Manif anti-G7: «Avec ce parcours Genève se tire une balle dans le pied»
Sur Facebook, le conseiller national (MCG/GE) Roger Golay estime que le parcours imposé exclusivement sur la rive droite par le Conseil d’Etat pour la manifestation anti-G7 du 14 juin risque d’augmenter les tensions plutôt que de les réduire.
De la casse, il y aura, selon l’ex-président de l'Union du personnel du corps de police (UPCP) . Cet ancien gendarme sait de quoi il parle. Il était présent lors des violentes émeutes anti-G8 qui avaient embrasé la ville de Calvin. Selon le l’élu MGC, un tracé passant par le pont du Mont-Blanc aurait été plus simple à sécuriser.
Roger Golay, vous n’êtes pas très fan du parcours finalement retenu par le gouvernement genevois?
Franchement, je ne le trouve pas très cohérent. Faire remonter des dizaines de milliers de personnes par la rue de la Servette puis l’avenue de France, où il y a déjà énormément de travaux, cela risque surtout de compliquer la tâche des policiers. A mon sens, longer le lac aurait été plus logique et plus simple à sécuriser.
Le Conseil d’Etat affirme qu’un passage sur le pont du Mont-Blanc poserait des problèmes de sécurité. Vous n’êtes pas convaincu?
Un pont reste toujours un point sensible si ça bloque d’un côté ou de l’autre. Or, il existe des moyens de sécuriser le passage. En limitant les accès avec des barrages, laissant un couloir pour les véhicules d’urgence et en filtrant le nombre de personnes qui traversent. Avec des barrières «vaubans», tout cela est faisable. Le pont du Mont-Blanc reste évidemment un point sensible, mais on l’a déjà vu accueillir énormément de monde lors des Fêtes de Genève ou de la Lake Parade.
Je vois mal une manifestation entière se mettre à sauter simultanément comme dans un stade de football.
Pourquoi estimez-vous que le tracé concentré exclusivement sur la rive droite est problématique?
Parce qu’on va faire remonter le cortège dans des quartiers avec un nombre important de rues adjacentes et beaucoup de commerces. Cela demandera une concentration policière bien plus conséquente. Sur les quais, le lac joue un rôle de frontière naturelle. Les manifestants ne peuvent pas partir dans tous les sens, ils restent concentrés sur un axe beaucoup plus facile à surveiller.
Et ensuite, on les fait remonter dans des rues étroites avec une multitude d’accès secondaires. A mon avis, ce sera plus compliqué à gérer pour les forces de l’ordre.
L’avenue de France est en travaux, ce qui rétrécit l’axe.
Oui. Et pour des casseurs, tout ce matériel peut devenir des projectiles potentiels...
Vous avez aussi le sentiment qu’un quartier populaire comme celui de la Servette est «sacrifié»?
J’ai l’impression qu’on protège surtout les secteurs les plus «sensibles» économiquement. Les boutiques de luxe et les banques se trouvent de l’autre côté du lac, sur la rive gauche.
Pensez-vous que le Conseil d’Etat risque d’attiser les tensions en refusant le parcours du U lacustre réclamé par la coalition No-G7?
Oui, parce qu’une majorité de personnes veut simplement défiler et battre le pavé sur les deux rives. Les black blocs, eux, seront présents quoi qu’il arrive. Environ 1500 casseurs, pour 50 000 à 70 000 personnes qui veulent juste exprimer une opinion. A force de frustrer les manifestants sur cette question du pont du Mont-Blanc, on risque d’attiser les tensions inutilement.
Comprenez-vous malgré tout les craintes et les décisions des autorités genevoises?
Bien sûr. Il n’existe pas de parcours parfait. Mais autant choisir celui dont la configuration naturelle facilite le maintien de l’ordre. Le lac est un allié. Et puis, avec des filtrages et des barrages, on peut très bien limiter le nombre de personnes qui passent sur le pont.
Vous avez participé à l’encadrement des manifestations anti-G8 à Genève en 2003. Voyez-vous des similitudes?
Oui. En 2003, le cortège lui-même s’était relativement bien déroulé. Les violences étaient surtout arrivées ensuite, lorsque les black blocs s’étaient détachés du reste de la manifestation. C’est pour cela que je pense qu’il faut éviter de créer dès le départ un point de crispation autour du pont du Mont-Blanc.
