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F-35, Patriot, exportations d'armes: le boss de l'armement répond

Urs Loher, Ruestungschef, armasuisse, spricht waehrend einer Medienkonferenz zum Projekt RIGI, am Donnerstag, 9. Oktober 2025 in Payerne. Vier der insgesamt 36 fuer die Schweiz bestellten Kampfflugzeu ...
Le chef de l’armement, Urs Loher, fait l’objet de vives critiques. Image: keystone

Le patron d'Armasuisse répond aux questions qui fâchent

Fiasco des F-35, retard des Patriot, référendum sur l'assouplissement des exportations d'armes: l'Office fédéral de l'armement (Armasuisse) est sous le feu des critiques. Voici les réponses de son chef, Urs Loher.
04.05.2026, 16:5704.05.2026, 16:57
Olivier Meier
Olivier Meier

F-35, système de défense Patriot, pistolet de l'armée défectueux, exportations d'armes, sécurité: le chef de l'armement Urs Loher est sous pression. Il s'est longuement exprimé dans une interview accordée à la NZZ. Nous revenons ici sur les principaux éléments.

Un pistolet très mal noté

Ce printemps, watson a rendu publics, en vertu de la loi sur la transparence, des documents internes relatifs à l'acquisition du nouveau pistolet de l'armée, qui a suscité un tollé.

En effet, l’arme choisie par Urs Loher, le SIG Sauer P320, a non seulement largement échoué à tous les tests effectués par les troupes, mais n’a pas reçu de l’armée le label «apte au service» indispensable à son acquisition.

Ce pistolet n’a pas non plus satisfait à un «critère obligatoire» lors de tests effectués par des experts d’Armasuisse. Le taux de défaillance technique était trop élevé. Les spécialistes en logistique de l’armée en sont également arrivés à la conclusion que le modèle concurrent, le Glock, serait plus adapté.

Urs Loher a ignoré tous ces éléments et a décidé, en invoquant des raisons de politique d'armement, de ne pas suivre la recommandation des experts.

SIG Sauer doit désormais apporter des améliorations techniques au P320, mais reste muet sur ces modifications. Tout comme Armasuisse. On ignore donc comment le P320 «suisse» modifié est censé répondre aux exigences techniques.

Auprès de la NZZ, Loher se défend contre ces critiques. Il soutient que ce pistolet est utilisé par toutes les forces armées aux Etats-Unis et par divers corps de police en Suisse. «Pourquoi ne serait-il donc pas apte au service pour l’armée?», questionne-t-il.

A la question de savoir pourquoi le choix s'est porté précisément sur un pistolet qui avait échoué au test d'aptitude au service, il répond:

«Le terme "apte au service" prête peut-être à confusion. Il s'agit avant tout de critères ergonomiques qui, à mon avis, sont très subjectifs.»

De plus, selon Loher, les tests effectués sur le pistolet de l’armée devraient être menés différemment à l’avenir:

«Nous devrons sans doute nous fier davantage aux évaluations et aux tests réalisés par d’autres armées. A mon avis, ce n’est plus le meilleur produit individuel qui compte, mais plutôt la contribution d’un système d’armes à notre sécurité globale.»

Le prix des F-35

L'acquisition des nouveaux avions de combat F-35 américains suscite, elle aussi, de nombreuses critiques. Selon les médias, Loher savait depuis longtemps que la Suisse ne pourrait pas imposer de prix fixe pour l'acquisition de ces engins. Là encore, le chef de l'armement se défend avec véhémence:

«Ces allégations sont dénuées de tout fondement. Je n'ai absolument aucune raison de mentir dans cette affaire»

Il se dit lui-même sceptique quant au prix fixe et rappelle avoir commandé «deux expertises indépendantes» lorsqu'il a pris ses fonctions de chef de l'armement.

Loher invoque en outre la nécessité d’acquérir de nouveaux avions de combat:

«La situation géopolitique confirme que nous en avons un besoin urgent, même s’il ne devait y en avoir que 30 au lieu de 36.»

Selon Loher, les huit premiers avions seront livrés depuis les Etats-Unis «l’année prochaine, comme prévu». Et d'insister:

«La production a démarré, contrairement à ce qu’affirment les opposants à cet achat, qui évoquent des retards de livraison.»

Le retard des systèmes Patriot

Le troisième point de discorde majeur concerne le système de défense aérienne Patriot que la Suisse a commandé aux Etats-Unis. Au début de cette année, on a appris que la livraison de ce système serait retardée de plusieurs années. Comment le chef de l’armement explique-t-il cela? Sa réponse:

«Plus la situation géopolitique se complique, plus d’autres pays ont la priorité. En février, le président américain Donald Trump a signé un décret selon lequel les Etats qui investissent le plus dans leur défense, par rapport au produit intérieur brut, seront livrés en premier. La Suisse ne figure pas en tête de liste.»

Il avait d'ailleurs déjà indiqué avant le début du conflit avec l'Iran, le 28 février, qu'il faudrait s'attendre à des retards de livraison de quatre à cinq ans. Aujourd'hui, il ajoute que «la guerre en Iran n'a certainement pas réduit ces retards.»

Selon Loher, une solution possible passerait par un changement de perspective. D’ici 2027, l’armée entend examiner d’autres options:

«Nous étudions actuellement des systèmes comparables au système Patriot et que nous pourrions acquérir.»

En effet, les systèmes d'armes se font rares à l'échelle mondiale. «Nous devons prendre ce qu'il est encore possible d'obtenir. Regardez l'Ukraine: vous y trouverez divers systèmes, précisément parce qu'il n'est pas toujours possible de se procurer le même système.» Loher ajoute encore:

«La Suisse n'est pas une priorité (réd: pour les Etats-Unis), et ce n'est pas surprenant»

Il réfute l’accusation selon laquelle des systèmes supplémentaires surchargeraient l’armée:

«Je ne le crois pas, bien au contraire. Notre milice est composée de soldats issus de divers horizons. Ce savoir-faire est extrêmement précieux.»

De plus, Loher souligne qu’à l’avenir, il faudra surtout miser sur des formes hybrides de guerre. Il résume:

«Le développement technologique progresse à un rythme effréné. Il ne suffit plus de simplement acquérir un système. Il faut le perfectionner en permanence.»

C’est pourquoi il est crucial que la Suisse mise sur une industrie de l’armement tournée vers l’avenir, c’est-à-dire «les drones, la robotique, l’IA et la technologie quantique».

L’exportation facilitée de matériel de guerre

Nos confrères de la NZZ ont également interrogé le chef de l’armement sur la décision du Parlement de faciliter l’exportation de matériel de guerre. Un référendum a été lancé contre cette mesure, et le peuple devra se prononcer à ce sujet.

Loher met en garde contre un rejet de l’assouplissement des règles d’exportation: «Dans ce cas, les conditions-cadres ne changeront pas, et je pars du principe que davantage d’entreprises délocaliseraient leur production à l’étranger.»

Le marché suisse est trop petit, et, si l’on ne peut plus maintenir l’industrie de l’armement, l’armée ne pourra pas non plus atteindre la «capacité de résistance» requise, explique encore Loher:

«Nous deviendrions totalement dépendants de l’étranger. Cela serait particulièrement imprudent pour les munitions et les missiles guidés, car l'approvisionnement est crucial dans ce domaine»

La situation actuelle concernant les exportations serait «inacceptable», un fait dont le Parlement a également «pris conscience», selon Loher. (trad.: mrs)

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