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Un drapeau ukrainien flotte au-dessus du toit de l'Erlacherhof à Berne.
Un drapeau ukrainien flotte au-dessus du toit de l'Erlacherhof à Berne. image: keystone

Jusqu'à 300 000 réfugiés sont attendus en Suisse. Voici les conséquences

Les cantons se préparent à voir débarquer jusqu'à 300 000 personnes fuyant l'Ukraine cette année. La Suisse est-elle préparée à cette éventualité?
28.03.2022, 17:5129.03.2022, 12:23
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Depuis le début de la guerre, près de 14 000 fugitifs ukrainiens ont déjà été enregistrés dans les centres d'asile fédéraux. Plus de la moitié d'entre eux ont déjà obtenu le statut de protection S. Mais ce n'est qu'un début. La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a déclaré cette semaine que près de 50 000 personnes pourraient arriver en Suisse d'ici au mois de juin.

Les cantons vont encore plus loin dans leurs prévisions. D'ici la fin de l'année, ils prévoient d’accueillir jusqu'à 300 000 personnes, comme le rapporte la NZZ am Sonntag. En 2015, au plus fort de la crise des réfugiés, près de 40 000 personnes avaient déposé une demande d'asile.

Selon le président des autorités cantonales de migration Marcel Suter, les cantons doivent s'adapter à cette situation. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement? Un aperçu.

Les centres d'asile

Les centres d'asile sont souvent le premier point de chute des réfugiés. Le nombre de personnes à s'être enregistrées dans l'un des centres d'asile fédéraux au cours du dernier mois a énormément augmenté. Selon la conseillère fédérale Karin Keller-Suter, il équivaut aux chiffres qui auraient été enregistrés en une année entière. «Nous devons nous attendre à ce qu'il y en ait encore beaucoup», a informé la ministre de la Justice. Jeudi, elle a visité le centre fédéral d'asile de Bâle en compagnie de la secrétaire d'Etat aux migrations Christine Schraner Burgener.

La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a rendu visite à des Ukrainiens en quête de protection au centre fédéral d'asile de Bâle.
La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a rendu visite à des Ukrainiens en quête de protection au centre fédéral d'asile de Bâle.image: keystone

Actuellement, les centres peuvent faire face à l'affluence. Lorsque les réfugiés arrivent, ils doivent d'abord se présenter et s'enregistrer dans un centre d'asile. Une fois qu'ils ont obtenu le statut de protection S, ils sont répartis entre les cantons.

«Nous sommes heureux de pouvoir recourir à des logements privés pour le moment»
La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter

Le gouvernement est tributaire du soutien de la population civile pour l'hébergement: «Nous sommes heureux de pouvoir recourir à des logements privés pour le moment», déclare Madame Keller-Sutter. Mais ce n'est pas une solution à long terme. Les privés n'accueillent les réfugiés que temporairement, pour trois mois.

«Jusqu'à présent, un quart des réfugiés ukrainiens avec le statut S sont hébergés chez des particuliers», ajoute Christine Schraner Burgener. Beaucoup d'entre eux sont logés chez des amis ou des connaissances. «Si les centres d'asile sont pleins, nous pouvons nous rabattre sur des logements militaires», poursuit la secrétaire d'Etat aux migrations. Actuellement, ce sont les casernes de Bure et de Bülach qui sont utilisées.

Il ne s'agit pas encore d'un plan définitif. Pour l'instant, la planification se poursuit en continu, explique la conseillère fédérale. Elle considère que les cantons ont des obligations à cet égard: «La Confédération n'a pas d'hôtels ou de maisons de retraite vides où l'on pourrait loger des réfugiés.»

Le marché du travail

Les 300 000 immigrants attendus soulèvent également, en dehors du processus d'asile, de grandes questions sociales. L'introduction du «statut de protection S» pour les Ukrainiens a déjà permis de désamorcer quelque peu le problème: il assouplit les obstacles bureaucratiques et permet aux réfugiés de chercher immédiatement un travail. Il offre la possibilité de se faire aider par l'ORP. Il permet aussi de demander des aides pour les frais de loyer, les primes d'assurance maladie et les frais de garde.

En ce qui concerne une éventuelle ruée sur le marché du travail, des discussions intensives sont déjà en cours: Karin Keller-Sutter discute actuellement avec les syndicats et les associations économiques des problèmes qui pourraient survenir.

En interne, on parle encore d'une «phase d'analyse du problème»: on veut d'abord étudier les conséquences que pourraient avoir des dizaines, voire des centaines de milliers de demandes d'emploi. Urban Hodel, porte-parole de l'Union syndicale suisse, se veut rassurant: «Nous ne sommes pas inactifs. Mais il est trop tôt pour formuler la moindre revendication».

