«Nous ne pouvons plus rester les bras croisés»: le PS attaque la BNS
Il n'y a pas eu d'explosion, mais un processus de démantèlement rampant. Peu à peu, l'industrie suisse a délocalisé des emplois à l'étranger, ou ne les y a créés que là-bas.
Selon les chiffres de la Banque nationale suisse (BNS), d'importantes branches industrielles ont créé depuis 2008 pas moins de 200 000 emplois à l'étranger. En Suisse, en revanche, ce chiffre diminue.
Le secteur industriel sous pression monétaire
Interrogée sur les facteurs qui pèsent particulièrement sur la place économique suisse, la directrice du groupe industriel Sulzer, Suzanne Thoma, nousa a récemment indiqué que c'était la somme de plusieurs éléments qui posait problème, même si chaque thème pris isolément ne pèse peut-être pas si lourd, à l'exception du franc fort.
«C'est frustrant», affirme également Martin Hirzel, président de l'association industrielle Swissmem:
Cela coûte des parts de marché à l'industrie suisse des machines, comme le démontre Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse. Il a mis en relation l'évolution de la production de l'industrie des machines suisse avec celle de l'Allemagne. Le résultat est une courbe descendante, qui évolue plus ou moins parallèlement au cours du franc face à l'euro.
Nouvelle initiative contre l'«angle mort»
Les plaintes sont arrivées jusqu'à la Berne fédérale, du moins auprès de la gauche. Cédric Wermuth, coprésident du PS, ne mâche pas ses mots:
Au printemps, l'euro est temporairement tombé à 90 centimes, le dollar sous 80 centimes. Entretemps, les deux monnaies se sont certes légèrement redressées, mais elles restent faibles. Cédric Wermuth critique la Banque nationale, qui présenterait ici un «angle mort» et ignorerait le risque d'une désindustrialisation accélérée.
Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, l'«industrie manufacturière» hors pharma a déjà perdu près de 17 000 emplois à plein temps entre l'été 2023 et le printemps 2026. L'écart entre l'évolution de l'emploi en Suisse et à l'étranger continue de se creuser, en particulier dans l'industrie des métaux et des machines.
La BNS pointée du doigt
C'est pourquoi Cédric Wermuth a déposé, lors de la session d'été qui vient de s'achever, une intervention dans laquelle il demande au Conseil fédéral de modifier la loi sur la Banque nationale.
Concrètement, il exige que l'article définissant les tâches de la banque centrale soit complété. Désormais, la BNS devrait tenir compte, dans la garantie de la stabilité des prix, non seulement de l'évolution conjoncturelle, mais aussi des «répercussions sur l'emploi» et de la «compétitivité internationale de l'économie suisse».
La BNS ne souhaite pas commenter cette démarche. Son président, Martin Schlegel, a toutefois souligné, en début d'année dans l'émission télévisée Eco Talk, qu'il éprouvait le plus grand respect pour les entreprises suisses qui doivent quotidiennement s'affirmer sur le marché international. Et il a ajouté qu'elles «avaient jusqu'à présent su bien gérer les chocs importants».
Autrement dit: les entreprises suisses s'en sortiront. Un avis que Cédric Wermuth ne partage pas. Bien au contraire:
Une discussion qui ne date pas d'hier
Le conseiller national rejoint ainsi Nick Hayek. Dans un entretien accordé à Schweiz heute, le patron du groupe Swatch s'est agacé:
L'industrie suisse est «extrêmement compétitive», a affirmé Nick Hayek, et elle accomplit des prouesses. Une certaine appréciation du franc serait acceptable. Mais l'ampleur et la rapidité du mouvement sont considérables. Une adaptation à ce rythme est presque impossible pour les entreprises. Nick Hayek résume:
Les critiques envers la politique monétaire de la Banque nationale sont une tradition chez les Hayek. Son père déjà, Nicolas Hayek, ne mâchait pas ses mots en 1994 auprès de Blick:
A l'époque, ce n'était pas l'euro faible, mais surtout le deutsche mark faible, qui fondait les critiques de Nicolas Hayek à l'égard de la Banque nationale. Il regrettait alors:
En raison de sa politique monétaire alors trop restrictive (ce qu'elle admet elle-même aujourd'hui), son président de l'époque, Markus Lusser, a dû vivre jusqu'à la fin de sa vie avec le titre peu flatteur de «tueur d'emplois de la nation».
Cette discussion n'est toutefois pas seulement une tradition chez les Hayek, mais aussi sous la Coupole fédérale. Ainsi, lors de la dernière grande révision de la loi sur la Banque nationale, il y a une bonne vingtaine d'années, la gauche voulait déjà inscrire dans la loi, en plus de l'objectif de stabilité des prix, celui d'une évolution conjoncturelle équilibrée et de la lutte contre le chômage. Sans succès. Le débat est aujourd'hui relancé.
