Suisse
électricité

De nombreux barrages ne peuvent pas être rehaussés

EMBARGO bis 09.02.2022, 01.00 Uhr - Le barrage hydroelectrique de Mauvoisin photographie le 14 janvier 2022 a Bagnes. (KEYSTONE/Cyril Zingaro)
Image: KEYSTONE

Pourquoi l'élévation promise de ces barrages suisses n'est plus possible

Les plans visant à combler la pénurie d'électricité hivernale de 2,2 térawatts ne fonctionnent pas. Le rehaussement de 20 mètres des barrages en Valais et dans le canton des Grisons pose des problèmes.
06.10.2024, 11:5007.10.2024, 08:11
Christian Bernhart / ch media
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L'attention s'est surtout portée sur l'environnement lorsque la table ronde présidée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga s'est mise d'accord en décembre 2021 sur les 15 projets hydroélectriques destinés à combler la pénurie d'électricité en hiver. Mais outre les associations environnementales, l'économie hydraulique suisse, présidée à l'époque par Albert Rösti, a également soutenu les projets. Et du côté des exploitants de centrales hydrauliques, le patron d'Axpo, Christoph Brand, a apposé sa signature sur le document. Le projet prévoit de combler d'ici 2040 la pénurie d'électricité hivernale de 2,2 TWh par an en augmentant la hauteur des barrages existants.

Mais il manquait des informations fiables sur la possibilité de surélever de 20 mètres les barrages dits à double arc avec une courbure verticale et horizontale. C'est ce qui ressort des documents secrets rendus publics par Infosperber en janvier 2023.

Les projets concernés sont:

  • Les barrages grisons de Curnera (+20 m) et de Nalps (+25 m).
  • Le barrage de Moiry (+22 m) en Valais.
  • Le lac de Toules à Bourg-Saint-Pierre (VS), dont le mur devrait même être rehaussé de 32 mètres.
Panneaux solaires sur le Lac des Toules à Bourg-Saint-Pierre (VS).
Le lac de Toules à Bourg-Saint-Pierre (VS).Image: Keystone

Les documents ne contiennent pas d'avant-projets révélateurs. Seules des études préliminaires sont disponibles, tout au plus celles qui couvrent les prestations pour les honoraires des travaux d'ingénierie civile. Il y a un an déjà, le chef de la construction d'Alpiq, Jonathan Fauriel, avait fait part de son scepticisme quant au projet de Moiry d'Alpiq dans un entretien avec le magazine scientifique allemand Bild der Wissenschaft. Fauriel qualifiait le projet de «très compliqué et très coûteux», car:

«Le mur doit être démonté pour adapter sa géométrie»

Toute la géométrie du barrage change

Les connaissances de Fauriel se fondent sur son expérience au sein de l'entreprise Gruner du pionnier des barrages Alfred Stucky, qui a conçu et construit en 1921 le premier barrage à double arche d'Europe pour le lac de Montsalvens en Gruyère. Dans ces élégants barrages, le tracé des arches est exactement aligné sur l'entaille de la vallée, dans la structure rocheuse de laquelle le mur s'ancre de manière étanche. La géométrie fait qu'une construction de plus de dix mètres est soit impossible, soit extrêmement coûteuse.

Une élévation de 20 mètres avec un niveau d'eau croissant modifierait et augmenterait fortement la pression sur un tel mur, ce qui nécessiterait une adaptation de la géométrie du mur. Pour cela, le tiers supérieur du mur doit être déconstruit. La déconstruction est délicate et surtout coûteuse, car il faut éviter les secousses. Il n'est pas question d'utiliser des perceuses ou des explosifs. Comme l'a expliqué l'ingénieur de Gruner Alexandre Wohnlich en 2021 dans un article spécialisé sur le rehaussement de l'ancien barrage d'Emosson, il a d'abord fallu vider le lac et fraiser délicatement 20 mètres du mur en béton à l'aide d'un rabot. La liaison entre le nouveau et l'ancien mur a également été délicate, car il y avait 60 ans de différence entre l'ancien et le nouveau. Des boulons en acier ont dû être utilisés pour assurer une liaison adéquate.

S'il n'y a pas de roche sur le côté, cela devient laborieux

Des rochers stables pour surélever le mur en arc de plus de 20 mètres manquent cependant aux barrages de Moiry (VS), des Toules (VS) et de Nalps (GR). Comme cet ancrage manquait sur le côté droit de la vallée de l'ancien barrage d'Emosson, il a fallu construire un barrage-poids massif pour assurer sa stabilité. C'est l'une des raisons pour lesquelles les travaux de construction proprement dits, sans le remplissage du lac vidé, ont duré cinq ans (2012 à 2016), sachant qu'à 2230 mètres d'altitude, les travaux ne pouvaient avoir lieu que d'avril à octobre.

