Ces «graves accusations» contre une juge suisse doivent être examinées
La pression monte autour de Julia Hänni. Candidate favorite pour représenter la Suisse à la Cour européenne des droits de l’homme, la juge fédérale voit sa thèse de doctorat rattrapée par des accusations de plagiat. Une expertise y a relevé 50 fragments plagiés et erreurs de citation.
La conseillère aux Etats argovienne du Centre Marianne Binder ne peut imaginer qu'il y ait le moindre fondement aux accusations de plagiat visant la juge fédérale Julia Hänni (également du Centre). Elle affirme:
Marianne Binder préside la délégation suisse auprès du Conseil de l'Europe ainsi que la commission de présélection qui a préparé le choix des candidats au siège suisse à la Cour européenne des droits de l'homme. Le Conseil fédéral a présenté trois noms. Julia Hänni fait figure de favorite.
Des critiques et des soupçons
L'une des raisons de ce statut tient à son parcours scientifique. Dans son curriculum vitae, elle met en avant deux prix reçus pour sa thèse de doctorat à l'Université de Saint-Gall. L'établissement l'avait distinguée comme meilleure thèse de droit de sa volée.
Après la nomination de Julia Hänni au poste de juge européenne, des critiques anonymes ont fait circuler un dossier contenant des accusations de plagiat. La professeure les a globalement rejetées. Selon elle, ces accusations seraient générées par intelligence artificielle, manipulatrices et erronées. Elle a néanmoins, entretemps, envisagé de retirer sa candidature, et cela a soulevé des questions.
L'expert en plagiat Stefan Weber a donc examiné la thèse de doctorat de Julia Hänni pour notre compte, indépendamment des dénonciations anonymes. Il documente ainsi 50 fragments plagiés et erreurs de citation.
Julia Hänni admet des «imperfections d'ordre technique». Avec près d'un millier de notes de bas de page, de telles lacunes formelles ne sauraient guère surprendre, souligne-t-elle.
Une enquête réclamée
Roland Büchel, conseiller national UDC saint-gallois et membre de la délégation auprès du Conseil de l'Europe, voit les choses différemment.
Ce comité examinera la liste des trois candidats en vue d'une recommandation. Heureusement, il reste encore suffisamment de temps d'ici l'élection de janvier pour mener un examen approfondi, estime Roland Büchel.
Trouver des experts indépendants sur ce dossier s'avère en revanche difficile. Pas moins de deux philosophes du droit suisses de renom, spécialistes du sujet traité dans la thèse, se déclarent en situation de conflit d'intérêts lorsqu'on les sollicite. Tous deux sont proches de Julia Hänni et l'apprécient personnellement.
Un autre professeur de droit ne s'exprime, lui, que sous couvert d'anonymat lorsqu'on l'interroge. Selon lui, l'argumentation de Julia Hänni, qui ne parle que d'«imperfections d'ordre technique», jette une lumière défavorable sur son éthique de travail scientifique. Selon l'expertise, ces «imperfections» se retrouveraient tout au long de la thèse. Se pose ainsi, selon lui, la question de l'aptitude de Julia Hänni à exercer une fonction judiciaire au plus haut niveau.
Un cas similaire avec une conseillère nationale UDC
Jochen Zenthöfer est un expert luxembourgeois en plagiat et juriste. En tant que journaliste, il a couvert à plusieurs reprises l'Université de Saint-Gall pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il pense donc savoir comment l'établissement va évaluer le dossier. Selon lui, après une analyse de l'expertise, l'université devrait reconnaître 18 fragments comme relevant du plagiat.
Pour les autres passages contestés, il serait difficile de prouver une intention de tromper. Il ne pense donc pas que l'université retirera le titre de docteur à Julia Hänni à l'issue de son propre examen.
Il s'agirait là d'une issue similaire à celle du dossier de la conseillère nationale UDC zurichoise Nina Fehr Düsel. Stefan Weber avait, en 2023, soupçonné sa thèse de doctorat de plagiat. L'Université de Zurich a récemment confirmé une faute scientifique. Nina Fehr Düsel a toutefois pu conserver son titre de docteure.
Dans le cas de Julia Hänni, l'expertise de Stefan Weber ne remet toutefois pas du tout en question son titre de docteure, mais bien ses deux prix. Sur son blog, il commente:
(trad. ysc)
