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J'ai rencontré le pape et voici ce qu'il m'a conseillé

Alessandro Di Fante a rencontré le pape à Rome
Notre collègue Alessandro Di Fante a rencontré Léon XIV en personne. Alessandro Di Fante / tele M1

J'ai rencontré le pape et voici ce qu'il m'a conseillé

Envoyé au Vatican à la dernière minute, notre collègue a rencontré le pape Léon XIV et lui a posé une question très personnelle.
27.06.2026, 12:0727.06.2026, 14:24
Alessandro Di Fante / ch media

Le téléphone sonne. A ce moment-là, je n’ai encore aucune idée que cet appel va bouleverser les prochaines 24 heures. «Allô?», dis-je. «Viens à Rome. Je t’ai organisé une rencontre avec le pape demain.» A l’autre bout du fil, il y a Massimo Santucci, le restaurateur qui rencontré le pape François à plusieurs reprises. Je réponds: «Vraiment?»

«Oui, vraiment. Si je te le dis, tu dois me croire. Fais tes affaires et prends l’avion pour Rome!»

D’un coup, je me souviens de nos conversations passées. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises le portrait de Massimo Santucci. Avec son organisation Associazione europea vittime di violenza, il s’engage contre les violences faites aux femmes et œuvre pour soutenir les victimes de violences.

Grace à ses liens étroits avec l’Eglise catholique, il se rend régulièrement à Rome et y rencontre le pape. A plusieurs reprises, il m’avait dit: «Un jour, je t’emmènerai avec moi.» J’avais toujours pris cela pour une gentille formule. De toute évidence, ce n’en était pas une.

Au pas de course

Je réserve le premier vol possible pour Rome. Il ne reste alors que deux heures avant le départ. Coincé dans le trafic de fin de journée, une foule de pensées me traversent l’esprit.

Que porte-t-on quand on rencontre le pape? Comment le salue-t-on? A la maison, il me reste à peine dix minutes. J’opte pour un pantalon de costume bleu et une chemise bleu clair. Le reste finit plus ou moins en vrac dans mon sac à dos.

Puis je repars pour Niederhasli (ZH), chez mon père. Il accepte aussitôt de m’emmener à l’aéroport. Ce n’est pas seulement pour moi un moment particulier. Mon père est originaire de Rome. Lui non plus, il n’aurait sans doute jamais imaginé que son fils partirait ainsi, au pied levé, pour sa ville natale afin d’y rencontrer le pape.

«Je suis très fier de toi», me dit-il peu avant notre arrivée à l’aéroport de Zurich. Il ne reste que quelques minutes avant l’embarquement. Assez de temps pour passer le contrôle de sécurité. Et un cadeau pour le pape.

Qu’offre-t-on dans ces cas-là? Un couteau suisse? Une eau-de-vie de cerises? Je finis par choisir une boîte de chocolat suisse.

Ce n’est qu’au moment où l’avion décolle, et que je retrouve pour la première fois depuis des heures un peu de calme, que je prends conscience de ce qui va se passer dans les heures à venir.

L'attente du Saint-Père

Mon vol passe via Francfort et je n’arrive à Rome que tard dans la soirée. Il reste peu de temps pour dormir. Dès le lendemain matin, je retrouve Massimo Santucci devant les murs du Vatican. Sur la place Saint-Pierre, l’activité bat déjà son plein.

Des milliers de personnes venues du monde entier attendent l’audience générale du pape Léon. Groupes de pèlerins, religieuses, familles et jeunes mariés font la queue pour apercevoir le chef de l’Eglise catholique. Grace à l’association de Massimo Santucci, nous n’avons pas besoin de faire la queue.

La tension est pourtant palpable. Le dispositif de sécurité est énorme. Même pour une courte interview télévisée destinée à la télévision régionale Tele M1, sur la place Saint-Pierre, je ne dispose que de quelques minutes.

Durant l’interview, je demande à Massimo pourquoi, au juste, il m’a invité. «Parce que je t’aime bien», répond-il en riant. «Et parce qu’il faut vivre cela une fois dans sa vie.» Il vérifie encore une fois ma tenue. «Presque comme un garde suisse», dit-il en souriant. Ma nervosité ne disparaît pas pour autant.