«Les autorités et les syndicats devront être très attentifs aux salaires et aux conditions de travail équitables.»
Urban Hodel, porte-parole de l'Union syndicale suisse

Urban Hodel souligne qu'il y a actuellement d'autres problèmes: il faut d'abord veiller à ce que les réfugiés aient un logement et un encadrement. «Parallèlement, nous analysons la situation avec les associations d'employeurs et la Confédération: qu'en est-il des barrières linguistiques? Qui apporte quelles qualifications professionnelles?», explique-t-il.

Le porte-parole met donc en garde contre l'euphorie prématurée qui règne actuellement dans certaines branches spécialisées. Ces derniers jours, les médias ont rapporté que des entreprises informatiques étaient intéressées par des programmeuses ukrainiennes.

L'association économique Economiesuisse espère que les réfugiés formés puissent atténuer la pénurie de main-d'œuvre qualifiée en Suisse. Urban Hodel nuance: «Jusqu'à présent, ce sont surtout des femmes et des enfants qui ont pris la fuite.» De plus, il y a aussi un manque de personnel dans les branches moins bien rémunérées, ajoute-t-il. «Malgré l'euphorie, nous ne devons pas perdre de vue des branches comme la restauration. Les autorités et les syndicats devront regarder de près s'il y a des salaires et des conditions de travail équitables.»

Les écoles

Le personnel enseignant en Suisse est confronté à un grand défi. Selon Franziska Peterhans, secrétaire centrale de l'association faîtière des enseignantes et enseignants suisses, 40% des réfugiés sont des enfants. Cela signifie que les écoles suisses devront accueillir des milliers, voire des dizaines de milliers de nouveaux élèves en provenance d'Ukraine. «Il y en aura beaucoup et ils arriveront assez vite», indique-t-elle.

Le fait que des enfants sans connaissances linguistiques arrivent dans les écoles suisses n'est pas nouveau. On a toujours connu cela, assure Franziska Peterhans. Mais le manque d'enseignants est un gros problème. «Les écoles fonctionnent déjà au maximum de leurs capacités, et maintenant les enfants d'Ukraine viennent s'y ajouter.» Beaucoup d'entre eux risquent d'être traumatisés par la guerre, fait-elle savoir. «Les enseignants ne peuvent pas s'occuper spécialement des enfants traumatisés. Ils n'ont ni le temps ni la formation pour cela.»

La question de la répartition dans des classes ordinaires ou d'intégration est traitée différemment d'une commune à l'autre. Dans les grandes communes, il y a peut-être suffisamment d'enfants pour créer leur propre classe d'intégration. Dans les petites communes, cela pourrait être plus difficile et les enfants seraient envoyés directement dans des classes normales. Des formes mixtes, où les enfants ukrainiens vont le matin en classe d'intégration et l'après-midi en classe ordinaire, sont parfois judicieuses, affirme notre interlocutrice.

«Les deux dernières années ont été difficiles. Les écoles ne se sont pas encore remises de la pandémie et le prochain défi arrive déjà. Cela va être très, très compliqué.»
Franziska Peterhans, secrétaire centrale de l'association faîtière des enseignantes et enseignants suisses

Selon Franziska Peterhans, les cantons s'efforcent à présent de recruter des enseignants retraités afin de surmonter les pénuries. Il est toutefois important d'aborder le problème pénurie d'enseignants à long terme. Il faut thématiser la formation. Une analyse des raisons pour lesquelles tant de jeunes enseignants tournent le dos à la profession peu après leur entrée en fonction est nécessaire.

Les semaines à venir ne seront pas de tout repos pour les écoles suisses. «Nous ne devons pas oublier que la pandémie fait toujours rage en Suisse. Nous avons actuellement de nombreuses absences», constate la secrétaire centrale. «Les deux dernières années ont été une période difficile. Les écoles ne se sont pas encore remises de la pandémie et le prochain défi arrive. Cela va être très, très difficile».

Les crèches

La prise en charge des enfants plus jeunes pourrait aussi devenir un problème. Les villes et communes suisses doivent rapidement créer assez de places pour les enfants de réfugiés ukrainiens dans les crèches. Les parents veulent travailler et lorsque leurs enfants sont en âge préscolaire, ils ont besoin d'une prise en charge.

C'est toutefois plus facile à dire qu'à faire. Nina Gilgen, directrice du service zurichois de l'intégration, s’est prononcée lundi dans les médias sur la thématique de la garde d’enfants. Il faut, selon elle, trouver des «solutions créatives» pour que les mères ukrainiennes puissent profiter de telles offres.

Jusqu'à présent, seules quelques crèches sont connues pour avoir déjà accueilli des enfants de réfugiés ukrainiens. La crèche Felsenburg à Kreuzlingen en est une. Sa directrice Nadja Suter explique que depuis cette semaine, trois enfants ukrainiens viennent dans son établissement. Jusqu'à présent, tout se déroule sans problème. «Les enfants sont très ouverts et s'entendent bien avec les autres», indique-t-elle. «La seule difficulté est la langue.»

