Suisse
Ignazio Cassis

Elisabeth Baume-Schneider ira elle aussi à un repas de la Cicad

Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider.
Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider. image: montage watson

Cette conseillère fédérale ira elle aussi à un repas de la Cicad

Mise en cause par une partie de la gauche, la Cicad accueillera Elisabeth Baume-Schneider le 16 juin à Genève, après avoir reçu son collègue Ignazio Cassis le 11 mai dans un «dîner-conférence».
15.04.2026, 18:4915.04.2026, 20:26

La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider sera l’hôte de la Cicad le 16 juin à Genève. Elle prendra part à un repas organisé par l’association de lutte contre l’antisémitisme le jour de son assemblée générale annuelle ordinaire, a appris watson. La cheffe du Département fédéral de l’intérieur (DFI) a été invitée par la Cicad en tant que ministre chargée de la prévention et du combat contre toute forme de racisme.

«Stratégie nationale»

Joint par watson, Christian Favre, co-responsable de la communication au DFI, indique que la venue à Genève de la conseillère fédérale à cette occasion s’inscrit dans les travaux mis en œuvre par le département dans le cadre de la «stratégie nationale contre le racisme et l’antisémitisme» adoptée en décembre dernier par le Conseil fédéral.

Cette stratégie nationale était présentée à l’époque comme une «première». Elle fait suite à une motion déposée le 9 novembre 2023, un peu plus d’un mois après le 7-Octobre. Le texte de la motion faisait clairement référence aux massacres commis ce jour-là par le Hamas. Les rapporteurs de la motion, parmi eux le conseiller national Damien Cottier (PLR/NR), écrivaient:

«Depuis les attaques brutales du Hamas en Israël et le début de la guerre au Proche-Orient, les actes antisémites se multiplient en Suisse, ce qui est extrêmement préoccupant. En effet, le racisme – quelle qu’en soit la forme – n’a pas sa place dans une société démocratique et sociale.»
Extrait de la motion

La motion chargeait le Conseil fédéral «d’élaborer, en collaboration avec les cantons, une stratégie et un plan d’action contre le racisme et l’antisémitisme. Ceux-ci doivent engager la Confédération, les cantons et les communes selon leurs tâches et responsabilités respectives.»

La Cicad aux «ateliers» de Berne

Suite à l'adoption du texte des motionnaires par les Chambres fédérales en 2024 sur recommandation du gouvernement, s’en sont suivis en 2025, à Berne, des «ateliers» auxquels ont pris part les acteurs impliqués dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, relate Christian Favre. Parmi ces acteurs, la Cicad, la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation.

Le repas partagé par la socialiste Elisabeth Baume-Schneider en clôture de l’assemblée générale de la Cicad sera précédé d’un premier repas organisé par la même association, le 11 mai, à Genève toujours, avec pour hôte d’honneur le chef du Département des affaires étrangères (DFAE), le PLR Ignazio Cassis. Ce dernier passe pour un soutien d’Israël aux yeux des militants de la cause palestinienne.

La Cicad fait l’objet de critiques plus ou moins virulentes émanant en majeure partie de la gauche radicale, mais pas seulement. Le conseiller national genevois du MCG, Mauro Poggia, égratigne-t-il ainsi régulièrement l’association.

Rapport de force

En arrière-fond de ce rapport de force, on trouve, d'une part, le rôle rempli par la Cicad, en partie financée par des subventions publiques, ce que ne supportent pas ses ennemis; d'autre part, la guerre menée après le 7-Octobre par Israël à Gaza avec ses dizaines de milliers morts, qui vaut à des dirigeants de l’Etat hébreu des poursuites internationales pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ainsi que l’accusation de génocide de la part d’une commission de l’ONU.

«Pas de condamnation d'Israël»

Les détracteurs de la Cicad, reprochent à son secrétaire général Johanne Gurfinkiel une absence de «condamnation» de la politique menée par le gouvernement israélien d’extrême droite. Interrogé dernièrement à ce sujet par L’Illustré, une interview reprise sur le site de Blick, Johanne Gurfinkiel répondait notamment ceci:

«Nous n’avons pas à le faire (réd: condamner Israël). Nous sommes des citoyens suisses de confession juive, mais nullement les avocats d’un Etat ou d’un gouvernement»
Johanne Gurfinkiel, à L'Illustré

Antisionisme et antisémitisme

Autre grief adressé par les mêmes milieux à la Cicad: le fait d’assimiler l’antisionisme à de l’antisémitisme – une question incandescente qui fait l’objet d’un projet de loi en France traité cette semaine à l’Assemblée nationale.

Toujours dans L’Illustré, le secrétaire général de l'association rétorquait à ce propos:

«C’est écrit noir sur blanc dans nos statuts. L’antisionisme est une forme contemporaine d’antisémitisme. (…) l’antisionisme est, comme son nom l’indique, une opposition au sionisme, soit à l’existence même d’Israël.»
Johanne Gurfinkiel, à L'Illustré

Le propos vaut ici pour ceux qui préconisent la disparition d’Israël en tant qu’Etat juif.

Dans l’entourage de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, on rappelle que c’est le rôle de la ministre de «répondre aux invitations» des organismes luttant contre tous les racismes.

Un air de dîner du Crif

La Cicad se profile toujours plus comme une instance représentative des communautés juives de Suisse romande, du moins celles qui lui sont affiliées. Elle ressemble en cela au Crif outre-Jura, le Conseil représentatif des institutions juives de France, un organisme décrié lui aussi par une partie de la gauche pour sa non critique du «sionisme».

Le repas organisé par la Cicad le 11 mai en présence d’Ignazio Cassis présente sans doute des similitudes avec le «dîner du Crif», un rendez-vous annuel auquel sont traditionnellement conviés des politiques. Pour la Cicad, ce sera une première. Le nom officiel retenu pour cet événement est «dîner-conférence» et non pas «gala», comme on a pu le lire en Suisse romande.

Interrogé par watson sur les particularités de ces deux repas, chacun honoré de la présence d’un conseiller ou d’une conseillère fédérale, Johanne Gurfinkiel répond:

«Ces deux rencontres s’inscrivent dans un même engagement contre l’antisémitisme, avec des angles complémentaires. La venue du conseiller fédéral Ignazio Cassis s’inscrit dans une dimension internationale centrée sur les enjeux de lutte contre l’antisémitisme et la responsabilité des Etats dans ce domaine, tandis que la participation de la Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider s’ancrera dans une perspective nationale, au cœur de la mise en œuvre de la stratégie suisse de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, avec une participation active aux échanges et tables rondes auxquels la Cicad a pris part.»
Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad
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Video: watson
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