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Musulman engagé, il veut créer un «nouveau parti» à Genève

David Imhof veut créer un nouveau parti à Genève. Extrait du flyer notamment aperçu à l'Université de Genève.
David Imhof veut créer un nouveau parti à Genève. Extrait du flyer notamment aperçu à l'Université de Genève.

Ce musulman engagé veut créer un «nouveau parti politique» à Genève

Opposé à la loi constitutionnelle genevoise sur l'interdiction des signes religieux pour les élus, en votation dimanche, David Imhof distribue des flyers. Certains ont atterri à l'Université de Lausanne. Il explique sa démarche à watson.
09.06.2026, 05:3009.06.2026, 06:25

La famille politique genevoise est-elle sur le point de s’agrandir? David Imhof y travaille. Les 5 et 12 juin, avec l'accord des autorités cantonales, cet homme de 55 ans a tenu un stand dans les rues de Genève pour informer la population de la création prochaine d’un nouveau parti, rapporte-t-il, joint par watson. Il en a profité pour distribuer des flyers appelant à voter contre la nouvelle loi constitutionnelle interdisant aux élus et aux magistrats du canton le port de signes religieux ostentatoires. Le peuple genevois est appelé à trancher cet objet ce dimanche 14 juin de votations et de manifestation anti-G7.

Converti à l’islam dans sa jeunesse, David Imhof est accompagné de «deux autres personnes de confession musulmane» dans son démarchage auprès du public, dit-il. «Notre initiative a le soutien d’une cinquantaine de citoyens de différentes religions», affirme-t-il.

Des flyers sauvages à l'Université de Lausanne

Son opposition à la loi modifiant la constitution genevoise, intitulée «Pour une expression non ostentatoire des convictions religieuses», adoptée l’an dernier au Grand Conseil par la droite et le centre contre l’avis du PS et des Verts, tient à sa conception de la laïcité.

«J’estime que l’Etat n’a pas légitimité à prononcer des interdictions ou des obligations en matière religieuse»
David Imhof

Certains des flyers édités par Cédric Imhof et son équipe ont atterri dans les locaux d’Anthropole, le bâtiment des sciences humaines de l’Université de Lausanne. Notre interlocuteur dit ne pas s’expliquer leur présence à cet endroit, en contradiction avec le règlement universitaire.

«Société civile forte» et «initiatives open source»

Alors que le recto de cette propagande partisane invite à voter «non» à la modification constitutionnelle genevoise sur les signes religieux ostentatoires, le verso expose les raisons militant pour un nouveau parti aux yeux de David Imhof. Non exempte d’un certain catastrophisme reposant sur des projections de Gemini, l’intelligence artificielle de Google convoquée par David Imhof, cette nouvelle formation politique entend promouvoir une «société civile forte» et des «initiatives open source», afin d’«empêcher la constitution de monopoles».

Citant la «théorie de la complexité» du sociologue Edgard Morin, qui vient de mourir à l’âge de 104 ans, Cédric Imhof prône «la primauté du vivre-ensemble dans le respect de la vérité des identités humaines, qu’elles soient familiales, ethniques, religieuses ou linguistiques».

Au bas du flyer figure une adresse mail à laquelle les personnes souhaitant en savoir plus sur cette initiative peuvent s'adresser.

Déjà contre la loi de 2019 sur la laïcité

David Imhof n’est pas un inconnu sur le plan religieux. Il avait déjà attaqué la loi sur la laïcité genevoise, après son entrée en vigueur en 2019, au motif qu’elle interdit aux employés de la fonction publique genevoise le port de signes religieux ostensible. Il affirmait à l’époque que cette loi «porte une atteinte de nature totalitaire au droit de poursuivre son développement spirituel dans des conditions de liberté et de dignité».

La disposition prohibant les signes religieux chez les élus avait, elle, été retoquée par le Tribunal fédéral, entre autres sur recours de David Imhof, agissant alors au nom de la Ligue musulmane genevoise pour la paix confessionnelle qu’il présidait et qu’il dit toujours présider. C’est sur l'inscription dans la constitution cantonale de cette disposition à nouveau combattue par lui, comme par la gauche et le parti LJS de Pierre Maudet, que les Genevois sont invités à se prononcer dimanche.

Un divorce difficile

Cédric Imhof a, par ailleurs, eu affaire à la justice genevoise dans les années 1990 dans le cadre d’un divorce. Mariée religieusement en Malaisie à une Malaisienne qui allait par la suite se détourner de l’islam, il avait été condamné pour l’enlèvement et la séquestration de ses deux petites filles, alors placées par ses soins dans une famille d’accueil en Malaisie. Les choses ont fini par s’arranger, comme le relatait Le Temps en 2013. David Imhof disait regretter d’avoir ôté ses filles à son ex-épouse, un geste qu'il ne recommencerait plus. A ce propos, il dit aujourd’hui à watson:

«J’ai toujours défendu l’idée que j’étais victime d’un conflit de civilisation. Mon combat est un combat contre le conflit de civilisation»
David Imhof

David Imhof, qui n'exerce pas à l'heure actuelle de profession, dit entretenir des relations avec des structures musulmanes de Genève:

«Je ne m’entends pas très bien avec Hani Ramadan (réd: le directeur du Centre islamique de Genève, d’obédience Frères musulmans), et je n’ai jamais fréquenté son frère Tariq, dont je condamne sans réserve les faits qui lui sont reprochés.»
David Imhof

Le président de la Ligue musulmane genevoise pour la paix confessionnelle semble bien s'entendre, en revanche, avec le président de l’association chiite genevoise Ahl-el-Bayt, Vahid Khoshideh. «C’est mon pharmacien», confie-t-il. Le 3 juin, Vahid Khoshideh a envoyé à notre adresse mail l’appel de l’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG) à voter «non» à la modification constitutionnelle sur l’interdiction des signes religieux pour les élus et les magistrats. L'UOMG craint que ce texte «ne banalise une forme institutionnelle d'islamophobie».

Joint par watson, Vahid Khoshideh dit être informé de l’initiative de David Imhof pour un nouveau parti.

«Il m’en a parlé, mais je ne sais pas encore si je vais y adhérer»
Vahid Koshideh

«Rien d'islamophobe»

Une militante romande pour la laïcité souhaitant garder l’anonymat voit dans ce parti en gestation «une possible manœuvre d’entrisme islamiste». David Imhof assure qu’il n’en est rien. Quant à la députée PLR au Grand Conseil Céline Zuber-Roy, qui soutient la modification constitutionnelle sur les signes religieux ostentatoires, elle affirme à watson que cette disposition «n'est en rien islamophobe».

«Son but est de maintenir un espace parlementaire neutre, où les convictions spirituelles restent dans la sphère privée»
Céline Zuber-Roy
G8 de 2003: Le traumatisme genevois
Video: watson
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