Réfugiés: appel suisse à protéger la Convention pour ses 75 ans
«Nous devons tous nous sentir obligés d'appliquer le droit d'asile et de protéger cette convention», a-t-il affirmé dans un discours à l'ONU à Genève, là où celle-ci avait été approuvée. Alors que cet accord a été arraché après les crimes de la Seconde Guerre mondiale, «il faut le réancrer en permanence dans nos sociétés», a-t-il ajouté aux côtés du haut-commissaire de l'ONU aux réfugiés Barham Saleh.
Selon le secrétaire d'Etat, il faut adapter les législations pour se concentrer davantage encore sur ceux qui ont besoin de protection. Et tenter de diminuer le nombre des demandes d'asile qui sont injustifiées.
Il y a 75 ans, «dans ce même bâtiment» du Palais des Nations, les pays ont décidé qu'«une personne contrainte de fuir la persécution, les violences ou la guerre ne devrait plus jamais être sans protection», a dit de son côté le haut-commissaire. «Nous sommes rassemblés pour réaffirmer cette promesse», a-t-il ajouté.
Une majorité des populations soutient toujours le principe de l'asile. Selon un sondage récent dans des dizaines de pays, environ deux tiers des personnes interrogées défendent celui-ci, un chiffre stable. Il y a deux ans, elles étaient près de 70% en Suisse au moment d'une évaluation dans plus de 50 Etats.
Syrie prévue pour le haut-commissaire
«C'est un jour important», a affirmé M. Saleh devant la presse. «Cette convention a fonctionné pour l'humanité» et elle reste indispensable face aux défis actuels, a-t-il insisté. L'ancien président irakien, kurde, a lui-même été réfugié à deux reprises et a entendu parler de cet accord pour la première fois en Iran en 1974 après avoir fui son pays.
Dans un message, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a lui salué une convention qui a sauvé des millions de personnes. Mais il a aussi déploré une «promesse» désormais «sous pression» alors que le droit d'asile est «trop souvent questionné, restreint ou rejeté». Il dénonce les politiques qui externalisent les responsabilités, alors que des dispositifs britanniques ou européens ont provoqué des polémiques ces dernières années.
Après le secrétaire général il y a quelques jours, le haut-commissaire va à son tour se rendre en Syrie la semaine prochaine pour plusieurs jours. «Si la communauté internationale avait oeuvré pour empêcher ce conflit», «nous n'aurions peut-être pas eu un mouvement de millions de Syriens» dans la région, dit-il.
Et d'ajouter que des millions d'entre eux, en plus de ceux déjà rentrés, souhaitent retourner dans leur pays. «Mais ils doivent être aidés» par le rétablissement d'infrastructures, selon le haut-commissaire. Devant les centaines de personnes présentes à la cérémonie, la nageuse réfugiée Yusra Mardini, rendue mondialement célèbre par un documentaire, n'a pu cacher son émotion au moment d'expliquer avoir pu se rendre récemment en Syrie pour la première fois en plus de dix ans.
Dialogue avec Washington
Elle fait partie des 75 personnalités, dont la cantatrice américano-suisse Barbara Hendricks, qui ont lancé mardi l'initiative la «promesse» pour réaffirmer le droit des persécutés à rechercher la sécurité dans d'autres pays. Parmi elles, figurent M. Saleh, des Prix Nobel de la paix comme Nadia Murad et Denis Mukwege, des actrices comme Cate Blanchett ou Angelina Jolie, des sportifs ou encore des scientifiques.
Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a été largement affecté par les coupes américaines et d'autres pays l'année dernière. Environ 5000 postes ont été biffés auprès du siège à Genève et dans le monde. Ces coupes financières «ont eu un impact énorme sur notre capacité» à aider les réfugiés mais «nous continuons notre travail», a à nouveau admis M. Saleh.
Après des indications selon lesquelles les Etats-Unis auraient été tentés de retirer tout lien avec l'agence onusienne avant de renoncer, il se borne à souhaiter que la collaboration se poursuive. Le dialogue avec Washington continue, affirme-t-il.
Plus de 41 millions de personnes sont réfugiées dans le monde en raison de persécutions ou de conflits. La plupart se trouvent dans un Etat voisin et dans les pays du sud. (sda/ats)