Le barrage d'Emosson en 2019. (KEYSTONE/Anthony Anex)
Le barrage d'Emosson.Image: KEYSTONE

Il y a un an, en avril, l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) a informé la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie du Conseil des Etats (CEATE-E) de l'avancement des 15 projets de la table ronde en indiquant que, pour des raisons techniques, Axpo devait réduire de plus de la moitié les 99 GWh par an annoncés pour Nalps et Curnera (GR), soit 50 GWh, et qu'il fallait encore déterminer si le projet du Lac-les-Toules était techniquement réalisable. Quant au projet de Moiry, le porte-parole d'Alpiq Guido Lichtensteiger déclare aujourd'hui:

«La hauteur définitive n'est pas encore fixée, elle sera peut-être inférieure à 20m»
Le barrage de Moiry haut de 148 metres et long de 610m.
Le barrage de Moiry.Image: KEYSTONE

Des propos critiques sur l'augmentation des projets sont également tenus par un ingénieur familier des barrages. Comme les entreprises Lombardi et Gruner se sont fait un nom avec de tels projets, il souhaite rester anonyme. Concernant le projet de Lac les Toules, dont le mur a été renforcé entre 2008 et 2011, il déclare:

«Tous ceux qui connaissent le barrage savent qu'il est impossible de le rehausser pour des raisons techniques et géométriques»

En ce qui concerne le projet de Moiry, notre source fait savoir, qu'une surélévation de seulement 8 à 9 mètres est prévue. Quant au barrage de Nalps, non seulement il n'y a pas d'ancrage possible dans la roche d'un côté, mais avec une hauteur de mur de 127 mètres, une surélévation de 20 mètres est très osée.

Axpo indique qu'une installation photovolta�que doit voir le jour prochainement pr�s du lac de barrage Lai da Nalps, sur la commune de Tujetsch dans les Grisons. (archives)
Le barrage de Nalps.Keystone

Les réserves concernant les rehaussements de 20 mètres sont également partagées par Giovanni De Cesare, chargé de cours en hydraulique à l'EPFL, car «principalement, les barrages à double arche s'ancrent des deux côtés dans la structure rocheuse, qui doit résister à la pression lors d'un rehaussement». En ce qui concerne la forme, De Cesare estime que «la géométrie des doubles arcs peut éventuellement être adaptée.

Mais ce n'est pas toujours possible, car le mur s'amincit vers le haut. Sinon, la partie supérieure du mur doit être démontée, mais cela dépend aussi de la géométrie et de la qualité du mur en béton existant». Il faudrait alors vider le lac en partie ou en totalité si les turbines ne peuvent pas continuer à fonctionner en parallèle.

L'extension dépend des subventions

Ces quatre projets (Nalps, Curnera, Moiry, Toules), qui doivent contribuer à la couverture de l'électricité hivernale avec environ 300 GWh par an, sont donc soit des maculatures, soit dépendants de subventions massives pour une production d'électricité qui s'arrête pendant une dizaine d'années.

Cela n'inquiète pas l'Urek-E. Son président, le conseiller aux Etats valaisan Beat Rieder, affirme que d'autres projets ont en effet été présentés lors de la table ronde et surtout que «l'adoption de la loi sur l'électricité pour la promotion des énergies renouvelables permet au Conseil fédéral de mettre en place d'autres projets».

Cette semaine, le Walliser Bote a annoncé que le canton du Valais veut construire de nouveaux lacs de retenue en plus de l'extension décidée pour 2022: parmi eux, le projet Oberaletsch avec 765 gigawattheures par an. Les barrages du Burgsee Fieschergletscher, de la Grande Dixence, de Dix+ et du Gletsch Grimselsee font également partie des plus grands projets.

L'adoption de cette loi sur l'électricité a également des répercussions sur les projets Nalps et Curnera d'Axpo. Son porte-parole, Martin Stutz, déclare qu'il faut d'abord attendre et analyser les ordonnances finales de la loi sur la promotion de l'électricité.

Il n'est donc pas certain que les 2,2 térawatts par an puissent un jour être fournis par des barrages surélevés. Seuls les projets bernois pourraient être prêts à temps. La demande pour le rehaussement de 20 mètres des barrages du Grimsel est en cours et entre les mains du canton.

Par précaution, la géométrie du nouveau mur de Spitallamm a déjà été adaptée pour une élévation ultérieure. Pour Trift, la concession est disponible et la planification détaillée est en cours. En revanche, pour les barrages de Nalps et Curnera, le canton des Grisons ne pourra probablement pas soumettre à la Confédération le plan directeur énergétique nécessaire à la planification du projet avant la fin de l'année.

(Traduit et adapté par Chiara Lecca)

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