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VW patine, et ça pourrait menacer des milliers d'emplois en Suisse

L'usine Volkswagen d'Emden, en Allemagne, est spécialisée dans la fabrication de voitures électriques.
L'usine Volkswagen d'Emden, en Allemagne, est spécialisée dans la fabrication de voitures électriques.Image: Hauke Christian Dittrich / DPA

Cette crise chez Volkswagen menace des milliers d'emplois en Suisse

Volkswagen prépare une restructuration d'une ampleur inédite. Face à la crise de l'automobile allemande, les réformes deviennent incontournables, avec des répercussions jusqu'en Suisse.
10.07.2026, 16:5910.07.2026, 16:59
Stefan Ehrbar

Chiffre d'affaires en baisse, bénéfices en recul, licenciements massifs en vue… Dans l'industrie automobile allemande, les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Des réformes sont désormais inévitables, et c'est le plus grand groupe automobile allemand, Volkswagen, qui est le plus durement touché.

Que se passe-t-il chez VW?

Le groupe VW va mal, plus mal qu'on ne le pensait jusqu'ici. Le plan prévoyant la suppression d'environ 50 000 postes d'ici 2030 ne suffit plus. Des coupes plus sévères sont nécessaires, estime le patron du groupe, Oliver Blume. Selon différents médias, jusqu'à 100 000 emplois pourraient disparaître dans le monde, soit deux fois plus que prévu jusqu'à présent. Le média Bild, se référant à des «documents secrets», a même évoqué le chiffre de 120 000.

Des fermetures d'usines deviennent elles aussi de plus en plus probables. Outre ce nombre massif de licenciements, ce sont aussi des certitudes vieilles de plusieurs décennies qui vacillent. Comme le rapporte le Spiegel, le groupe VW n'a encore jamais abandonné une usine en Allemagne. Or, le patron du groupe, Oliver Blume, envisagerait désormais de délocaliser la production de quatre sites allemands vers des régions moins coûteuses en Slovaquie, en Pologne et en Hongrie.

Les syndicats montent au créneau. Des manifestations contre les plans d'économies ont eu lieu jeudi sur plus d'une douzaine de sites. Au siège central de VW, à Wolfsbourg (nord), environ 500 personnes ont participé à un rassemblement.

Oliver Blume, PDG de Volkswagen.
Oliver Blume, PDG de Volkswagen.Image: Imago

C'est également là que le conseil de surveillance a siégé jusque tard dans la nuit. Il n'a pris aucune décision concrète concernant les suppressions de postes et les fermetures d'usines. Les plans d'économies ne sont toutefois pas abandonnés pour autant, et les discussions devraient se poursuivre à l'automne.

Que comprend le groupe VW?

Le groupe VW réunit, outre la marque éponyme Volkswagen, plusieurs autres marques automobiles ainsi que des véhicules utilitaires.

Avec une part de marché d'environ 11% en 2025, Volkswagen est de loin la marque automobile la plus vendue en Suisse. Les marques du groupe VW que sont Skoda (9,5%), Audi (7,4%) et Seat/Cupra (4,2%) sont elles aussi populaires dans notre pays. Porsche atteint pour sa part une part de marché de 1,8% en Suisse. Les marques de luxe Lamborghini, Bugatti et Bentley appartiennent également au groupe. Helmut Ruhl, CEO du groupe Amag, qui distribue les marques automobiles de VW en Suisse, indique:

«Six des dix modèles les plus vendus en Suisse sont les nôtres, tout comme six des dix voitures électriques les plus vendues.»

VW serait numéro un pour la 29ᵉ fois, tandis que Skoda deviendrait pour la première fois la marque électrique la plus vendue de Suisse. Pour la clientèle VW en Suisse, la réduction massive d'effectifs au sein du groupe automobile allemand ne change rien dans l'immédiat.

VW est-il un cas isolé?

Non. D'autres constructeurs automobiles allemands souffrent également. Mercedes, par exemple, doit composer avec des chiffres de vente en baisse et un effondrement de ses bénéfices, en recul de 17% au premier trimestre. Mercedes a déjà commencé à renforcer sa production dans des pays étrangers moins coûteux. L'usine de Kecskemét, en Hongrie, devrait même devenir la plus grande usine du groupe en Europe.

