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Roche supprime des emplois et ça énerve l’UDC

Le siège de Roche à Rotkreuz, dans le canton de Zoug.
Le siège de Roche à Rotkreuz, dans le canton de Zoug.Image: Urs Flüeler / Keystone

Roche supprime des emplois et ça énerve l’UDC

Le géant pharmaceutique Roche est le plus grand employeur du canton de Zoug. Une réduction d’effectifs suscite désormais des remous jusque dans les rangs de l'UDC. Le groupe pharmaceutique réagit.
28.05.2026, 20:5328.05.2026, 20:53
Maurizio Minetti

Roche et le canton de Zoug, c’est une success-story qui dure depuis longtemps. Le groupe pharmaceutique bâlois a posé la première pierre de son site zougois en 1969 en reprenant une entreprise locale. L’établissement comptait alors 60 collaborateurs.

Aujourd’hui, près de 3000 personnes travaillent à Rotkreuz. Elles s’occupent principalement de la fabrication d’appareils destinés au diagnostic de maladies. Roche est de loin le plus grand employeur du canton de Zoug.

Mais cette symbiose montre désormais des signes de faiblesse. La semaine dernière, Roche a annoncé en interne une réduction d’effectifs. Selon les informations disponibles, un nombre de postes à deux ou trois chiffres pourrait passer à la trappe à Rotkreuz. Il s’agit donc potentiellement d’un licenciement de grande ampleur. Les négociations avec les syndicats ne sont toutefois pas encore terminées.

Le portail Inside Paradeplatz avait également rapporté pendant le week-end de la Pentecôte que, «des centaines» de collaborateurs externes ne seraient plus nécessaires.

Des centaines de millions investis

Le groupe reste discret et indique:

«Nous partons du principe qu’un nombre limité de postes à Rotkreuz sera concerné. Des consultations sont en cours avec les représentants du personnel afin de limiter au maximum les impacts sur les collaborateurs.»

Pour justifier la mesure, le communiqué précise que Roche s’adapte «en permanence à un environnement en constante évolution». Même si le nombre total de collaborateurs reste globalement stable cette année, certaines zones peuvent connaître une réduction d’effectifs, «alors que dans d’autres secteurs, nous augmentons le nombre de collaborateurs».

Roche avait déjà supprimé des postes à Rotkreuz il y a exactement un an. Les années précédentes, des ajustements avaient également eu lieu. Dans l’ensemble, Roche a surtout développé le site et investi de l’argent à Zoug ces dernières années.

Entre 2015 et 2025, le groupe a investi environ 860 millions de francs dans le canton de Zoug, et une nouvelle unité de production sera opérationnelle l’année prochaine. Le nombre de collaborateurs a augmenté de plus de 400 personnes au cours des cinq dernières années, atteignant environ 3000. A l’échelle nationale, Roche a créé 500 nouveaux emplois l’an dernier. Dans ce contexte, l’entreprise souligne que Rotkreuz est et restera l’un des sites les plus importants du secteur des diagnostics.

Une situation qui fait fortement réagir l'UDC

La critique de la réduction d’effectifs vient d’un camp inhabituel. L’UDC du canton de Zoug se réfère directement à ce sujet dans un communiqué et titre: «Le conte du manque de personnel qualifié et la réalité à Rotkreuz». Le parti rappelle que, récemment, d’autres entreprises pharmaceutiques suisses, comme Novartis, Pfizer et Takeda avaient elles aussi supprimé des emplois.

A présent, c'est au tour de Roche de réduire ses effectifs et d'envoyer «des collaborateurs de longue date à l'Office régional de placement ou à la préretraite», ironise le parti.

L'UDC cible également certains acteurs politiques ainsi qu’Economiesuisse et la chambre économique de Zoug, dirigée par Katharina Gasser, cheffe de Roche Suisse, et laisse entendre que le manque de personnel qualifié ne peut pas être aussi grave que ces institutions le présentent si, en même temps, «des personnes qualifiées se retrouvent à la rue».

Dans le canton de Zoug, fin avril, plus de 2000 personnes étaient au chômage et environ 3100 en recherche active d’emploi. La vague de licenciements montre «une fois de plus que les groupes, souvent dirigés par des expatriés, manquent de loyauté envers la Suisse».

Par ailleurs, l’UDC utilise la réduction d’effectifs pour promouvoir son initiative «Pas de Suisse à 10 millions», qui offre «une meilleure protection de nos travailleurs locaux contre l’immigration massive incontrôlée».

Autour de l’entreprise, on se frotte les yeux face aux arguments de l’UDC. Malgré la réduction d’effectifs, Roche a actuellement plus d’une centaine de postes ouverts en Suisse. L’entreprise s’est en tout cas clairement prononcée contre l’initiative, selon le communiqué:

«Nous dépendons du recrutement des meilleurs talents de Suisse, de l’Union européenne et des pays tiers.»

450 apprentis en Suisse

Roche emploie à Zoug des collaborateurs issus de plus de 70 nationalités, environ 1000 d'entre eux possèdent la nationalité d’un pays de l’Union européenne ou de l’Association européenne de libre-échange (AELE). L'entreprise souligne également:

«En parallèle, nous investissons intensivement dans la formation et le perfectionnement de nos collaborateurs et, avec 450 apprentis, nous sommes également l’un des plus grands employeurs formatifs de Suisse.»

Un «oui» à l’initiative de l’UDC aurait des conséquences négatives pour Roche, qui précise:

«Si la reconnaissance mutuelle des contrôles de produits disparaît, nos exportations vers l’UE deviendront plus lentes et plus coûteuses.»

Par ailleurs, la suppression imminente de la libre circulation aggraverait le manque de personnel qualifié, tandis qu’un éventuel arrêt du programme de recherche «Horizon Europe» freinerait la capacité d’innovation suisse.

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