Cette initiative suisse irrite aux Etats-Unis
Avec ses stations de ski de luxe dans les Alpes, la Suisse attire des ultra-riches du monde entier. Et qu’est-ce qui ne peut manquer lorsque riches et encore plus riches se retrouvent pour skier? De la fourrure.
Or, la Suisse est sur le point d’adopter l’une des législations les plus strictes d’Europe en matière d’importation de fourrures, une perspective qui ne plaît pas à tout le monde.
Un projet qui fait réagir outre-Atlantique
Comme le rapporte la NZZ, l’un des principaux critiques de cette nouvelle loi est le républicain Tom Tiffany. L’entrepreneur représente l’Etat du Wisconsin au Congrès américain. Le Wisconsin est l’état qui produit le plus de fourrures et où se trouvent des dizaines d’élevages de visons.
Lorsque Tiffany Wind a eu vent des projets de la Suisse, il a écrit une lettre à Ralf Heckner, l’ambassadeur de Suisse à Washington. Il y décrit la Suisse, selon la NZZ, comme «un partenaire commercial apprécié». Mais les restrictions à l’importation envisagées mettraient en péril des dizaines de fermes de fourrure familiales dans le Wisconsin.
Un risque pour la relation Suisse-Etats-Unis
Directeur général de l’International Fur Federation, Mark Oaten partage l’avis de Tom Tiffany. Mais il emploie des mots nettement moins amènes. Il déclare au quotidien:
Pour étayer son argumentation, Mark Oaten évoque les grilles des cages pour les animaux. Parce que les sols grillagés pourraient blesser les pattes des animaux, le Conseil fédéral les considère comme une forme de maltraitance animale. Mark Oaten estime toutefois que cette justification ne repose sur aucune base scientifique. Il explique:
Cela ne serait pas préférable, raison pour laquelle l’International Fur Federation a proposé comme solution des cages à sol grillagé complétées par des plateformes surélevées.
Pour montrer à quel point le directeur général prend la question au sérieux, il a précisé que les Etats-Unis considéreraient un embargo comme une «mesure hostile». Une telle décision pourrait, selon lui, conduire à un «refroidissement» des relations avec la Suisse.
Cet avertissement de l’IFF intervient alors que seule une fraction des produits en fourrure importés en Suisse provient des Etats-Unis. Malgré cela, ces déclarations suscitent une certaine inquiétude, notamment en raison des négociations douanières en cours. Un porte-parole du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche a en effet confirmé à la NZZ que la Confédération était en contact avec les parties concernées.
350 tonnes de fourrure importées par an
L’initiative sur la fourrure, qui semble actuellement mettre en péril les relations entre la Suisse et les Etats-Unis, émane de l’Alliance Animale Suisse. Cette démarche vise à interdire le commerce de fourrure issue d’une «production impliquant de la maltraitance animale». L’interdiction devrait entrer en vigueur à l’été 2027 et même être étendue si le Conseil fédéral parvient à ses fins.
Les producteurs de fourrure placent désormais leurs espoirs dans les élus. Ce mercredi, la commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des Etats s'est penchée sur le projet et a procédé à des auditions. Si les initiants ne retirent pas leurs exigences, une votation populaire aura finalement lieu. Celle-ci se tiendrait au plus tôt en 2027 et au plus tard en 2028.
Selon des estimations faites par des organisations de protection des animaux, 350 tonnes de fourrure sont importées chaque année en Suisse. Cela représenterait la mort d’environ un million et demi d’animaux. En outre, une grande partie de ces fourrures provient d’élevages en Chine, où les animaux sont détenus et abattus selon des méthodes cruelles.
Un sondage réalisé en 2024 par watson montre que l’initiative sur la fourrure bénéficie d’un large soutien au sein de la population suisse. A l’époque, 89% des personnes interrogées se déclaraient favorables ou «plutôt» favorables au texte.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