Nous sommes au premier rang

Avec une femme âgée, je suis finalement autorisé à entrer dans la zone bouclée. Nous sommes les deux seuls à avoir la possibilité de rencontrer personnellement le pape. Elle s’appelle Giorgia Fioravanti et l’histoire de cette femme me bouleverse profondément.

Il y a quelques mois, elle a perdu son fils unique. Il s’appelait Giacomo Bongiorni. Cet homme de 47 ans a voulu empêcher des jeunes, à Massa, de lancer des bouteilles contre une vitrine. Peu après, il a été attaqué par plusieurs jeunes hommes et mortellement blessé.

Son fils de onze ans et sa compagne ont assisté à toute la scène. Alors que Giorgia attend sa rencontre avec le pape, elle tient entre ses mains un t-shirt à l’effigie de son fils décédé. C’est ce qu’elle veut remettre au Saint-Père.

Il arrive sur la place Saint-Pierre

Puis le moment arrive enfin. Le pape Léon traverse la place Saint-Pierre dans la papamobile. Les gens applaudissent et agitent la main. Certains pleurent de joie. D’autres joignent les mains pour prier. Il est impressionnant de voir ce que cet homme représente pour tant de personnes.

Pendant que le pape avance au milieu de la foule, je réalise peu à peu que je vais le rencontrer personnellement dans quelques minutes. Je n’ai toujours aucune idée de ce que je dois dire. Je me répète:

«Bonjour, Saint-Père»

Après le tour sur la place Saint-Pierre, l’audience commence. Le pape salue plusieurs invités, jusqu’à arriver finalement à notre rangée. Il parle d’abord avec la femme âgée assise à côté de moi. Elle serre contre elle le t-shirt portant l’image de son fils.

Puis il se tourne vers moi. Soudain, le pape se tient juste devant moi. «Bonjour, Saint-Père. C’est un honneur de faire votre connaissance», dis-je en allemand. Peu auparavant, Massimo Santucci m’avait confié que le pape Léon apprenait actuellement l’allemand.

Surpris, il lève les yeux et sourit. «Ah, bonjour.» Je lui remets alors mon cadeau et passe à l’anglais.

«J’espère que vous aimez le chocolat suisse.»
– «Oui, j’adore le chocolat suisse. J’espère qu’il n’a pas fondu à cause du soleil.»

Depuis quelque temps, une pensée me travaille. Je profite donc de l’occasion pour lui poser une question personnelle.

«Saint-Père, j’ai un peu plus de 25 ans et j’ai parfois peur que la vie passe trop vite devant moi. Que diriez-vous à quelqu’un comme moi pour l’accompagner sur son chemin?»

Il ne réfléchit pas longtemps. Il faut profiter de chaque jour avec sa famille et ses amis, dit-il. Etre reconnaissant pour la santé et pour les personnes qui nous accompagnent.

«Ne pensez pas à la vitesse à laquelle le temps passe, concentrez-vous sur ce que vous avez»

Puis il ajoute que je devrais consacrer ma vie à Dieu.

Je lui demande encore ce qu’il ferait s’il avait de nouveau 25 ans pour une journée. Il éclate de rire: «Exactement la même chose qu’à l’époque.» Il avait alors consacré sa vie à Dieu. Puis il me glisse un chapelet dans la main. Et poursuit son chemin.

Que reste-t-il après?

Ce qui m’a le plus surpris, c’est sa simplicité. Le pape Léon, qui a grandi à Chicago, ne m’a pas donné l’impression d’être une personnalité inaccessible. Plutôt quelqu’un qui écoute et qui prend le temps.

Lorsque je quitte plus tard le Vatican, je retrouve Massimo Santucci. Je le prends dans mes bras et le remercie du fond du cœur. A peine 24 heures plus tôt, j’étais encore assis à la rédaction, à Aarau. Me voilà maintenant avec, dans la main, un chapelet du pape.

Plus tard, je flâne dans les rues de Rome, ma deuxième patrie. Je m’assieds dans un petit restaurant, je commande une pizza et une bière. Ce n’est qu’à ce moment-là que je commence peu à peu à réaliser ce qui s’est passé depuis la veille. (trad. joe)

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source: sda / andre penner
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