, indique un porte-parole. L'Office coordonne alors l'échange d'informations entre les cantons et les autorités étrangères. Il n'est pas exclu que certains de ces cas soient liés au projet Medusa. Fedpol ne s'est toutefois pas associé à l'opération, «pour des raisons opérationnelles».

Même en réclamant des précisions, ces raisons demeurent floues. Une chose est sûre, au niveau fédéral, aucune démarche politique n'a jusqu'à présent été entreprise pour contraindre la Suisse de participer à l'opération Medusa. Les cantons n'ont, eux non plus, jamais pris l'initiative, en créant par exemple, une task force intercantonale.

La sécurité publique, et donc la lutte contre les violences faites aux femmes, relève en principe des autorités cantonales. La Conférence directeurs cantonaux de justice et police souligne toutefois que «c'est la Confédération qui est compétente pour la coopération policière internationale, et donc aussi pour les opérations d'Europol».

Les cantons, eux, poursuivent activement «dans le cadre des bases légales existantes» les auteurs présumés dans l'espace virtuel. Reste à savoir si l'affaire d'Untersiggenthal (AG) - et cette pétition - changera quelque chose.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

Lorde au bord de l'Aar avant son concert au Gurten
1 / 8
Lorde au bord de l'Aar avant son concert au Gurten

Lorde incognito au bord de l’Aar.

source: instagram/lorde
partager sur Facebookpartager sur X
Ces orques font exploser leur proie pour le fun
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
1 Commentaire
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
1
Cyberattaque contre l'IFAGE: davantage de données concernées
L'Institut de formation continue de Genève (IFAGE) a été victime d'une cyberattaque en avril. Les dégâts s'avèrent plus importants que prévu: des données clients ont été dérobées.
La cyberattaque dont a été victime la Fondation pour la formation des adultes à Genève (IFAGE) en avril dernier s'avère plus étendue qu'initialement annoncée. Non seulement des données internes ont été dérobées, mais aussi des données relatives à des clients, des partenaires et des apprenants.
L’article