Manifestation pro-Gaza: une enquête de la RTS épingle la police
Le soir du 2 octobre, un rassemblement spontané avait embrasé le centre-ville. La manifestation se voulait solidaire avec les membres d'une flottille humanitaire en route pour Gaza, arrêtée avant d'être parvenue à son but.
Le lendemain, le porte-parole de la police genevoise Alexandre Brahier avait balayé toute critique quant à la gestion de l'événement par la police: tout se serait passé dans les règles, avait-il assuré. Précisant que les échauffourées avaient par ailleurs fait 11 blessés dans les rangs des forces de l'ordre.
Mais une enquête collaborative lancée par l’émission Vraiment de la RTS dit s'être penchée sur plus de 1000 fichiers, qui raconteraient une autre histoire: les agents sur place se seraient adonnés à des actes «non conformes», selon la RTS, à la doctrine policière.
Bloquer le pont du Mont-Blanc, avant de gazer l'ensemble des manifestants, était par exemple une «erreur gravissime», selon le sociologue Olivier Fillieule, spécialiste du maintien de l'ordre à l'Unil, interrogé par le service public. Car entasser 3000 personnes sur un pont cerné d'eau crée de la panique, et aurait pu s'avérer dangereux, ou même fatal, pour quelqu'un.
«Clairement contraire aux règles»
Des images révèleraient aussi des grenades lancées en cloche par-dessus l'épaule — ce qui est interdit — et un tir tendu sur le quai 5 de la gare Cornavin, qualifié de «clairement contraire aux règles» par le chercheur Neil Corney.
Douze palets de gaz envoyés en quelques secondes dans le couloir central de la gare violeraient, par ailleurs, les préconisations de l'ONU sur les espaces confinés.
Résultat: trois plaintes déposées par des manifestants, dont une pour lésion corporelle, après que quelqu'un ait de toute évidence reçu un projectile dans l'œil, et été évacué aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
La conseillère d'Etat Carole-Anne Kast promet que le policier concerné «devra répondre de ses actes». Une enquête interne est en cours — mais son rapport n'a toujours pas été rendu public.
(dag)
