Incendie qui paralyse Lausanne et les CFF: des élus demandent des comptes
Le feu est éteint, pas le débat ni la polémique. Après l'impressionnant incendie qui a embrasé le site de recyclage de Thévenaz-Leduc à Ecublens, avec un fort dégagement de fumée âcre, une question revient dans l'Ouest lausannois: comment un sinistre d'une telle ampleur a-t-il pu se reproduire? Et comment l'empêcher.
2001, 2007, 2013, 2014, 2026.... Le problème est récurrent, avec diverses gravités. En décembre 2014, un important incendie avait déjà ravagé le site. Des députés avaient alors demandé au Conseil d'Etat de prendre des mesures afin d'éviter une récidive. Parmi eux, le socialiste Alexandre Rydlo, aujourd'hui encore député vaudois et également élu au Conseil communal (législatif) de Chavannes-près-Renens.
Douze ans plus tard, il revient à la charge en affirmant:
Il y a pourtant bien eu un après-2014. A l'époque, le Canton avait conditionné la poursuite des activités à des mesures supplémentaires et exigé un audit global des risques. Stockage limité des véhicules, nouvelle installation de dépollution, réorganisation interne: plusieurs dispositions ont ensuite été prises. Interrogé par watson, le Département de l'environnement et de la sécurité défend aujourd'hui leur efficacité.
Pour le Canton, il faut surtout distinguer les incendies. En 2014 et lors des événements précédents, explique le Département, les départs de feu étaient liés «aux carcasses de véhicules qui n'étaient pas suffisamment dépolluées». Or, affirme-t-il, la nouvelle installation a rempli son rôle puisqu'«il n'y a plus eu d'accidents significatifs liés aux carcasses de véhicules depuis 2014».
L'incendie en images 👇
Alexandre Rydlo n'est pas convaincu. Il s'interroge notamment sur les contrôles exercés par l'Etat. Le député rappelle qu'après le précédent incendie, le Conseil d'Etat mettait en avant une relation de confiance avec les entreprises, plutôt qu'une généralisation des contrôles inopinés.
Le socialiste veut donc remettre le dossier sur la table. Avec d'autres élus, il a co-déposé un postulat demandant d'étudier le déplacement hors des zones densément peuplées de ce type d'activités industrielles à risques. Il entend aussi demander des explications détaillées sur «les contrôles effectifs et les mesures prises depuis 2014», ainsi que sur les résultats de l'audit et ses conséquences concrètes.
Tout un processus à revoir?
Alexandre Rydlo souhaite encore savoir si le gouvernement vaudois juge satisfaisants les systèmes d'alarme et de protection de la population utilisés fin août. «Il y a à mon avis tout un processus à revoir, car des choses n'ont pas bien fonctionné», estime-t-il.
Le gouvernement, lui, temporise. Avant de décider de nouvelles mesures, il veut connaître les causes du sinistre et les conséquences du gigantesque panache de fumée. Des prélèvements ont été effectués dans l'ensemble du périmètre touché afin de rechercher notamment des métaux, des dioxines et des hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Le sujet est sensible. Après l'incendie, des concentrations «particulièrement élevées» de particules fines PM2,5 ont été mesurées à Lausanne et Pully. Les autorités avaient notamment recommandé d'éviter les activités physiques et les sorties inutiles dans le Grand Lausanne. Le sinistre a également touché deux artères essentielles de Suisse romande: l'A1 et la ligne ferroviaire Lausanne-Genève ont dû être temporairement fermées.
Déplacer le site de Thévenaz-Leduc?
D'où une autre question: une activité présentant de tels risques doit-elle encore se trouver à cet endroit, entre autoroute, voies ferrées et agglomération? Sur ce point, le Canton répond que «le cadre légal en vigueur ne prévoit pas de possibilité permettant à l'Etat d'imposer à l'entreprise un déménagement géographique de son site de dépôt».
Sa marge de manœuvre est essentiellement liée à l'autorisation fédérale sur les mouvements de déchets. Or, précise le Département, Thévenaz-Leduc en respecte actuellement les conditions. «Dans ce contexte, les possibilités d'intervention de l'Etat restent donc limitées.» Un argument qui agace Rydlo:
Chez Thévenaz-Leduc, le scénario d'un déménagement est accueilli avec beaucoup de scepticisme. Dario Balmelli, patron du groupe Barec, propriétaire de l'entreprise, rappelle que cette idée a déjà été discutée avec les autorités cantonales, notamment à l'époque de la conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro.
Dario Balmelli avance aussi un argument environnemental. La proximité du rail pour cette entreprise est «impérative» afin d'acheminer déchets et carcasses de voitures avec un recours accru au train. «Je suis ouvert à toute discussion et toute proposition, mais il faut être réaliste», insiste-t-il.
Le danger des batteries au lithium
Surtout, le dirigeant conteste l'idée que l'incendie du 28 août démontrerait l'échec des mesures prises sur les carcasses automobiles. Il affirme que Thévenaz-Leduc consacre environ une heure et demie à la dépollution de chaque voiture, notamment pour en retirer les batteries, avant son passage au broyeur. Et il avance une autre origine probable du sinistre.
Selon lui, les images de vidéosurveillance montrent une petite fumée s'échappant vers 18h45 d'un tas de ferraille provenant d'une commune vaudoise. Puis, vers 19h05, «d'énormes flammes» auraient soudainement surgi. Balmelli soupçonne «très certainement une batterie au lithium» qui n'aurait pas été correctement triée en amont. Cette version n'est toutefois pas établie officiellement. L'enquête ouverte après l'incendie doit encore déterminer ses causes. Mais Balmelli insiste:
Cela concerne les e-cigarettes ainsi que des tas de petits objets du quotidien contenant des batteries au lithium.
Et Dario Balmelli de rappeler qu'en Suisse les grandes surfaces permettent de rapporter les objets électroniques et les batteries. Il refuse donc que toute la responsabilité retombe sur Thévenaz-Leduc: les particuliers comme les collectivités ont, selon lui, leur part à assumer.
Sa position rejoint d'ailleurs partiellement celle du Canton. Le Département de l'environnement et de la sécurité estime qu'au-delà du seul incendie d'Ecublens, une réflexion plus large doit désormais être menée, au niveau cantonal, mais aussi fédéral, «sur la production et la composition des déchets, ainsi que sur leur recyclage».
