Genève craint de sombrer dans le chaos ce 14 juin
Le canton de Genève respire un peu mieux, mais il n’est pas tiré d’affaires. Lui qui a le plus à craindre de la manifestation qui se prépare sur ses terres en marge du G7 d’Evian (15-17 juin), accueille avec soulagement le coup de main financier de la Confédération. «Evénement extraordinaire» oblige, Berne, a-t-on appris mercredi, prendra à sa charge 80% des frais sécuritaires liés à ce sommet regroupant sept des principales puissances économiques et industrielles du monde, dont les Etats-Unis. Les cantons de Vaud et du Valais sont également concernés par cette annonce.
Si Genève respire un peu mieux, il n’est donc pas rassuré pour autant. La question de la manifestation des opposants au G7, prévue le dimanche 14 juin, le jour de la votation sur l'initiative de UDC «Pas de Suisse à 10 millions!», n’est pas réglée. Les commerçants de la ville, en premier lieu, craignent la répétition du scénario catastrophe du G8 d’Evian de 2003 – à l’époque, la Russie de Vladimir Poutine avait été conviée à la table des Occidentaux.
Les black-blocs avaient tout cassé
Cette année-là, un samedi, veille de l’ouverture du sommet en France voisine, les Rues Basses, la grande artère commerçante de Genève, avait vu déferler des black blocs anti-G8 qui avaient semé la désolation en brisant un grand nombre de vitrines. Le lendemain, une manifestation d’opposants avait dégénéré sur le pont de la Coulouvrenière. Le feu avait été mis à des barricades. Complètement dépassée par les événements, la police genevoise, épaulée par des renforts venus d’Allemagne mieux équipés, s’était sentie comme humiliée.
Instruits de cette expérience, la droite et les partis du centre ont réuni une majorité au Grand Conseil genevois pour adopter dans l’urgence une loi qui prévoit d’interdire toute manifestation dans le canton de Genève entre les 11 et 19 juin. Pile dans la période du G7. Mais, le 20 mars, la conseillère d’Etat chargée de la sécurité, la socialiste Carole-Anne Kast, a refusé le «troisième débat», au cours duquel cette loi aurait certainement été votée. Le sujet devrait revenir sur la table des parlementaires ce mois-ci.
Pourquoi à Genève et pas ailleurs
Cherchant une solution, Carole-Anne Kast a approché les autorités françaises pour leur demander d’accueillir la manifestation anti-G7. Mais la France n’y voit aucun intérêt. Quant aux opposants au sommet, qui regroupent des organisations anticapitalistes, féministes et propalestiniennes, ils entendent profiter de la caisse de résonnance qu’offrirait la «Genève internationale» à leur action.
Joint par watson, le président du PLR du canton de Genève, Pierre Nicollier, estime qu’«une interdiction de manifester aux dates indiquées dans le projet de loi simplifierait les choses».
Parmi les solutions envisagées à ce stade, dans le cas où une interdiction pure et simple ne serait pas retenue, figure le déplacement de la manifestation anti-G7 en lointaine périphérie genevoise, plutôt que dans la ville même de Genève, comme le prévoit sûrement le comité d’organisation, qui souhaite se greffer à la traditionnelle Grève des femmes du 14 juin.
«Liberticide
Dans ce comité, on retrouve Union Populaire. Membre de ce parti de gauche radicale, Rémy Pagani, l’ancien conseiller administratif (exécutif) de la Ville de Genève, contacté par watson, considère qu’il est «liberticide de vouloir empêcher les anti-G7 de vouloir s’exprimer dans la rue».
Pour plus d’informations sur les intentions du comité, Remy Pagani conseille d’appeler une personne en particulier. Mais celle-ci, affirmant ne pas pouvoir répondre en son nom seul, renvoie à une adresse e-mail, à qui nous avons envoyé la question suivante: «Pouvez-vous me dire s'il vous plaît si vous entendez coopérer avec le département de la sécurité du canton afin de trouver une solution qui vous permettrait de manifester votre opposition au G7?» Nous n’avions pas obtenu de réponse au moment de la parution du présent article.
Au PS genevois, son président, Thomas Wenger, soutient le droit de manifester, mais il pose des conditions, explique-t-il à watson:
Les Verts genevois sont à l’unisson du PS. Cité le 20 mars par le site La Télé, le député Vincent Eckert déclarait:
Le président du PLR, Pierre Nicollier, exprime un souhait:
Pierre Nicollier fait ici allusion au fait que Charles Beer, alors conseiller d’Etat PS, avait cherché à s’interposer entre les forces de l’ordre et les manifestants lors des heurts de 2003 en marge du G8 d’Evian. Cela s'était passé au bout du pont du Mont-Blanc, à hauteur de l’hôtel des Bergues. L'intervention de Charles Beer n'avait pas été jugée opportune par la droite, en particulier la cheffe de la sécurité de l'époque, la libérale Micheline Spoerry.
Point critique au pont du Mont-Blanc
Les échauffourées du pont du Mont-Blanc cette année-là, rappellent celles du 2 octobre dernier, à l’occasion d'une manifestation pro-palestinienne non autorisée, qui aurait donné lieu de la part des forces de l’ordre à des actes contraires à la doctrine policière, selon une enquête de la RTS. Un policier mis en cause pour un tir tendu de gaz lacrymogène «devra répondre de ses actes», a promis la conseillère d'Etat Carole-Anne Kast.
Nul doute que la ministre genevoise de la sécurité cherchera dans les jours qui viennent à convaincre les députés de la droite et du centre qu’un compromis est possible, afin qu’ils ne mettent pas au vote leur texte interdisant toute manifestation entre les 11 et 19 juin. La gauche parlementaire fait valoir qu'une interdiction de manifester accroitrait les risques de violences chez les opposants au G7.
