Le «roi du papier toilette» est furax contre l'Unicef Suisse
«Honte à vous, Unicef Suisse.» Dans une publication sur son compte Instagram, le «roi du papier toilette» Beat Mörker s'en prend violemment à la célèbre organisation. Le propriétaire de l'entreprise Roosa SA s'est fait connaître pendant la pandémie de Covid en vendant du papier toilette rose.
Sur les réseaux sociaux, il s'illustre en millionnaire autodidacte et bienfaiteur. Sa dernière vidéo, publiée mercredi, totalise près de 6000 mentions «j'aime». Vêtu d'un polo rose et doté d'un micro-cravate, Beat Mörker affirme devant la caméra:
Il est flanqué de l'ancien détective de télé-réalité berlinois Carsten Stahl. Les deux hommes président l'association Bündnis Kinderschutz, une organisation basée à Olten (SO) qui, selon son site internet, lutte contre le harcèlement, les abus et la violence envers les enfants.
Les médias pointés du doigt
Le papier toilette rose de Beat Mörker est proposé à la vente en Allemagne et en Suisse. Selon le site internet de Roosa SA, dix centimes par paquet de huit rouleaux de papier toilette seraient reversés à Bündnis Kinderschutz.
Déjà en mars de cette année, la Zewo, l'organisme qui contrôle les organisations d'utilité publique, avait dénoncé auprès du Beobachter un manque de transparence concernant ces contributions.
Mi-juillet, Bündnis Kinderschutz s'est de nouveau retrouvée sous le feu des critiques, cette fois dans les colonnes du Tages-Anzeiger. Le journal alémanique reprochait à l'association d'avoir présenté comme des partenariats de simples dons ponctuels versés à des organisations caritatives, dont les logos apparaissaient sur le site.
Y figuraient alors, sous la rubrique «partenariats», Unicef, l'Alliance des hôpitaux pédiatriques suisses, la fondation Recherche suisse contre le cancer et Save the Children Suisse. Interrogées par le Tages-anzeiger, Unicef et d'autres organisations avaient démenti toute collaboration avec Bündnis Kinderschutz.
Beat Mörker rétorque, en évoquant son don sur son compte Instagram, que les médias auraient «raconté n'importe quoi» en lui reprochant d'avoir publié le logo d'Unicef sur son site internet sans autorisation. Il estime en outre qu'Unicef Suisse se serait ralliée à ce «mensonge». Il dit également vouloir rendre publics tous les e-mails échangés, affirmant que l'Unicef aurait validé l'utilisation du logo.
Des conditions non remplies
Jeudi cependant, dans une prise de position publique, Unicef a à nouveau démenti tout partenariat:
L'organisation reconnaît le «soutien généreux» de Beat Mörker en 2022. Mais, ce don aurait été effectué à titre personnel, et non par l'association, celle-ci n'ayant été fondée qu'à la fin de l'année 2023. L'Unicef poursuit:
L'Unicef aurait autorisé l'association à utiliser son logo dans la perspective d'«un soutien régulier». Cependant, les conditions requises n'ayant pas été remplies à cet effet, l'Unicef aurait «demandé à plusieurs reprises et en temps utile» à l'association de retirer le logo.
Une plainte en vue
De fait, il n'est désormais plus question de «partenariats» mais de «coopérations» sur le site internet de Bündnis Kinderschutz. Et le logo d'Unicef, qui y figurait autrefois en bonne place, est désormais introuvable.
Pourtant, l'association Bündnis Kinderschutz affirme «ne pas pouvoir accepter en l'état» la prise de position d'Unicef, écrit Stéphane Thommen, vice-président de l'association, interrogé à ce sujet. Il poursuit:
Une correspondance écrite en attesterait. L'utilisation du logo aurait été «convenue par écrit et explicitement jusqu'à fin 2025, sans autre condition». L'association n'aurait été informée qu'après coup des conditions liées au soutien régulier. Stéphane Thommen conclut:
(trad. ysc)
