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Economie

Le franc fort fait mal aux industries suisses, et ça agace le PS

La force de la monnaie helvétique pose des problèmes à l'industrie.
La force de la monnaie helvétique pose des problèmes à l'industrie.Image: Imago

«Nous ne pouvons plus rester les bras croisés»: le PS attaque la BNS

Face à la force du franc, les plaintes de l'industrie se multiplient. Le président du PS, Cédric Wermuth, lance à présent une nouvelle tentative pour obliger la Banque nationale à agir.
04.07.2026, 06:0304.07.2026, 06:03
Florence Vuichard / ch media

Il n'y a pas eu d'explosion, mais un processus de démantèlement rampant. Peu à peu, l'industrie suisse a délocalisé des emplois à l'étranger, ou ne les y a créés que là-bas.

Selon les chiffres de la Banque nationale suisse (BNS), d'importantes branches industrielles ont créé depuis 2008 pas moins de 200 000 emplois à l'étranger. En Suisse, en revanche, ce chiffre diminue.

Le secteur industriel sous pression monétaire

Interrogée sur les facteurs qui pèsent particulièrement sur la place économique suisse, la directrice du groupe industriel Sulzer, Suzanne Thoma, nousa a récemment indiqué que c'était la somme de plusieurs éléments qui posait problème, même si chaque thème pris isolément ne pèse peut-être pas si lourd, à l'exception du franc fort.

«C'est frustrant», affirme également Martin Hirzel, président de l'association industrielle Swissmem:

«Nous travaillons sur l'innovation, la productivité et les gains d'efficacité, nous réduisons les coûts, et tout cela est anéanti par une monnaie qui redevient encore plus forte.»

Cela coûte des parts de marché à l'industrie suisse des machines, comme le démontre Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse. Il a mis en relation l'évolution de la production de l'industrie des machines suisse avec celle de l'Allemagne. Le résultat est une courbe descendante, qui évolue plus ou moins parallèlement au cours du franc face à l'euro.

Nouvelle initiative contre l'«angle mort»

Les plaintes sont arrivées jusqu'à la Berne fédérale, du moins auprès de la gauche. Cédric Wermuth, coprésident du PS, ne mâche pas ses mots:

«Le franc est un énorme problème pour notre industrie et notre place économique. Presque tous les entrepreneurs que je rencontre me disent la même chose: les droits de douane, les conflits commerciaux et la hausse des prix de l'énergie sont certes très pénalisants, mais leur principal problème reste le franc fort.»

Au printemps, l'euro est temporairement tombé à 90 centimes, le dollar sous 80 centimes. Entretemps, les deux monnaies se sont certes légèrement redressées, mais elles restent faibles. Cédric Wermuth critique la Banque nationale, qui présenterait ici un «angle mort» et ignorerait le risque d'une désindustrialisation accélérée.

Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, l'«industrie manufacturière» hors pharma a déjà perdu près de 17 000 emplois à plein temps entre l'été 2023 et le printemps 2026. L'écart entre l'évolution de l'emploi en Suisse et à l'étranger continue de se creuser, en particulier dans l'industrie des métaux et des machines.

La BNS pointée du doigt

C'est pourquoi Cédric Wermuth a déposé, lors de la session d'été qui vient de s'achever, une intervention dans laquelle il demande au Conseil fédéral de modifier la loi sur la Banque nationale.

Concrètement, il exige que l'article définissant les tâches de la banque centrale soit complété. Désormais, la BNS devrait tenir compte, dans la garantie de la stabilité des prix, non seulement de l'évolution conjoncturelle, mais aussi des «répercussions sur l'emploi» et de la «compétitivité internationale de l'économie suisse».

La BNS ne souhaite pas commenter cette démarche. Son président, Martin Schlegel, a toutefois souligné, en début d'année dans l'émission télévisée Eco Talk, qu'il éprouvait le plus grand respect pour les entreprises suisses qui doivent quotidiennement s'affirmer sur le marché international. Et il a ajouté qu'elles «avaient jusqu'à présent su bien gérer les chocs importants».

Autrement dit: les entreprises suisses s'en sortiront. Un avis que Cédric Wermuth ne partage pas. Bien au contraire:

«Nous ne pouvons plus rester les bras croisés à regarder les emplois partir à l'étranger»
Cédric Wermuth
Le conseiller national Cédric Wermuth souhaite mettre la Banque nationale face à ses responsabilités.
Le conseiller national Cédric Wermuth souhaite mettre la Banque nationale face à ses responsabilités.Image: KEYSTONE / ANTHONY ANEX

Une discussion qui ne date pas d'hier

Le conseiller national rejoint ainsi Nick Hayek. Dans un entretien accordé à Schweiz heute, le patron du groupe Swatch s'est agacé:

«Cela me hérisse de constater à quel point la Suisse officielle, et surtout la BNS, semblent accepter cette situation sans mot dire et sans réagir. De nombreuses PME suisses ont d'immenses difficultés avec l'appréciation extrême du franc. Beaucoup n'ont pas d'autre choix que de se délocaliser à l'étranger, alors qu'elles ne le souhaitent pas du tout.»

L'industrie suisse est «extrêmement compétitive», a affirmé Nick Hayek, et elle accomplit des prouesses. Une certaine appréciation du franc serait acceptable. Mais l'ampleur et la rapidité du mouvement sont considérables. Une adaptation à ce rythme est presque impossible pour les entreprises. Nick Hayek résume:

«Pour beaucoup, la solution rapide sera la seule possible: quitter la Suisse»
KEYPIX - Nick Hayek, CEO Swatch Group AG, smokes a cigar during a press conference to present the annual results for 2025, Wednesday, March 18, 2026, in Biel, Switzerland. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)
Le patron du groupe Swatch, Nick Hayek.Keystone

Les critiques envers la politique monétaire de la Banque nationale sont une tradition chez les Hayek. Son père déjà, Nicolas Hayek, ne mâchait pas ses mots en 1994 auprès de Blick:

«Si notre Banque nationale ne fait rien, nous aurons de moins en moins de production en Suisse, et moins d'emplois»

A l'époque, ce n'était pas l'euro faible, mais surtout le deutsche mark faible, qui fondait les critiques de Nicolas Hayek à l'égard de la Banque nationale. Il regrettait alors:

«Le Conseil fédéral et la Banque nationale réagissent avec indifférence à nos réclamations selon lesquelles le franc est trop fort face aux principales monnaies étrangères.»
Nicolas G. Hayek (1928-2010), père de Nick et Nayla Hayek, a sauvé l'industrie horlogère suisse avec Swatch.
Nicolas G. Hayek (1928-2010).Image: Matthias Hiekel / dpa

En raison de sa politique monétaire alors trop restrictive (ce qu'elle admet elle-même aujourd'hui), son président de l'époque, Markus Lusser, a dû vivre jusqu'à la fin de sa vie avec le titre peu flatteur de «tueur d'emplois de la nation».

Cette discussion n'est toutefois pas seulement une tradition chez les Hayek, mais aussi sous la Coupole fédérale. Ainsi, lors de la dernière grande révision de la loi sur la Banque nationale, il y a une bonne vingtaine d'années, la gauche voulait déjà inscrire dans la loi, en plus de l'objectif de stabilité des prix, celui d'une évolution conjoncturelle équilibrée et de la lutte contre le chômage. Sans succès. Le débat est aujourd'hui relancé.

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Le franc suisse pèse lourd.Image: Nando Lardi / Imago
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