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Il lance un collier qui permet une mort en quelques secondes

Philip Nitschke, fondateur d'Exit International, a récemment présenté aux Pays-Bas sa dernière invention: le collier d'aide au suicide Kairos.
Philip Nitschke, fondateur d'Exit International, a récemment présenté aux Pays-Bas sa dernière invention: le collier d'aide au suicide Kairos.Image: imago

Son collier permet une mort rapide: il va le tester en Suisse

Le fondateur d'Exit international, une organisation d'aide au suicide, lance un collier qui permet de mourir. Derrière cette manœuvre se cache une lutte concurrentielle au sein d’un marché qui n'est pas toujours guidé par des idéaux.
04.03.2026, 05:3304.03.2026, 05:33
Andreas Maurer / ch media

Philip Nitschke, un médecin australien de 78 ans et fondateur de l'organisation d'assistance au suicide Exit International, est à l'origine d'une nouvelle invention: Kairos. Un terme en grec ancien qui désigne le «moment opportun». Comprenez, ici: le moment pour mourir.

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Comment fonctionne Kairos? Il s'agit d'un collier qui, selon son inventeur, déclenche une perte de connaissance rapide par une impulsion de pression sur la carotide. Philip Nitschke promet une mort en quelques secondes, sans douleur ni sensation d'étouffement.

La méthode, issue de recherches militaires, est pourtant jugée risquée: en effet, si l'objet est mal positionné, le patient est exposé à de graves lésions cérébrales. C’est la raison pour laquelle d’autres organisations ont jusqu'à présent écarté de tels dispositifs.

La Suisse comme terrain d'expérimentation

Désormais, le médecin souhaite promouvoir Kairos comme une méthode do it yourself (à faire soi-même). Les composants utilisés seraient légaux et bon marché. Il explique:

«Le collier est activé via une application smartphone grâce à la simple pression d’un bouton»

Toutefois, avant que l'activation puisse avoir lieu, la personne devra effectuer un test de discernement, réalisé par une intelligence artificielle prénommée Nora. L'application de Philip Nitschke sera présentée à Zurich au mois de mars 2026.

Pourquoi choisir la Suisse comme terrain d'expérimentation? Parce qu'il s'agit du seul pays où l'assistance au suicide est légale pour les étrangers. Un accompagnement sera cependant nécessaire lors des premières utilisations. Selon Exit International, une patiente néerlandaise serait déjà prête à utiliser Kairos.

Un algorithme peut-il décider de la mort?

Aujourd'hui, la méthode utilisée dans l'aide au suicide repose sur le pentobarbital de sodium, un produit soumis à une prescription médicale qui nécessite, dès lors, l'aval d'un médecin. Si le discernement est requis, la loi helvétique n'impose ni maladie terminale ni souffrance insupportable (ces critères étant éthiques plutôt que légaux).

Chez une personne saine d'esprit, la capacité de discernement est rapidement établie par un professionnel. Il s'agit de s'assurer que le choix de la mort est rationnel et réfléchi. Qu'un algorithme puisse assumer cette responsabilité reste hautement discutable, d'autant plus qu'en cas d'erreur, le logiciel n'endossera aucune responsabilité juridique.

Pour beaucoup, le lancement de Kairos ressemble à l'opération médiatique de la capsule Sarco en 2024. Ces innovations génèrent une attention mondiale qui semble être au cœur du modèle économique d'Exit International. L'organisation se finance via des adhésions (60 francs par an) et la vente de manuels de suicide en ligne (60 francs, plus 40 francs pour les mises à jour).

Ventes en baisse

Tom Curran, ancien directeur européen de l'organisation, confirme cette analyse. Il se montre désormais critique:

«Le problème d'Exit International est que le nombre d'adhésions et les ventes de manuels de suicide sont en baisse»
Tom Curran

D'ailleurs, si leur publication phare était aussi prisée, c'était surtout car elle listait des sources illégales de pentobarbital – qui se sont taries depuis. Pour compenser, l'organisation a lancé un guide pour les «touristes de la mort» en Suisse, vendu 50 euros par an.

