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Après la manifestation anti-G7 de dimanche à Genève, émaillée de casse et d'interventions policières pour partie controversées, les échanges entre élus pour établir la vérité sont houleux. Revue de posts Facebook. Le PS publie de son côté un communiqué cinglant.
15.06.2026, 12:1315.06.2026, 15:15
Ils se sont écharpés avant, ils continuent de plus belle après. Les jours et semaines précédant la manifestation anti-G7 du 14 juin ont donné lieu à des échanges musclés sur les réseaux sociaux entre ceux qui demandaient son interdiction et ceux qui plaidaient pour son autorisation, soit par adhésion au discours anticapitaliste, soit par pragmatisme sécuritaire. D’un côté la droite, de l’autre, la gauche, avec des nuances de gris entre-les deux. Sans surprise, donc.
Sauf que les acteurs politiques vont vouloir à présent écrire le récit des événements survenus hier à Genève sur la rive droite du Rhône. L’exercice a toute son importance, car de lui dépend ce qu’il restera dans les mémoires de cette journée: retiendra-t-on la casse ou les «nassages» policiers? L'heure est aux règlements de comptes d'après-manif, chacun voulant établir sa vérité.
Le député Vert au Grand Conseil genevois Julien Nicolet-dit-Félix, qui a pris part à la manifestation, a ouvert les feux dès dimanche soir sur Facebook, faisant le procès des voix qui pointaient avant le 14 juin les risques élevés d’une manifestation, même autorisée.
«Comme plus du 99% des présent.es, j'ai vécu une manif festive, pacifiste, bigarrée et diablement inventive dans ses slogans. Merci et bravo à toutes et tous! A l'heure où j'écris, on recense une Tesla et deux vitrines détruites. C'est évidemment inacceptable, mais bien loin des prévisions complètement apocalyptiques qui imaginaient qu'il faudrait débloquer 6 millions pour les victimes des casseurs.»
Julien Nicolet-dit-Félix
Le vice-président du PLR du canton de Genève, Mohamed Atiek, répliquait alors sèchement à l'écologiste:
«Honte à toi»
Mohamed Atiek, PLR
«Plaît-il?»
Julien Nicolet-dit-Félix, Les Verts
«Se féliciter de cette manifestation est une honte»
Mohamed Atiek, PLR
Dans un autre post Facebook publié ce lundi matin, Julien Nicolet-dit-Félix enfonce le clou, fustigeant l’action de la police durant la nuit, qui a retenu jusqu’au petit matin, aux abords du parc de Mon Repos, à l’extrémité du Quai Wilson, des dizaines de manifestants, sans raison visiblement valables, selon le député écologiste. Qui porte l'accusation à coup de questionnements indignés:
«On en arrive donc à la conclusion que l'objectif des autorités (procureur général? police? DIN? Conseil d'Etat?) a été d'intimider les personnes présentes et de créer de la tension. Cela est au mieux maladroit, au pire criminel, à l'aube d'une semaine qu'on aurait pu espérer apaisée après cette belle manifestation.»
Julien Nicolet-dit-Félix, Les Verts
«Ils ne devraient plus avoir le droit de vote»
Réaction outrée d’un autre député PLR genevois, Darius Azarpey:
«Celles et ceux qui appellent nos policiers des criminels ne devraient plus avoir droit à leur protection. Celles et ceux qui appellent notre pays une dictature ne devraient plus avoir le droit de vote. Les mots ont un sens.»
Darius Azarpey, PLR
Réponse de Julien Nicolet-dit-Félix:
«Je n'ai jamais affirmé que les policiers étaient criminels, j'ai d'ailleurs eu des contacts très courtois avec eux pendant la manif. En revanche, il est possiblement criminel de mettre en place une stratégie de montée en tension dans un contexte aussi sensible.»
Julien Nicolet-dit-Félix, Les Verts
«J’ai trouvé le cortège serein, détendu, mais...»
Le texte posté sur Facebook par un autre député au Grand Conseil genevois, Romain de Sainte-Marie, de l’aile «sociale-démocrate» du PS cantonal opposée à l’aile «mélenchoniste», tient d’une prudente synthèse au terme d’un congrès de parti agité.
«J’ai trouvé le cortège serein, détendu et porteur de messages politiques importants sur les enjeux de la mondialisation, de la justice sociale et de la solidarité internationale. Je regrette toutefois l’attitude de certains casseurs, venus manifestement pour dégrader et provoquer des affrontements plutôt que pour porter un message politique. Leurs actes ne doivent pas occulter le caractère largement pacifique de cette mobilisation ni les revendications qu’elle exprimait.»
Romain de Sainte-Marie, PS
A ce propos, le conseiller national genevois du Centre Vincent Maitre, dont le parti avait appelé à Genève, sans succès, à interdire la manifestation anti-G7 du 14 juin, lâchait dimanche après-midi un laconique:
«Genève s’embrase, une fois encore, et je pleure pour ma ville»
Vincent Maitre, Le Centre
Son collègue parlementaire au Conseil national, Daniel Sormani, du MCG, qui ne s'était pas associé au PLR, à l'UDC et au Centre pour demander que la manifestation soit interdite, tenait à tempérer sous la publication de Vincent Maitre:
«D’accord sur l’hypocrisie irresponsable de la gauche. Rien de très nouveau, cela dit! Quant au bilan, n’exagérons rien à ce stade. Et surtout, attendons de voir ces prochaines heures et jours avant de tirer des conclusions au risque d’être… démagogique ! Merci et honneur à nos forces de l’ordre, dont leur remarquable commandante! Leur stratégie semble avoir pour l’heure très bien fonctionné.»
Daniel Sormani, MCG
Le PS furax
Premier parti à dégainer officiellement à notre connaissance, le PS genevois condamne l'action de la police, cette nuit aux abords du parc Mon Repos:
«Si les actes de vandalisme commis par une minorité en marge de la manifestation doivent être condamnés et leurs auteurs poursuivis, ils ne sauraient justifier des mesures portant atteinte aux droits fondamentaux de personnes n'ayant commis aucune infraction. Des centaines de personnes ont été retenues durant toute une nuit alors que beaucoup n'étaient ni impliquées dans des violences ni soupçonnées d'avoir commis une infraction.»
Le PS genevois
«Leur préoccupation: les violences policières...»
Pour le PLR genevois, Bryan Le Giudice, après avoir «remercié chaleureusement les forces de l’ordre, les pompiers et l’ensemble des services de secours», se désole, sur Facebook, de «la réaction de certains élus genevois»:
«Face aux voitures incendiées, aux dégradations, aux commerces attaqués et aux centaines de black blocs venus équipés pour l’affrontement, leur principale préoccupation semble être... les violences policières.»
Ces prises de parole d’après-manif, au-delà des faits qui se sont réellement produits et sur lesquels la clarté sera probablement apporter, disent tout l’enjeu du récit en construction.
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