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Image: Shutterstock / watson

«Pour les Romands, «l’étranger» c’est la Suisse alémanique»

L’Europe met la pression sur la Suisse dans les négociations sur l’accord institutionnel, censé harmoniser les nombreuses conventions entre les deux parties. Quelle influence sur la jeunesse? Le président Guy Parmelin s'est entretenu avec watson.



Monsieur Parmelin, ce serait quoi le pire: signer l’accord ou un échec de l’accord?
Guy Parmelin: A un moment donné, s’il y a un accord, il va être soumis au Parlement puis au peuple. En votation populaire, essuyer un échec aurait des conséquences énormes sur nos relations à long terme avec nos voisins. L’enjeu est là. Et même si les trois points précités sont réglés, il y aura de toute façon des discussions très animées dans le pays…

Car tel quel, le peuple dirait non…
Je ne suis pas prévisionniste. Ce que je sais, c’est qu’en matière d’accords internationaux, rien n’est désormais gagné d’avance. Exemple: l’accord avec l’Indonésie ne posait pas de grands problèmes a priori. Or, il a été accepté par 51,1% de la population seulement. Nous avons senti le vent du boulet…

Je suis un jeune adulte qui est encore aux études ou qui vient de les finir. Quelle est l’influence sur ma vie d’un accord ou d’un non-accord avec l’Union européenne?
Quel que soit le résultat des négociations, je ne pense pas qu’il y aura une grande influence. Je m’explique: la Suisse investit énormément dans la formation, la recherche et l’innovation. Ces domaines recevront 28 milliards de francs pour la période 2021-2024. En ajoutant les formations professionnelles duales (réd: apprentissage en entreprise et cours théoriques) et le soutien aux cantons, nous avons cet ensemble qui fait la force de notre pays. En Suisse, un jeune jouit de toute une palette d’études et d’une certaine souplesse pour passer d’une formation à une autre.

Beaucoup souhaitent toutefois passer quelques mois ou années à l’étranger…
Il y a toujours des possibilités de se former à l’étranger. Mais vous savez, pour les Romands, « l’étranger » c’est la Suisse alémanique.

«Avant de chercher ailleurs, il faut se rappeler que plus de 60% des Suisses parlent allemand. C’est simple: étudier en Suisse alémanique augmente les chances de trouver un travail de 60%. La formation, c’est dans notre ADN»

Très bien, mais on sent déjà les menaces européennes, sur la recherche ou sur les échanges universitaires (programme Erasmus), qui ont été suspendus en 2014.
Le Conseil fédéral veut les meilleures conditions-cadre pour que la Suisse participe à ces différents programmes. Pour la recherche par exemple, le Parlement a voté le déblocage des fonds pour Horizon. En ce qui concerne la participation à Erasmus, le Conseil fédéral a décidé d’un mandat de négociations Nous verrons maintenant si l’Union européenne campe sur ses positions. Toujours est-il que s’il y a blocage, il est prévu que nous puissions quand même financer nos chercheurs.

«Et la mobilité internationale, que ce soit des étudiants ou des jeunes en formation professionnelle, nous la soutiendrons de toute façon, avec ou sans Erasmus»

Cela dit, je pense que si notre pays devait rester en retrait, c’est toute la science qui va être perdante. Surtout, c’est l’Europe qui va être perdante. Au bénéfice de qui ? De l’Amérique du Nord et de l’Asie. J’ose espérer que l’Union européenne ne prendra pas ce risque.

Vous paraissez très confiant. Or, début 2000, la Suisse s’était surestimée dans les négociations sur un accord aérien avec l’Allemagne. Au final, elle avait tout perdu… Ne sommes-nous pas en train de vivre la même chose?
Je pense qu’il faut comparer ce qui est comparable. Avec l’Allemagne, c’était un accord sectoriel qui touchait surtout l’aéroport de Zurich Kloten. Avec l’Europe, on parle de plus 100 accords bilatéraux qui fonctionnent pour la plupart très bien dans l’intérêt des deux parties. Notre objectif est de maintenir voire de développer les meilleures relations possibles avec notre voisin.

Au risque de tout perdre?
Tout d’abord les 100 accords dont je viens de parler ne sont pas remis en cause si l’accord cadre n’est pas signé. Ce qui sera un peu plus difficile, ce sera leur adaptation aux changements juridiques, politiques et économiques en Europe. Mais même ici, nous disposons encore d’une certaine marge de manœuvre interne. Je rappelle en outre que dans les négociations sur l’accord-cadre, la Suisse a fait une énorme concession en acceptant la dynamisation du droit et le rôle de la Cour européenne de justice pour le règlement des différends. Restent ces trois points (citoyenneté, protection des salaires et aides d’Etat) pour lesquels nous exigeons des exceptions juridiquement solides. C’est fondamental.

«Imaginez s’il devait y avoir une rébellion ou des problèmes de société car nous n’avons pas protégé nos intérêts vitaux. Ce ne serait bon pour personne»

La question de la Cour européenne de justice demeure un point très critiqué ici en Suisse…
Oui, mais dans le cadre de la dynamisation du droit, déjà acceptée, est incluse la question de la Cour européenne de justice. Je le répète: nous voulons des garanties explicites sur trois points encore non réglés. Tout le reste est admis.

Guy Parmelin a aussi répondu aux jeunes dans notre interview watson:

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