L'initiative UDC peut faire de la Suisse le «refuge de la criminalité»
En cas d'acceptation de l'initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions», la Suisse pourrait devenir une île privilégiée pour la criminalité organisée. C'est ce que craint Karin Kayser-Frutschi, présidente de la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police.
Dans un entretien accordé au Blick, elle affirme que l'initiative repose sur une illusion. La population espère que le projet apportera davantage de sécurité, mais il produirait, selon elle, l'effet contraire.
Un risque pour la sécurité
En cas d'acceptation, la Suisse risquerait de compromettre des coopérations internationales, telles que les accords de Schengen et de Dublin. Or, la police suisse dépend de ces accords, qui garantissent sécurité et stabilité dans le pays. Kayser-Frutschi explique à Blick:
Dans le scénario d'un «oui» à l'initiative UDC, l'accès aux systèmes européens de recherche criminelle serait refusé à la Suisse. Ces bases de données constituent, pour les autorités policières, un «instrument indispensable dans la lutte contre la criminalité organisée et d'autres formes de grande criminalité, la traite des êtres humains ou le terrorisme».
L'importance de l'accord de Dublin
Dans le domaine de la politique d'asile, «de nombreuses avancées ont été réalisées» ces dernières années, même s'il reste encore «une marge de progression». La Suisse affiche le taux de renvoi le plus élevé d'Europe. La focalisation sur la politique d'asile est exagérée, car elle ne représente qu'une petite partie de la problématique globale, estime Karin Kayser-Frutschi.
S'ajoute à cela que de nombreux criminels sont des personnes en séjour illégal. «Ils sont renvoyés en conséquence et n'entrent même pas dans le calcul des 10 millions des initiants», précise-t-elle.
L'élue centriste explique par ailleurs que, sans l'accord de Dublin, la Suisse serait le seul pays en Europe où l'on pourrait encore déposer une demande d'asile si l'on avait été débouté dans un autre pays européen. Karin Kayser-Frutschi résume au Blick:
L'initiative soulève certes des préoccupations réelles liées à la croissance démographique. Mais la question n'est pas de savoir «si ces problèmes existent, mais si les instruments proposés constituent les bonnes réponses. Une initiative qui met en danger notre sécurité ne saurait être efficace», conclut-elle. (hkl)
