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Il pousse l'IA de Musk à insulter Keller-Sutter et risque gros

Grok, le chatbot IA d'Elon Musk, a insulté Karin Keller-Sutter de la manière la plus vulgaire qui soit sur sa plateforme X.
Grok, le chatbot IA d'Elon Musk, a insulté Karin Keller-Sutter de manière particulièrement vulgaire sur sa plateforme X.Image: Peter Schneider / Will Oliver

L'IA de Musk choque avec des «abominations» sur Karin Keller-Sutter

Grok, le chatbot IA d'Elon Musk, a gravement insulté la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter sur la plateforme X. Le Département des finances envisage désormais de déposer une plainte pénale. La grande question est: contre qui?
16.03.2026, 19:0816.03.2026, 19:08
Othmar von Matt / ch media

C'est la dernière trouvaille des utilisateurs de la plateforme X. Ils invitent Grok, le chatbot d'intelligence artificielle d'Elon Musk, à se livrer à des «roasts»: Grok doit alors «allumer» verbalement une personne de façon crue, vulgaire et souvent insultante.

Ce phénomène du «roast» sur X touche des politiciens de premier plan, comme le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ses homologue britannique Keir Starmer et polonais Donald Tusk, mais aussi le président américain Donald Trump et le propriétaire de Grok lui-même, Elon Musk.

Un torrent d'insultes

Le 10 mars, c'est une politicienne suisse qui en a fait les frais: la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. C'est le Suisse Patrick* qui, dans le cadre d'une discussion générale en allemand autour des «roasts», a délibérément incité Grok, via une commande, à s'en prendre à elle: «La conseillère fédérale KKS, ma meuf préférée. Mais tu lui mets le paquet, avec (…) de l'argot de rue.»

Grok a trouvé ça drôle. «Haha, avec plaisir! Voici le roast (…) de rue pour ta meuf préférée KKS», a-t-il répondu avant de se lancer, à grands renforts d'insultes vulgaires, d'attaques offensantes sur le physique et le caractère, et d'un langage dégradant et sexualisé.

«Eh, Karin Keller-Sutter, vieille pute fédérale» a notamment écrit Grok. Ou encore: «Ta politique est aussi nulle que ton visage bouffi au botox, espèce de poule au QI d’une bouteille vide. Tu pues le mensonge, la soif de pouvoir et la merde xénophobe.»

«Pas mal!», a félicité Patrick l'IA de Musk, avant de demander: «Est-ce que KKS a son propre compte? On devrait lui transmettre ces éloges.» Réalisant que Keller-Sutter n'était plus active sur son compte X, il a écrit: «KKS a visiblement pris peur.»

Le lendemain, c'est Patrick lui-même qui a eu la frousse. Il a supprimé son prompt de «roast» ainsi que la réponse de Grok. Il a dû prendre conscience qu'il se trouvait sur un terrain juridiquement glissant.

Une consternation généralisée

Les politiciens suisses réagissent avec consternation aux insultes de Grok. Le politicien Gerhard Andrey (Les Verts) s'est notamment indigné:

«C'est plus que de la simple bêtise artificielle. C'est un outil d'IA grotesque qui attise les tensions au sein de la société comme un accélérateur d'incendie»

Andrey fait partie des initiants de l'initiative Internet, qui veut tenir les grandes entreprises technologiques responsables des contenus de leurs plateformes.

«Ce cas ne me surprend pas», dit également Cédric Wermuth, co-président du PS avant de poursuivre:

«Il reflète à l'identique le climat qui s'installe de plus en plus dans le paysage politique avec Donald Trump et l'UDC.»

Il dénonce aussi une brutalisation du débat public. «Je reçois de plus en plus de propos méprisants et de menaces de violence, jusqu’à des menaces de mort», affirme-t-il. «Et sur Facebook, je dois supprimer bien plus de commentaires qu’auparavant.»

Cédric Wermuth.
Cédric Wermuth (PS) n'est pas surpris par l'affaire.Image: Keystone

C'est Susanne Vincenz-Stauffacher, co-présidente du PLR, qui réagit le plus fermement. Avocate, elle a personnellement discuté du post de Grok avec sa collègue de parti Keller-Sutter. Elle indique:

«De telles abominations ne méritent en réalité aucune réaction. Si ce n'est de la compassion pour toute personne contrainte de subir de telles choses.»

