Pourquoi les taux hypothécaires vont grimper en Suisse
Les taux d’intérêt évoluent partout dans le monde. Aux Etats-Unis, le rendement des obligations d’Etat à dix ans a temporairement dépassé 5% cette semaine, atteignant son plus haut niveau depuis 19 ans. La Réserve fédérale américaine (Fed) a ensuite dû relever son taux directeur, alors même que le président américain Donald Trump réclamait avec véhémence une baisse. La Fed n’avait pas le choix. Comme l’a déclaré son nouveau président, Kevin Warsh:
Des hausses en Suisse aussi
En Suisse, tout évolue plus lentement, mais ici aussi, le rendement des obligations d’Etat a fortement augmenté. Celui des obligations de la Confédération à dix ans a grimpé jusqu’à 0,65% cette semaine. C’est environ quatre fois plus qu’à l’automne 2025, lorsque les taux suisses semblaient se rapprocher de zéro.
Ce retournement s’est répercuté sur le marché hypothécaire. Selon les données du service de conseil MoneyPark, le taux moyen des hypothèques à taux fixe sur dix ans dépasse à nouveau 2%. Par rapport au creux intermédiaire de décembre 2024, cela représente déjà une hausse d’un demi-point. Une mauvaise nouvelle pour les propriétaires qui doivent renouveller leur prêt ou pour ceux qui souhaitent acquérir un bien immobilier en empruntant aux meilleurs conditions.
Les taux devraient encore augmenter au cours des prochains mois, sous l’effet d’une décision de la Banque nationale suisse (BNS). Alexander Koch, économiste chez Raiffeisen, explique:
La crise énergétique vient s'y ajouter
Il y a encore quelques semaines, rien ne laissait présager une telle évolution. En juillet, l’inflation annuelle n’était que de 0,4%, soit bien en dessous du seuil de 2% à partir duquel la BNS considère que la stabilité des prix est menacée en Suisse. Le choc énergétique provoqué par la guerre contre l’Iran n’est cependant désormais plus négligeable.
Le mazout a coûté près de 170 francs les 100 litres cette semaine, soit à peine moins que lors de la crise énergétique historique de 2022. Le prix du diesel a même battu un record absolu.
Comme l’a annoncé le Touring Club Suisse (TCS), le prix moyen du diesel en Suisse, qui s’élève à 2,41 francs le litre, «a atteint un sommet historique». Il a ainsi dépassé pour la première fois le précédent record de 2,40 francs établi pendant la crise énergétique de 2022.
Selon le TCS, le prix de l’essence sans plomb 95 a lui aussi poursuivi sa hausse. Il s’élève désormais à 2,10 francs le litre, soit déjà 45 centimes de plus qu’au début de l’année.
Un franc un peu moins fort
A cela s’ajoute l’effet du franc. Jusqu’à récemment, la vigueur de la monnaie suisse permettait de réduire les prix des importations et tirait ainsi l’ensemble du niveau des prix vers le bas. Mais cet effet a disparu depuis que l’euro s’est fortement apprécié. Par rapport au printemps, l’euro coûte plus de 4 centimes supplémentaires.
Sans l’effet modérateur d’un franc fort, la Suisse connaît davantage d’inflation. Dans l’ensemble, la BNS devrait donc bientôt être confrontée à une inflation sensiblement plus élevée. En 2025, l’inflation annuelle n’avait atteint que 0,2% en Suisse. Selon Raiffeisen, elle devrait à l’avenir s’établir à un peu plus de 1%.
La Suisse n’est donc soudainement plus un pays sans inflation et son économie n’est plus non plus en perte de vitesse. En juin encore, les prévisions de la Confédération tablaient sur une croissance modeste de 0,9% mais elle a pu annoncer cette semaine:
Il ne s’agit désormais plus d’une croissance poussive, mais d’une progression de 1,7%. Cette économie suisse plus vigoureuse n’a plus besoin de taux directeurs bas.
Une nouvelle marge de manoeuvre pour la BNS
La Suisse n’a par ailleurs plus un franc excessivement attractif. L’euro permet d’obtenir un meilleur rendement et l’écart entre les taux directeurs n’a jamais été aussi important. La BNS dispose donc d’une nouvelle marge de manœuvre: une hausse du taux directeur ne suffirait pas à transformer immédiatement un franc en perte de vitesse en une monnaie surévaluée.
L’environnement monétaire de la BNS a donc profondément changé. La Suisse connaît à nouveau de l’inflation, mais celle-ci est encore loin d’être excessive. Alexander Koch affirme:
Dans le même temps, l’actuelle politique des taux zéro «n’est plus appropriée non plus», selon Alexander Koch. Un retournement à la hausse du taux directeur se profile donc. Reste à savoir quelle sera l’ampleur de ce mouvement. Dans l’ensemble, la situation laisse actuellement présager de «petites hausses du taux directeur», selon Alexander Koch. Leurs montants exacts dépendront surtout des prix de l’énergie.
Le prix du pétrole comme inconnue à gérer
Jusqu’où les prix du pétrole brut, de l’essence, du diesel ou du mazout vont-ils encore grimper? Dans quelle mesure le renchérissement de l’énergie se répercutera-t-il sur les autres prix? Le diesel, par exemple, est indispensable dans la construction et le transport routier. Il est donc également décrit comme la «locomotive de l’économie».
Un prix élevé du diesel peut ainsi entraîner des hausses dans une multitude de secteurs économiques. Il est difficile d’estimer leur ampleur. Le prix de l’énergie reste la grande inconnue. (btr/az)
