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Economie

Voici comment Ruag et Pilatus vont profiter des F-35

epa13032283 A Polish Air Force F-35 fighter jet lands at 332nd Tactical Air Base before the ceremony of F-35 fighter jets officially join the Polish Armed Forces in Lask, central Poland, 12 June 2026. ...
Des entreprises suisses vont bénéficier plus que prévu du deal pour les F-35.Keystone

Ces entreprises suisses vont gagner gros avec le F-35

Le constructeur de l'avion de chasse, Lockheed Martin, vient d'augmenter sa participation pour impliquer les sociétés suisses dans le deal avec les Etats-Unis. Cette nouvelle ouvre des perspectives dans le cadre d'activités en Europe.
08.07.2026, 16:5808.07.2026, 16:58
Othmar von Matt / ch media

Deux entreprises alémaniques pourraient réussir ce qui est, pour une société suisse, extrêmement difficile à obtenir: elles pourraient intégrer la chaîne d’approvisionnement du F-35 conçu par Lockheed Martin.

Durant vingt ans, sept pays partenaires des Etats-Unis, dont la Suisse, ont investi plusieurs milliards de francs dans le programme F-35. Alors que les commandes pour l'avion de chasse américain sont pleines, ils souhaitent désormais se partager ce marché.

On savait déjà que Ruag faisait partie de ces entreprises européennes qui allaient prendre part à ce dispositif. L'entreprise située à Emmen (LU) va assurer l’assemblage final des F-35 destinés à la Suisse. Désormais, un autre fleuron de l'industrie suisse va la rejoindre.

Il s'agit de Pilatus, le fameux constructeur d'avions de Stans (NW). L’annonce a été faite mardi à Berne par le directeur de l’Office fédéral de l'armement (Armasuisse), Urs Loher, et Patrick Nyfeler, le représentant de Lockheed Martin en Suisse.

Urs Loher, Ruestungschef armasuisse und Patrick Nyfeler, Lockheed Martin, von links, orientieren ueber den Stand der Offsetgeschaefte im Zusammenhang mit der Beschaffung des Kampfflugzeugs F-35A, am D ...
Urs Loher d'Armassuise et Patrick Nyfeler de Lockheed Martin ont tenu une conférence de presse mardi à Berne. Keystone

Il y aura beaucoup d'argent pour la Suisse

Armasuisse et le constructeur américain ont annoncé une nette augmentation de ces compensations industrielles (affaires compensatoires) pour les entreprises suisses. Alors que le contrat de vente des F-35 prévoyait un minimum de 3 milliards de dollars, soit 60% du montant total, les engagements atteignent désormais 73%, soit 3,7 milliards de dollars.

Lockheed Martin a ainsi augmenté ses engagements de 700 millions de dollars. Toutes les régions du pays en bénéficieront, même si la plus grande partie des contrats reviendra à la Suisse alémanique.

L'augmentation de cette part a été rendue possible grâce à une nouvelle approche d’Armasuisse, qui a orienté les affaires compensatoires vers des projets susceptibles d’apporter à la Suisse un savoir-faire dans des technologies stratégiques pour la sécurité de demain, soit dans l'aéronautique, l'industrie spatiale, les semi-conducteurs et les technologies quantiques.

Le rapprochement avec les hautes écoles du pays a également joué influencé positivement Lockheed Martin. Représentant du groupe en Suisse, Patrick Nyfeler a souligné:

«Les instituts de recherche suisses sont innovants et l’industrie affiche un niveau de compétence très élevé. Pour nous aussi, tout le monde y gagne, puisque nous avons accès à ces instituts et aux technologies qu’ils développent.»

L'aviation suisse va participer

Le projet initial prévoyait que quatre avions de combat allaient être assemblés par Ruag en Suisse. La SSR a toutefois indiqué que seuls trois F-35 devraient finalement être finalisés à Emmen, Lockheed Martin jugeant les coûts de production de Ruag trop élevés.

Pour Urs Loher, voir Ruag assembler au final entre trois et cinq appareils reste «l’hypothèse la plus réaliste». Mais «tout dépendra de l’issue des négociations commerciales», lance-t-il. La véritable question reste de savoir jusqu’où Armasuisse, Ruag et Lockheed Martin seront prêts à investir sur le site d’Emmen. Urs Loher insiste:

«L’essentiel est que nous disposions en Suisse du savoir-faire nécessaire pour réaliser l’assemblage final»

Le responsable de l'armement ajoute:

«Ruag a là une formidable opportunité. J’espère qu’elle saura la saisir. C’est désormais à l’entreprise de faire en sorte que ces compétences soient exploitées de manière durable et pertinente.»

Chez Armasuisse, on est convaincu que l’Europe occupera une place de plus en plus importante dans la stratégie de Lockheed Martin. Urs Loher explique:

«Le F-35 rencontre un immense succès en Europe. Au vu des évolutions géopolitiques, j’ai bon espoir que davantage de pays européens souhaitent voir leurs F-35 assemblés sur le continent.»

Une perspective qui pourrait offrir encore de nouvelles opportunités à Ruag.

A l’heure actuelle, l’assemblage final du F-35 n’est assuré que sur trois sites, à Fort Worth, aux Etats-Unis, à Nagoya, au Japon, et à Cameri, en Italie. «Or, les capacités du site de Cameri sont limitées», rappelle Urs Loher. Les autorités suisses y voient donc une réelle opportunité pour Ruag, qui pourrait à l’avenir assurer l’assemblage final des F-35 destinés à d’autres pays européens.

Pilatus prend encore du poids

L'autre fleuron de l’industrie suisse à bénéficier de ces retombées sera donc Pilatus. Son avion d'entraînement, le PC-21, est considéré comme l’un des systèmes les plus performants pour la formation des pilotes militaires. L’appareil sera également adapté pour la formation des futurs pilotes de F-35.

Dans le cockpit du PC-21, le pilote retrouvera la même interface que dans le F-35, y compris l’écran tactile qui permet de diriger les principaux systèmes de l’appareil. Les pilotes apprendront ainsi à identifier les erreurs qui seront susceptibles de compromettre un vol sur F-35 en développant leurs réflexes sur la même interface. Lockheed Martin entend ainsi éviter ce que les spécialistes appellent le «negative training», soit l’acquisition involontaire de réflexes ou de procédures inadaptés.

«Malgré une situation de départ défavorable, se félicite le directeur de l’armement Urs Loher, nous sommes parvenus à intégrer une poignée d’entreprises suisses» dans la chaîne de fournisseurs du F-35.

Outre Ruag et Pilatus, la Suisse est notamment parvenue à intégrer dans les fournisseurs du F-35 Rheinmetall Air Defence, à Zurich-Oerlikon. La société produira des munitions d’entraînement destinées au F-35A. De son côté, Apco Technologies, une entreprise située à Aigle (VD) et spécialisée dans les technologies spatiales, fabriquera la vitre du cockpit de l’appareil.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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