Le patron d'Armasuisse répond aux questions qui fâchent
F-35, système de défense Patriot, pistolet de l'armée défectueux, exportations d'armes, sécurité: le chef de l'armement Urs Loher est sous pression. Il s'est longuement exprimé dans une interview accordée à la NZZ. Nous revenons ici sur les principaux éléments.
Un pistolet très mal noté
Ce printemps, watson a rendu publics, en vertu de la loi sur la transparence, des documents internes relatifs à l'acquisition du nouveau pistolet de l'armée, qui a suscité un tollé.
En effet, l’arme choisie par Urs Loher, le SIG Sauer P320, a non seulement largement échoué à tous les tests effectués par les troupes, mais n’a pas reçu de l’armée le label «apte au service» indispensable à son acquisition.
Ce pistolet n’a pas non plus satisfait à un «critère obligatoire» lors de tests effectués par des experts d’Armasuisse. Le taux de défaillance technique était trop élevé. Les spécialistes en logistique de l’armée en sont également arrivés à la conclusion que le modèle concurrent, le Glock, serait plus adapté.
Urs Loher a ignoré tous ces éléments et a décidé, en invoquant des raisons de politique d'armement, de ne pas suivre la recommandation des experts.
SIG Sauer doit désormais apporter des améliorations techniques au P320, mais reste muet sur ces modifications. Tout comme Armasuisse. On ignore donc comment le P320 «suisse» modifié est censé répondre aux exigences techniques.
Auprès de la NZZ, Loher se défend contre ces critiques. Il soutient que ce pistolet est utilisé par toutes les forces armées aux Etats-Unis et par divers corps de police en Suisse. «Pourquoi ne serait-il donc pas apte au service pour l’armée?», questionne-t-il.
A la question de savoir pourquoi le choix s'est porté précisément sur un pistolet qui avait échoué au test d'aptitude au service, il répond:
De plus, selon Loher, les tests effectués sur le pistolet de l’armée devraient être menés différemment à l’avenir:
Le prix des F-35
L'acquisition des nouveaux avions de combat F-35 américains suscite, elle aussi, de nombreuses critiques. Selon les médias, Loher savait depuis longtemps que la Suisse ne pourrait pas imposer de prix fixe pour l'acquisition de ces engins. Là encore, le chef de l'armement se défend avec véhémence:
Il se dit lui-même sceptique quant au prix fixe et rappelle avoir commandé «deux expertises indépendantes» lorsqu'il a pris ses fonctions de chef de l'armement.
Loher invoque en outre la nécessité d’acquérir de nouveaux avions de combat:
Selon Loher, les huit premiers avions seront livrés depuis les Etats-Unis «l’année prochaine, comme prévu». Et d'insister:
Le retard des systèmes Patriot
Le troisième point de discorde majeur concerne le système de défense aérienne Patriot que la Suisse a commandé aux Etats-Unis. Au début de cette année, on a appris que la livraison de ce système serait retardée de plusieurs années. Comment le chef de l’armement explique-t-il cela? Sa réponse:
Il avait d'ailleurs déjà indiqué avant le début du conflit avec l'Iran, le 28 février, qu'il faudrait s'attendre à des retards de livraison de quatre à cinq ans. Aujourd'hui, il ajoute que «la guerre en Iran n'a certainement pas réduit ces retards.»
Selon Loher, une solution possible passerait par un changement de perspective. D’ici 2027, l’armée entend examiner d’autres options:
En effet, les systèmes d'armes se font rares à l'échelle mondiale. «Nous devons prendre ce qu'il est encore possible d'obtenir. Regardez l'Ukraine: vous y trouverez divers systèmes, précisément parce qu'il n'est pas toujours possible de se procurer le même système.» Loher ajoute encore:
Il réfute l’accusation selon laquelle des systèmes supplémentaires surchargeraient l’armée:
De plus, Loher souligne qu’à l’avenir, il faudra surtout miser sur des formes hybrides de guerre. Il résume:
C’est pourquoi il est crucial que la Suisse mise sur une industrie de l’armement tournée vers l’avenir, c’est-à-dire «les drones, la robotique, l’IA et la technologie quantique».
L’exportation facilitée de matériel de guerre
Nos confrères de la NZZ ont également interrogé le chef de l’armement sur la décision du Parlement de faciliter l’exportation de matériel de guerre. Un référendum a été lancé contre cette mesure, et le peuple devra se prononcer à ce sujet.
Loher met en garde contre un rejet de l’assouplissement des règles d’exportation: «Dans ce cas, les conditions-cadres ne changeront pas, et je pars du principe que davantage d’entreprises délocaliseraient leur production à l’étranger.»
Le marché suisse est trop petit, et, si l’on ne peut plus maintenir l’industrie de l’armement, l’armée ne pourra pas non plus atteindre la «capacité de résistance» requise, explique encore Loher:
La situation actuelle concernant les exportations serait «inacceptable», un fait dont le Parlement a également «pris conscience», selon Loher. (trad.: mrs)
