Suisse
Intelligence artificielle

OnlyFans: cette Romande s'est fait voler ses photos

Cette Romande s'est fait voler ses photos pour OnlyFans
Les photos de Daniella ont été usurpées pour créer un faux profil OnlyFans.Image: watson

Cette Romande s'est retrouvée sur OnlyFans contre son gré, elle raconte

Récemment, Daniella a découvert qu'un faux profil OnlyFans avait été créé à son nom avec des photos usurpées sur Instagram. L'expérience de la Romande s'inscrit dans un contexte de violences subies en ligne par les femmes. Comment se protéger? Réponses.
02.02.2026, 05:3302.02.2026, 05:33

«Je me suis réveillée un matin et j'ai immédiatement vu que de nombreux hommes de mon entourage m'avaient écrit», se souvient Daniella, une Romande de 28 ans. L'objet des messages? Un faux profil Instagram à son nom, dont l'objectif était de renvoyer vers une page OnlyFans, une plateforme qui permet de partager du contenu à caractère pornographique. Les photos de Daniella ont été usurpées pour créer ces deux comptes frauduleux et ses contacts masculins ont été ajoutés en masse.

«Heureusement, personne n'a cliqué sur le lien qui redirigeait vers OnlyFans. Mon entourage a tout de suite signalé le faux profil à Instagram. Quelques heures plus tard, le compte avait disparu»
Daniella
La story de Daniella qui redirigeait vers une page OnlyFans.
La story postée par le faux profil Instagram de Daniella, qui redirigeait vers une page OnlyFans.Image: Instagram

Une expérience que la vingtenaire décrit comme «un choc» et qui s'inscrit dans un contexte de violences en ligne subies par les femmes. Depuis décembre 2025, l'outil d'intelligence artificielle de X, Grok, a permis aux internautes de créer au moins 1,8 million d'images sexualisées de femmes, rapportent le New York Times et le Center for Countering Digital Hate. L'indignation a été mondiale. En réaction, l'Union européenne et la France ont ouvert des enquêtes contre la plateforme d'Elon Musk.

«J'ai été choquée, humiliée et j'ai eu peur pour ma sécurité», raconte à la BBC Daisy Dixon, une professeure de philosophie à l’Université de Cardiff, au Pays-de-Galles. Des personnes ont utilisé Grok pour la mettre en string, lui élargir les hanches ou lui faire prendre des poses vulgaires. Ces images ont ensuite été postées sur X.

«C’est un kidnapping de votre corps numérique, une agression d’une misogynie extrême»
Daisy Dixon
Daisy Dixon, professeure à l'Université Cardiff.
Depuis que Daisy Dixon a été dénudée par Grok, elle a pris la parole sur les réseaux sociaux et dans les médias pour dénoncer le phénomène. Image: Instagram @daisylouisedixon

Porter plainte

De son côté, Daniella a déposé une plainte pénale pour usurpation d'identité. La police cantonale l'a fortement encouragée à saisir la justice, car «même si les chances de punir l'auteur, qui se trouve sûrement à l'étranger, sont minces, les autorités envoient ces signalements à la Confédération, qui tient des statistiques», explique-t-elle.

Une démarche qu'encourage également Eva Cellina, chargée de cours en droit du numérique à l'Université de Genève. Elle reconnaît, certes, les limites de ces procédures en Suisse, «car les plateformes sont situées hors du pays et que les utilisateurs le sont potentiellement aussi». Elle est toutefois convaincue que «plus les autorités seront sollicitées par les victimes, plus les lois pourront s'adapter aux nouvelles technologies, plus on pourra réglementer et punir».

La chargée de cours précise d'ailleurs que dans les cas de deepfakes, comme celui de Daisy Dixon, plusieurs auteurs peuvent être visés par une plainte: celui à l'origine du contenu, celui qui le repartage, celui qui le commente, ainsi que la plateforme de diffusion. De manière générale, il est nécessaire de faire des captures d'écran afin de conserver les preuves et de signaler le contenu problématique à la plateforme. Si celle-ci ne répond pas, la victime doit garder une trace de cet échange.

«Ce n'est pas à moi de m'effacer»

Parmi les conséquences de l'usurpation d'identité, Daniella relève un dégât d'image. La Romande utilisait son profil Instagram pour le travail et a reçu des messages grossiers de la part de certains hommes, comme: «Tu as décidé de changer de carrière?»

Si l'idée de mettre son compte en privé lui a traversé l'esprit, elle refuse de céder à cause de personnes mal intentionnées.

«Ce n'est pas à moi de m'effacer. Il faut porter ce problème devant la justice et les politiques»
Daniella

Un point de vue que partage Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité à l'Université de Lausanne. «Il est déjà trop tard», estime-t-elle.

«On ne peut pas contrôler ce que les autres font avec les outils numériques. Tout le monde a sa photo sur Internet et aujourd'hui, chaque image peut être manipulée»
Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité à l'Université de Lausanne.

D'ailleurs, selon elle, la stratégie de ces internautes n'est pas l'effacement des femmes de l'espace numérique, mais le besoin de domination et de possession.

«Avec l'intelligence artificielle, en particulier, certains hommes mettent à mal la réputation et l'intégrité des femmes, qu'ils considèrent comme des objets. Les outils numériques leur donnent ce pouvoir et leur permettent de reproduire une violence déjà présente dans la vie réelle.»

Cependant, lorsqu'il s'agit de pointer du doigt les coupables, Solange Ghernaouti ne met pas toute la faute sur les utilisateurs des plateformes ou des intelligences artificielles.

«Pourquoi existe-t-il des logiciels qui permettent de dénuder les femmes? Qui est responsable? Celui qui a mis l'outil à disposition et facilite son usage? Ou celui qui l'utilise à des fins malveillantes?»
Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité à l'Université de Lausanne.

Afin d'espérer inverser la vapeur, l'experte invite les dirigeants européens à envoyer un signal fort, au travers de sanctions, et à ne plus accepter des règles du jeu imposées par les créateurs de ces services numériques.

En Suisse, un projet de loi fédérale est en cours de consultation. La volonté? Réglementer les plateformes et moteurs de recherche actifs dans le pays, et mettre en place un cadre légal pour le signalement de contenu. Le Conseil fédéral souhaite ainsi renforcer les droits des utilisateurs et contraindre les acteurs comme Facebook, X, TikTok ou encore Google à plus de transparence et d'équité.

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source: sda / angelina katsanis
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