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Le Conseil fédéral soutient une idée polémique sur les loups

Abattage du loup
Image: keystone/imago

«L’intelligence des loups» va leur poser un problème en Suisse

Fixer un nombre maximal de loups autorisés à vivre en Suisse et abattre les autres: le Conseil fédéral soutient une motion polémique. Mais l’expérience montre que la mise en œuvre est loin d’être simple.
03.03.2026, 11:5803.03.2026, 11:58
Julian Spörri

Au Parlement, les appels à une ligne plus dure contre le loup se multiplient. Le Conseil national et le Conseil des Etats se sont prononcés pour que les loups puissent être abattus toute l’année, y compris dans les districts francs fédéraux, zones protégées. Jusqu’ici, le Conseil fédéral – représenté par le ministre de l’environnement Albert Rösti – s’y opposait.

Son argument jusqu'ici: avant d’adopter de nouveaux durcissements, il faut d’abord évaluer les mesures précédentes, notamment l’introduction des tirs préventifs entre septembre et janvier.

Mais le gouvernement change désormais de cap. Il recommande d’accepter deux motions identiques déposées par les parlementaires tessinois Fabio Regazzi (Centre) et Alex Farinelli (PLR), comme l’a révélé la SRF cette semaine. Les élus demandent une base légale permettant d’autoriser à l’avenir l’abattage de loups ou de meutes «dès que la population atteint un nombre prédéfini».

Revirement surprise

Aujourd’hui, la Confédération procède à une évaluation au cas par cas. Les tirs préventifs ne sont autorisés que si les loups menacent des animaux de rente et que des mesures de protection des troupeaux ont été mises en place. Mais pour Fabio Regazzi, c'est trop bureaucratique. Le conseiller aux Etats veut éviter que les cantons doivent attendre le feu vert de Berne:

«Si le nombre de loups dépasse le seuil régional fixé, on doit pouvoir intervenir directement»

Le seuil envisagé serait nettement inférieur aux 43 meutes et environ 300 loups actuellement recensés en Suisse.

Partisans comme opposants du loup ont été surpris par ce revirement. Pour Fabio Regazzi, «le Conseil fédéral a pris la mesure de la situation». David Gerke, directeur du Groupe Loup Suisse, rappelle pour sa part les décisions parlementaires récentes qui impliquent une révision de la loi sur la chasse:

«Peut-être que le Conseil fédéral s’est dit: tant qu’à faire, autant y intégrer d’autres durcissements»

Le Conseil des Etats examinera la motion mercredi prochain. Les chances d'acceptation sont bonnes. Reste à savoir comment la demande serait concrètement appliquée: les tirs deviendraient-ils vraiment automatiques dès qu’un seuil est atteint, ou simplement facilités? David Gerke met en garde:

«Une application radicale constituerait un changement de paradigme»

Selon lui, cela reviendrait à ignorer le statut du loup comme espèce protégée.

Le nombre de loups

La pratique recèle plusieurs obstacles. L’exemple de la Suède, cité par Fabio Regazzi, l’illustre bien. Sur un territoire onze fois plus vaste que la Suisse, on y recense un nombre de loups comparable.

La Suède souhaite réduire progressivement sa population à 170 individus. Fin 2025, la Commission européenne a critiqué ce chiffre, jugé «pas assez scientifiquement fondé». Selon Bruxelles, 170 loups correspondent à la taille minimale viable d’une population. Le seuil doit être fixé plus haut et tenir compte du rôle écologique du loup, notamment dans la régulation du gibier.

Les tribunaux suédois ont eux aussi freiné le gouvernement en suspendant l’abattage des 48 loups autorisés pour 2026. Pour Fabio Regazzi, il ne s’agit toutefois pas d’un revers: ce n’est pas le principe qui a été remis en cause, mais le niveau du seuil. Il admet toutefois que fixer ce seuil est «exigeant, mais faisable», à condition d’intégrer les différentes perspectives.

En Suisse, les chiffres divergent. Une étude de la Convention alpine concluait en 2016 qu’au moins 17 meutes étaient nécessaires dans les Alpes suisses pour assurer la pérennité de la population, auxquelles s’ajouteraient environ trois meutes dans le Jura. L’ordonnance sur la chasse prévoit, elle, un effectif minimal de douze meutes réparties sur cinq régions. Ce seuil – très critiqué à son introduction – permet des tirs préventifs lorsqu’il est atteint. En réalité, un seuil existe donc déjà, mais il vise à garantir une protection minimale, pas à légitimer des abattages massifs.

L’intelligence des loups

Si la taille de la population devenait le critère central, comme le souhaite Fabio Regazzi, cela se traduirait-il vraiment par davantage de loups abattus?

Lors de la régulation préventive 2024/25, gardes-faune et chasseurs ont prélevé 74% des animaux autorisés. Pour David Gerke, l'échec de la régulation n'est pas dû à une protection trop stricte:

«Le problème, c'est l’intelligence des loups»

Selon le représentant du Groupe Loup Suisse, les jeunes animaux sont plus faciles à tirer, mais démanteler complètement une meute échoue souvent à cause des individus plus âgés et plus rusés.

Les résultats varient toutefois selon les cantons, en fonction de l’expérience et des moyens engagés. D’après les offices cantonaux de la chasse, 35 des 47 loups autorisés ont été abattus dans les Grisons lors de la dernière phase de régulation, contre cinq sur 20 au Tessin. Fabio Regazzi explique en partie ce faible taux par la retenue des chasseurs tessinois. Lui-même adepte, il juge la situation délicate, car seuls des individus bien précis sont autorisés.

«Si l’on abat le mauvais animal, les conséquences sont lourdes, jusqu'aux poursuites pénales.»

Une réglementation plus souple permettrait, selon lui, de changer la donne. (adapt. tam)

Des chercheurs affirment avoir ressuscité des loups préhistoriques
Video: watson
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