La Suisse mise sur ces arbres pour «réduire le danger d’incendie»
En une semaine, les feux ont détruit 42 000 hectares de forêt en Gironde – quatre fois la superficie de Paris. La variété d’arbre partie en fumée, essentiellement le pin maritime, est considérée comme un facteur aggravant de ces incendies monstres. En France, la réflexion pour l'après porte notamment sur des essences d’arbres à replanter plus résistantes au feu, le cèdre et le chêne, par exemple.
Et en Suisse, des variétés d’arbres sont-elles jugées plus adaptées que d’autres aux incendies? Existe-il actuellement un risque important de feu de forêt? Nous avons posé ces questions et d’autres à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), qui y a répondu par e-mail par l’entremise de sa porte-parole, Daniela Mangiarratti.
Existe-il actuellement un risque important de feu de forêt en Suisse?
Où se trouvent ces peuplements de pins?
Il s’agit de pins sylvestres, comme dans la forêt de Fontainebleau (réd: 2200 hectares ont brûlé à la mi-juillet dans cette forêt située au sud de Paris). Les plus importants peuplements de pins sylvestres se situent dans le bois de Finges en Valais (réd: par le passé, des incendies ont gravement endommagé le bois de Finges).
Faut-il craindre en Suisse un incendie comme en Gironde?
Des plantations de pins, en l’occurrence pins maritimes en France, n’existent pas ou presque pas en Suisse, le bois de Finges étant la principale exception. D’autre part ce genre de sites très secs, sablonneux, comme en Gironde et dans les Landes en France, sont extrêmement rares chez nous.
Au vu des risques accrus de feux de forêt en Suisse, y a-t-il une réflexion ou une action engagée pour repenser, là où c'est nécessaire, le choix des essences d'arbres?
Le risque d’incendies de forêt augmente avec les périodes de sécheresse plus longues et les températures plus élevées.
La Suisse ne prévoit pas de programme uniforme de plantation.
Comment la Suisse agit-elle?
Elle mise sur une sylviculture proche de la nature et adaptative, favorisant des forêts mélangées, diversifiées et adaptées aux conditions actuelles et futures de chaque station. La régénération naturelle reste prioritaire; elle peut être complétée par des semis ou des plantations lorsque les essences appropriées sont absentes. Cette orientation est inscrite dans la Stratégie intégrale pour la forêt et le bois 2050 (SIFB 2050), dont le plan de mesures 2025–2032 prévoit notamment une régénération forestière adaptée au climat.
Y a-t-il des essences d’arbre permettant de mieux lutter contre les feux de forêt?
Le choix dépend notamment des caractéristiques du site, du climat futur, de la fonction de la forêt et du risque local.
A ce propos, qu’est-il envisagé pour les années futures?
A long terme, l’objectif est de favoriser des peuplements mélangés et structurellement diversifiés. Là où les conditions le permettent, une proportion plus importante de feuillus adaptés au climat futur peut contribuer à réduire le danger d’incendie, notamment en abaissant les températures estivales dans les peuplements. Cet effet suppose toutefois une disponibilité suffisante en eau. Dans les zones présentant un risque ou un potentiel de dommages élevés, le choix des essences peut être complété par d’autres mesures sylvicoles.
Lesquelles?
Ces mesures doivent toujours être mises en balance avec les autres fonctions de la forêt, notamment la biodiversité.
Justement, qu'en est-il des programmes en cours?
Les informations à ce sujet sont aujourd’hui disponibles et sont progressivement développées. L’application Tree App fournit aux spécialistes des recommandations géolocalisées sur les essences adaptées aux conditions actuelles et au climat futur. En parallèle, l’OFEV, le WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage), les cantons et les services forestiers suivent 56 plantations expérimentales réparties dans toutes les régions biogéographiques et à différentes altitudes.
Quelles sont les essences privilégiées et pour quels endroits?
Parmi elles figurent notamment le sapin blanc, le mélèze, plusieurs espèces de chênes, le tilleul à petites feuilles et l’alisier torminal, mais aussi certaines essences non indigènes, comme le douglas, le cèdre de l’Atlas ou le noisetier de Byzance. Il ne s’agit toutefois pas d’une liste générale d’essences recommandées. La SIFB 2050 prévoit une approche en cascade: privilégier d’abord les essences indigènes, puis des provenances indigènes appropriées et, si nécessaire, certaines essences exotiques non invasives. Le choix concret reste lié à chaque site, appelé aussi station, et à la fonction de la forêt.
