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Le prix des médocs va-t-il monter en Suisse à cause de Trump?

Trump et les médicaments
Quel sera l'impact des décisions de Trump en Suisse avec la pharma?keystone (montage)

Trump fait planer un risque sur les coûts de la santé en Suisse

Le président américain vient d'annoncer un accord avec la pharma suisse pour baisser le prix de certains médicaments. Avec quelles conséquences pour la Suisse? On fait le point.
25.12.2025, 07:1525.12.2025, 07:15
Florence Vuichard / ch media

Vendredi dernier, neuf groupes pharmaceutiques se sont engagés à réduire les prix de leurs médicaments aux Etats-Unis. Lors de l’annonce à la Maison-Blanche, Donald Trump s’est montré visiblement satisfait et a souligné les progrès importants qu’il affirme avoir accomplis dans la lutte contre les coûts élevés des traitements aux Etats-Unis.

Le président américain a également félicité les dirigeants de la pharma présents, comme le patron de Novartis, Vasant Narasimhan, et Ashley Magargee, directrice de Genentech, la filiale de Roche, pour avoir compris ses exigences. «Ils aiment notre pays», a lancé Donald Trump.

President Donald Trump speaks during an event on prescription drug prices in the Roosevelt Room of the White House, Friday, Dec. 19, 2025, in Washington. (AP Photo/Evan Vucci)
Donald Trump
La conférence de presse en question.Keystone

Mais quelles sont les conséquences de cet accord pour la Suisse, pour l’industrie pharmaceutique helvétique, pour les patients et pour ceux qui paient des primes? Décryptage en quelques questions clés.

Qu'ont promis Roche et Novartis à Trump?

Selon le communiqué publié par la Maison-Blanche, Genentech, filiale de Roche, va réduire le prix du médicament contre la grippe Xofluza, qui passera de 168 dollars actuellement à 50 dollars, soit une baisse de plus de 70%.

De son côté, Novartis entend abaisser le prix du médicament contre la sclérose en plaques Mayzent à 9987 dollars de près de 90%, soit 1137 dollars. Ces réductions ne s’appliquent toutefois qu’aux patients qui achètent les médicaments via la plateforme TrumpRx lancée par le président américain.

S’ajoutent à cela d’autres baisses de prix pour les médicaments vendus dans le cadre des programmes publics Medicaid et Medicare destinés aux personnes dans le besoin.

Ces baisses de prix font-elles mal à la pharma?

Au vu de leurs chiffre d’affaires annuel de 60 milliards de francs pour Roche et de 50 milliards de dollars pour Novartis, les pertes devraient rester marginales pour les deux groupes pharmaceutiques suisses. La presse financière alémanique n'hésite pas à parler de «peanuts».

Au cours des neuf premiers mois de l'année, aux États-Unis, Roche a ainsi réalisé 32 millions de francs de chiffre d’affaires avec le Xofluza, tandis que le groupe a généré, sur la même période, 18,8 milliards de francs de revenus pour toute son activité pharmaceutique.

Autrement dit, les baisses de prix ne concernent pas les blockbusters de Roche et de Novartis, mais plutôt des médicaments moins importants en termes de chiffre d’affaires.

Avant l’annonce, les actions des deux groupes ont réagi positivement vendredi, et n’ont pas fait face à des pertes majeures ce lundi.

Est-ce beaucoup de bruit pour rien?

Non. Donald Trump a bel et bien arraché des concessions aux groupes pharmaceutiques suisses. Mais au regard des attentes qu’il avait lui-même suscitées, le résultat reste plutôt limité. A l’avenir, il devrait toutefois maintenir la pression sur les prix des médicaments et veiller de près, lors du lancement de nouveaux traitements, à ce que les groupes ne pratiquent pas aux Etats-Unis des prix plus élevés que dans d’autres pays industrialisés.

La pharma tentera ainsi de fixer les prix des médicaments le plus haut possible dans les huit pays de référence que sont le Danemark, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, le Canada et la Suisse. Car la règle veut que plus les prix sont élevés dans ces pays, plus ils le sont ensuite aux Etats-Unis, le marché le plus important pour l’industrie pharmaceutique.

Le prix des médicaments va-t-il augmenter en Suisse?

Non, du moins pas immédiatement. Mais ces prochaines années, oui, si l’on en croit l’industrie pharmaceutique. Dans une interview accordée au Sonntagszeitung, le directeur général de Roche Thomas Schinecker a reconnu que l’accord n’aurait «dans un premier temps» aucune conséquence, les arrangements n’étant pas rétroactifs. Il explique:

«Les prix des traitements actuellement sur le marché ne vont donc pas augmenter»

A l’avenir, en revanche, ceux-ci devraient grimper, «pas du jour au lendemain», mais «progressivement à chaque nouveau lancement au cours des prochaines années», explique Thomas Schinecker.