BMW, en comparaison, s'en est jusqu'ici relativement bien sorti. Certes, les Bavarois souffrent eux aussi de la situation difficile en Chine et des coûts élevés engendrés par la transition vers l'électromobilité. Mais leurs bénéfices ont reculé de manière moins marquée. Le patron d'Amag, Helmut Ruhl, affirme:

«Le modèle d'exportation allemand, qui a fonctionné pendant des décennies; développer, produire en Allemagne et exporter vers le monde entier, ne fonctionne plus dans un monde géopolitiquement fragmenté.»
«L'époque paradisiaque où les constructeurs allemands réalisaient parfois jusqu'à 50% du bénéfice mondial de leur groupe en Chine est révolue. Une guerre des prix impitoyable y fait rage, et le marché automobile européen, et plus particulièrement suisse, reste nettement en dessous de son niveau d'avant la pandémie de Covid-19.»

Il faudrait donc des structures différentes pour rester compétitif à l'avenir.

Des robots montent les portières d'une voiture neuve.
Des robots montent les portières d'une voiture neuve.Image: Hauke Christian Dittrich / DPA

La crise de l'industrie automobile allemande touche également les fournisseurs. Bosch, le plus grand équipementier automobile au monde, a enregistré en 2025 des pertes pour la première fois depuis près de 20 ans.

Quelles conséquences pour les fournisseurs suisses?

L'industrie automobile est importante pour l'industrie helvétique, comme le montrent les chiffres de l'association professionnelle Swissmem. Selon celle-ci, environ 34 000 personnes travaillent au total dans le secteur automobile et ses fournisseurs en Suisse.

Les quelque 550 entreprises actives dans ce domaine génèrent un chiffre d'affaires annuel de 13 milliards de francs. Michael Koller, expert de Swissmem responsable du secteur automobile au sein de l'association, explique:

«Ces entreprises sont présentes à l'échelle mondiale, mais l'Allemagne reste un débouché important»

Il serait donc essentiel que l'industrie automobile allemande dispose d'un avenir à long terme. Et un tel avenir ne semble envisageable que si VW se réorganise.

«Ces mesures étaient prévisibles», estime Michael Koller avant d'ajouter:

«Plus vite l'industrie automobile allemande se réorganisera, mieux ce sera»

Une grande partie des usines allemandes de VW ne seraient actuellement plus compétitives.

«Même si ces suppressions sont très douloureuses pour les employés, ce changement est nécessaire»
Michael Koller

Parmi les fournisseurs suisses directs ou indirects de VW figurent notamment Autoneum, de Winterthour (ZH), Feintool, de Lyss (BE), ou encore des entreprises comme le groupe Oetiker, Komax ou SFS. Le porte-parole de SFS, Lukas Graf, indique:

«L'industrie automobile est confrontée depuis plusieurs années à des incertitudes et à des surcapacités, surtout en Europe. Ces turbulences se font également sentir chez SFS.»

L'entreprise, dont le siège se trouve à Heerbrugg, dans la vallée du Rhin saint-galloise, affiche néanmoins une évolution positive sur ce marché final en 2025. Selon Lukas Graf, cette évolution s'explique notamment par la rationalisation du réseau de production mondial. «L'objectif de ce programme est d'adapter les capacités de production à la demande réduite du marché», précise-t-il.

Mais, en définitive, SFS profite aussi du fait que l'entreprise fabrique des composants et des sous-ensembles utilisés dans des domaines très variés, non seulement dans l'industrie automobile, mais aussi dans l'électronique, la technique médicale ou la construction. Cela «nous rend plus résilients sur l'ensemble de nos marchés finaux et nous apporte une stabilité face aux fluctuations conjoncturelles», souligne Lukas Graf.

Quelle est la suite des événements?

Le ministre-président de Basse-Saxe, Olaf Lies, membre du conseil de surveillance de VW du fait que la région est actionnaire du groupe, a évoqué jeudi soir une séance «très intense». La direction du groupe aurait «présenté un ensemble de mesures vraiment large», a indiqué le politicien du Parti social-démocrate d'Allemagne. Il faudrait désormais continuer à travailler sur ce dossier. Il admet toutefois:

«Une période difficile et intense nous attend encore»

La date à laquelle des décisions seront prises reste toutefois incertaine. Olaf Lies a également souligné:

«Fermer des usines n'est pas un projet d'avenir. Nous avons besoin d'une perspective d'avenir pour nos sites.»

De quoi réjouir les syndicats, comme le puissant IG Metall, qui avaient annoncé leur résistance. Qu'importe comment, si le groupe automobile allemand veut redevenir compétitif, il devra agir. (trad. ysc)

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