La scène de l'aide au suicide en Suisse est devenue un terrain de rivalités commerciales et idéologiques. Initialement partenaire de l'association suisse Pegasos, Exit International s'en est séparé après un désaccord sur la stratégie: Philip Nitschke cherche la confrontation médiatique, là où Pegasos privilégie la discrétion avec les autorités.

En 2025, un infirmier ayant travaillé pour Pegasos a fondé sa propre organisation: Athanasios, disposant d'un local de fin de vie à Allschwil (Bâle-Campagne). Exit International y dirige désormais ses patients et déconseille Pegasos. Pour Exit International, cette stratégie ne constitue toutefois pas un modèle économique viable à long terme. En effet, les informations relatives aux offres des organisations suisses sont aussi fournies gratuitement par un journaliste britannique sur sa propre plateforme.

«Pour cette raison, Kairos est un nouvel argument de vente pour Exit International. Le mode d'emploi payant sera disponible en ligne et l'application permettra de fidéliser la clientèle.»
Tom Curran, ancien directeur européen d'Exit.

La guerre des prix

Exit International justifie ces coûts en affirmant que l'intégralité des revenus est réinvestie dans le développement. Interrogé à ce sujet, Philip Nitschke assure:

«Les innovations dans le domaine de l'aide au suicide, telles que Sarco ou Kairos, ont été critiquées par des organisations suisses comme Pegasos, probablement parce qu'elles souhaitent préserver leur modèle de toute concurrence.»

Une accusation grave, car les «affaires lucratives» ne sont pas autorisées en Suisse. En effet, le Code pénal interdit l'aide au suicide pour les motifs jugés «égoïstes», une infraction qui date de l'époque où l'aide au suicide n'existait pas. Le but était d'éviter qu'une personne n'encourage un proche au suicide dans le but de toucher un héritage.

La justice zurichoise a justement tranché lors d'un procès contre Ludwig Minelli, le fondateur de Dignitas (une autre association d'aide au suicide suisse) sur le montant acceptable des frais d'assistance au suicide pour les étrangers. L'organisation facture 11 000 francs, frais d'obsèques inclus. Un tarif jugé non contestable sur le plan pénal. Depuis lors, l'ensemble des organisations suisses demandent environ 10 000 francs. Le nouveau venu sur le marché, Athanasios, joue quant à lui la carte du hard-discount en affichant un prix de seulement 9500 francs.

Acquis suisses en danger

De son côté, Ruedi Habegger, président de Pegasos, qualifie d'‹absurde› l'accusation d'«affaire lucrative». En effet, le ministère public de Soleure a examiné ses pratiques et supervise les suicides assistés. «Cela ne serait pas possible si nous réalisions des bénéfices. Nous ne faisons que couvrir nos frais et nos salaires», affirme-t-il.

Ruedi Habegger accuse Exit International de mettre en péril la législation suisse en violant la loi. Après l’opération Sarco, l’UDC avait réclamé des règles plus strictes, mais le Parlement n'avait pas jugé nécessaire d'intervenir. Aujourd'hui, Kairos pourrait déclencher un nouveau débat de politique juridique.

«Pour Exit International, une publicité négative reste bonne pour les affaires. Mais il met en danger les acquis suisses»
Ruedi Habegger

Arrestation et détention provisoire

Interrogé à ce sujet, Philip Nitschke annonce que The Last Resort sera chargée de coordonner l'utilisation de Kairos. Formellement indépendante, l'organisation suisse a été créée spécifiquement pour le lancement de la capsule Sarco. Son président, Marc Dusseiller, est originaire de Schaffhouse et chargé de cours à l'ETH de Zurich. C'est lui qui avait mis à disposition la parcelle de forêt pour la première utilisation de la capsule.

Le ministère public avait fait arrêter le président de l'époque, Florian Willet, et l'avait maintenu en détention provisoire pendant deux mois. Par la suite, ce ressortissant allemand a souffert de troubles psychiques et a mis fin à ses jours à Cologne, avec l'aide d'une organisation d'assistance au suicide allemande.

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Marc Dusseiller a repris la présidence «pour honorer le travail» de Florian Willet. Il précise toutefois n'exercer cette fonction que de manière temporaire et n'avoir que peu de liens avec Kairos: «Je ne suis pas du tout impliqué et je n'en sais pas grand-chose.» Kairos pourrait pourtant encore lui réserver des surprises.

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