Ce dernier souligne que les pays choisis par les États-Unis devraient «payer un prix fondé sur leur prospérité et leur pouvoir d’achat». «Dans le cas de la Suisse, ce serait plus, dans le cas de l’Italie, moins qu’aux Etats-Unis», détaille-t-il. Toutes les économies nationales contribueraient ainsi, de manière comparable en termes de pouvoir d’achat, aux investissements nécessaires au développement d’une nouvelle thérapie.

Que dit la Confédération?

En Suisse, comme dans les autres pays occidentaux, le prix des médicaments pris en charge par l’assurance obligatoire est réglementé par l’État. Ils sont fixés sur la base de trois critères:

  • L’efficacité, c’est-à-dire le bénéfice médical
  • l’adéquation, soit la pertinence clinique
  • l’économicité, autrement dit le rapport coût-efficacité

S’y ajoute une comparaison des prix avec l’étranger, en incluant des pays au fort pouvoir d’achat et des pays disposant d’un paysage pharmaceutique comparable. Il s’agit notamment de la Belgique, du Royaume-Uni, du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la France, de l’Autriche et de la Suède. Contacté, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) précise:

«La comparaison avec des pays au fort pouvoir d'achat permet de fixer les prix, en prenant également compte du pouvoir d'achat en Suisse»

La Suisse rembourse en outre «déjà les coûts des médicaments les plus élevés d’Europe». Selon l’OFSP, la régulation des coûts des médicaments en Suisse est indépendante de celle aux États-Unis. Les prix pratiqués en Amérique n’ont «aucune incidence directe» sur la Suisse, car ils ne sont pas pris en compte pour fixer les prix helvétiques. La Suisse continuera donc de déterminer le coût des médicaments de manière autonome.

Les primes en Suisse vont-elles augmenter?

L'augmentation progressive du prix des médicaments pourrait-il avoir un impact sur celui des primes? Elisabeth Baume-Schneider s’y oppose fermement. La conseillère fédérale a répété à plusieurs reprises:

«Ceux qui paient des primes en Suisse ne peuvent pas et ne doivent pas financer les baisses de prix aux États-Unis»
Elisabeth Baume-Schneider

Le Conseil fédéral travaille toutefois, en collaboration avec l’industrie pharmaceutique, à améliorer encore les conditions en Suisse, notamment en matière d’accès au marché, de recherche clinique et de relations réglementées avec l’Union européenne.

Les 100 milliards mentionnés par Thomas Schinecker comme valeur de référence englobent l’ensemble des dépenses de santé. Or, ce sont les dépenses de l’assurance obligatoire des soins qui sont déterminantes pour les primes. Celles-ci s’élèvent à «seulement» un peu plus de 42 milliards de francs.

Les médicaments représentent 22% de ces dépenses et, avec 9,2 milliards de francs, constituent l’un des principaux postes de coûts. Rapportés à ce montant, les 3,5 milliards évoqués par Thomas Schinecker ne sont donc pas si négligeables. «Ce sont les nouvelles thérapies qui font augmenter les primes», a déclaré ainsi la directrice sortante de la CSS, Philomena Colatrella.

Que se passera-t-il si les médicaments n'augmentent pas en Suisse?

Cela est difficile à évaluer. Mais l’industrie pharmaceutique critique depuis longtemps la «vision unilatérale axée sur les coûts» de l’Office fédéral de la santé publique. «Car cela détériore la situation de l’approvisionnement», déclarait récemment René Buholzer, directeur de l’association faîtière Interpharma, à CH Media (éditeur de watson). Il disait:

«Nous sommes malheureusement arrivés à un point où des entreprises retirent déjà des médicaments du marché suisse parce que le prix a atteint un niveau bas inacceptable.»
René Buholzer

La Confédération doit rétablir l’équilibre entre qualité, sécurité de l’approvisionnement et coûts. René Buholzer ne souhaite pas que ses propos soient interprétés comme une menace. Mais il ajoute:

«Nous devons dire les choses telles qu’elles sont. Lorsque les prix baissent, il arrive un moment où il n’est plus rentable pour une entreprise de proposer un médicament. Il disparaît alors du marché. Ou il n’est même pas lancé.»
René Buholzer

Traduit de l'allemand par Joel Espi

Trump semble visiblement perdu lors de sa visite au Japon
Video: watson
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