Des enfants ukrainiens à la frontière roumaine.
Des enfants ukrainiens à la frontière roumaine. image: keystone

Nadja Suter communique du mieux qu'elle peut avec les enfants ukrainiens de trois à cinq ans. «Avec des enfants de cet âge, on peut aussi beaucoup communiquer de manière non-verbale. Par exemple, quand c’est l’heure du goûter, je fais un signe de la main.» Avec les mères ou les grands-mères des enfants, elle parle soit en anglais, soit par l'intermédiaire de la personne qui s'occupe des familles et qui peut traduire.

«Il y a largement assez de places dans les crèches à Zurich»
Heike Isselhorst, porte-parole du service social de la ville de Zurich

La directrice de la crèche s'attend à ce que d'autres enfants ukrainiens viennent s'ajouter au cours des prochaines semaines. En ce qui concerne les finances, elle admet: «Actuellement, nous considérons cela comme un acte de solidarité et une possibilité d'apporter de l'aide. Nous faisons passer les aspects financiers au second plan.»

Au service social de la ville de Zurich, le son de cloche est différent. «Il y a largement assez de places de crèche à Zurich», confirme la porte-parole Heike Isselhorst. Par conséquent, l'accueil des enfants réfugiés supplémentaires ne pose aucun problème. «La plupart des réfugiés ukrainiens qui se trouvent actuellement dans la ville de Zurich ne sont hébergés ici que pour une courte durée.» Ils sont soit en transit, soit en attente d'obtenir le statut de protection S. Par conséquent, les crèches ne sont pas submergées de demandes.

Dès que les Ukrainiens auront le statut de protection S et que la Confédération les répartira dans la ville de Zurich, ils recevront une aide. Celle-ci sera la même que pour les autres demandeurs d'asile. Si nécessaire, des places de crèche seront subventionnées.

Le soutien psychologique

L'assistance psychologique pourrait également être problématique. Avec 300 000 réfugiés, plusieurs dizaines de milliers de personnes auraient besoin d'une aide psychologique. «Des études sur la santé psychique des réfugiés provenant d'autres régions en crise confirment cette hypothèse. Environ 40 à 50% d'entre eux doivent lutter contre des maladies consécutives à un traumatisme», illustre Carola Smolenski, psychothérapeute et membre du comité de la Fédération Suisse des Psychologues FSP.

Des réfugiés ukrainiens attendent d'être enregistrés devant le centre fédéral d'asile à Zurich.
Des réfugiés ukrainiens attendent d'être enregistrés devant le centre fédéral d'asile à Zurich.image: keystone

Elle s'attend à ce que le taux de réfugiés ukrainiens ne soit peut-être pas aussi élevé. Jusqu'à présent, les réfugiés disposaient d'itinéraires de fuite relativement sûrs en dehors de l'Ukraine. L'introduction du nouveau statut de protection S est également très encourageante. «De nombreux fugitifs continuent de souffrir dans le pays de destination en raison de leur statut de séjour précaire», explique la psychothérapeute. Ces facteurs de stress post-migratoires disparaîtraient en grande partie avec le statut de protection S.

Malgré cela, le soutien psychologique est loin d'être assuré. Depuis des années, le personnel spécialisé est fortement sollicité. Le Covid a encore aggravé la situation, surtout pour les enfants. «De plus, la demande pour les centres d'accueil spécialisés pour les personnes provenant de régions en guerre dépasse l'offre depuis des années», constate Carola Smolenski.

Il existe certes diverses initiatives pour lutter contre les pénuries. Les centres de collecte pour différents services psychologiques sont une possibilité. Les séances gratuites ou les thérapies en groupe en sont une autre. La FSP a également demandé à ses membres d'annoncer les offres de soutien et, si possible, de créer des capacités supplémentaires.

«Tout l'entourage des personnes en fuite peut aider»
Carola Smolenski, psychothérapeute

Mais la membre du comité de la FSP ne peut pas dire si cela suffira. Même si les capacités sont augmentées, le problème de la barrière linguistique persiste. «Il n'y a pas de financement assuré pour les interprètes dans le domaine de la santé. C'est un problème en Suisse depuis des années. Or, c'est justement dans ce domaine qu'il est primordial de bien comprendre son interlocuteur.» La Confédération et les cantons auront la responsabilité de changer les choses.

Carola Smolenski souligne également que tous les exilés n'ont de loin pas besoin d'une prise en charge psychothérapeutique. Dans un premier temps, c'est surtout le soutien psychosocial qui est important. Et pour cela, il n'est pas nécessaire d'avoir une formation thérapeutique. «Toutes les personnes de l’entourage des réfugiés peuvent ici aider. Elles peuvent leur permettre de retrouver une orientation et un contrôle dans des structures quotidiennes sûres et fiables. Les enseignants, les employeurs, les familles d'accueil, chacun peut apporter sa contribution.»

(Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter)

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