«Des surcoûts supérieurs à 50%»: l'achat des Patriot prend l'eau
Ce ne sont pas de bonnes nouvelles que Martin Pfister s’apprête à présenter à ses collègues du Conseil fédéral. Mercredi, le ministre de la défense informera le gouvernement, par le biais d’une note, de l’état des discussions avec les Etats-Unis concernant l’acquisition des systèmes de défense aérienne Patriot.
Depuis le 1ᵉʳ avril, l'Office fédéral de l'armement Armasuisse est en pourparlers avec les Américains au sujet des cinq systèmes Patriot que la Suisse a commandés en 2022 pour deux milliards de francs.
Une incessante pluie de mauvaises nouvelles
Tout indique que la situation s'aggrave. D'une part, en ce qui concerne la livraison: à ce jour, elle ne devrait pas intervenir avant 2034, bien que les systèmes Patriot longue portée auraient dû initialement être livrés entre 2026 et 2028. A l'été 2025, les Etats-Unis avaient d'abord informé la Suisse d'un retard de quatre à cinq ans, en raison de la guerre en Ukraine.
Ensuite, la Suisse n'a plus eu de nouvelles des Etats-Unis pendant une longue période, alors même que la situation s'était fondamentalement modifiée avec la guerre contre l'Iran. L'Iran ayant ciblé délibérément les Etats du Golfe avec des missiles de croisière, ces derniers ont eu un besoin urgent de systèmes de défense aérienne Patriot. Une personne au fait du dossier indique:
Armasuisse nous a confirmé, fin avril, que non seulement les Etats européens, mais aussi la Suisse, avaient été informés de retards. L'office avait alors précisé:
Entre-temps, les Américains ont exposé à la Suisse, lors de discussions, de quelle manière cette situation difficile pourrait être résolue. Une chose est devenue claire: les importants retards affectant les systèmes Patriot s'accompagnent également d'un risque financier considérable. La SRF et Swissinfo ont rapporté que les autorités américaines auraient informé le Département fédéral de la défense (DDPS) de surcoûts substantiels. Le chef de l'armement, Urs Loher, aurait estimé en interne que ces derniers pourraient atteindre «jusqu'à 50%».
La question des surcoûts
Des rumeurs circulent désormais selon lesquelles les systèmes Patriot coûteraient le double, soit quatre au lieu de deux milliards. Confronté à cette information, Kaj-Gunnar Sievert, chef de la communication d'Armasuisse, répond:
Le Conseil fédéral ne prendra aucune décision mercredi. Mais il devra se positionner au plus tard en juin sur la question de savoir s'il abandonne le programme Patriot. Le conseiller fédéral Pfister avait déjà évoqué cette option devant les médias:
D'ici fin mai, Armasuisse disposera des résultats des demandes d'information adressées à cinq fabricants de systèmes de défense aérienne longue portée issus de quatre pays. Et, avant les vacances d'été, le gouvernement devra décider s'il décide de miser sur deux systèmes différents, ou s'il abandonne la commande de Patriot et opte pour une solution européenne.