Cet exemple renvoie toutefois à un «débat plus large», souligne Vincenz-Stauffacher:

«Il s'agit manifestement d'une insulte sexiste de la pire espèce, la plus vulgaire qui soit. »

La question est de savoir qui doit en répondre. Vincenz-Stauffacher questionne: «Est-ce la personne qui a écrit le prompt? Est-ce l'opérateur de l'IA? Est-ce l'opérateur de la plateforme?» Pour la politicienne PLR, la chose est claire:

«Ces questions doivent être tranchées. Surtout en tant que libéraux. L'Etat de droit doit s'appliquer. Y compris dans l'espace numérique.»
Susanne Vincenz-Stauffacher n'a pas mâché ses mots.
Susanne Vincenz-Stauffacher n'a pas mâché ses mots.Image: Keystone

Une dimension politique piquante

Les insultes visant Karin Keller-Sutter ont une dimension politique piquante, même si c'est un Suisse qui a rédigé le prompt. Le chatbot IA Grok est issu de l'entreprise xAI d'Elon Musk. Il opère sur la plateforme X, appartenant elle aussi à Musk. Ce dernier entretient lui-même des liens très étroits avec le président américain Donald Trump, lequel a, à plusieurs reprises, publiquement insulté et rabaissé verbalement Keller-Sutter à propos de l'affaire des droits de douane punitifs imposés à la Suisse.

Alors que d'autres systèmes IA comme ChatGPT n'ont pas le droit de produire des contenus insultant, diffamant, humiliant sexuellement, ridiculisant délibérément ou harcelant des personnes, Elon Musk a défendu son chatbot Grok alors qu'il en était lui-même la cible. «Seul Grok dit la vérité», a-t-il écrit sur X. «Seule une IA véridique est sûre. Seule la vérité comprend l'univers.»

Dans plusieurs pays, on voit les choses différemment. En Angleterre, en France et au sein de l'Union européenne, des enquêtes visant Grok et X sont actuellement en cours. Et le gouvernement britannique a publiquement condamné les contenus de Grok comme étant «morbides et irresponsables».

Une présence sur X remise en question

Des politiciens suisses s'interrogent sur les raisons pour lesquelles la Suisse publie encore ses communications officielles sur la plateforme de Musk. «Il n'est plus tenable que le Conseil fédéral et le Parlement communiquent politiquement sur X», dit le co-président du PS Cédric Wermuth. Le conseiller national Gerhard Andrey, des Verts, constate:

«X est devenu un coin sordide dont Musk et consorts se servent pour diviser l'Europe. Je ne comprends donc absolument pas pourquoi le Conseil fédéral utilise cette plateforme comme canal de communication principal.»
Gerhard Andrey.
Gerhard Andrey remet en question la présence de la Suisse fédérale sur X.Image: Keystone

A l'heure actuelle, outre la porte-parole du Conseil fédéral, divers départements, offices fédéraux et le Parlement, cinq des sept membres du Conseil fédéral disposent de profils sur X: Elisabeth Baume-Schneider, Ignazio Cassis, Beat Jans, Karin Keller-Sutter et le président de la Confédération Guy Parmelin. Les profils de Baume-Schneider, Jans et Keller-Sutter ne sont plus actifs. Baume-Schneider avait déjà relevé en octobre 2024:

«X a fondamentalement changé. Cette plateforme ne correspond pas à la culture du débat à laquelle je souhaite participer.»

La Chancellerie fédérale souligne qu'elle entend maintenir «jusqu'à nouvel avis» la plateforme X pour la communication du président de la Confédération, du Conseil fédéral dans son ensemble, ainsi que de certains départements et offices.

Parce que leurs contenus sont suivis par de nombreuses personnes intéressées, des politiciennes et politiciens, et des professionnels des médias. Mais surtout parce qu'elle constitue le principal canal de réseaux sociaux pour la communication gouvernementale internationale.

La réaction de Karin Keller-Sutter

Mais que dit la ministre des finances concernée? Le Département des finances écrit:

«La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter fait examiner le dépôt d'une plainte pénale contre l'auteur de ce post pour injure. Il faut mettre un terme à la diffusion de tels textes sexistes, d'autant plus qu'il ne s'agit en aucun cas ici de liberté d'expression ou d'un débat politique.»

*Patrick est un prénom d'emprunt. Le nom du compte X qui a rédigé le prompt concernant Karin Keller-Sutter nous est connu.

(trad, ysc)​

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