Depuis 2019, les mouvements climatiques ont fleuri en Suisse, en enchaînant les manifestations, les grèves et les actions de désobéissance civile. Un tout nouveau collectif vient aujourd'hui s'ajouter à ce vaste paysage: le comité genevois des Soulèvements de la Terre, mouvement français connu pour son approche résolument radicale et subversive.
Nés en 2021, les Soulèvements de la Terre sont rapidement devenus le fer de lance des contestations écologiques en France, grâce à leur participation à des campagnes contre les méga-bassines ou le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin. Ses militants ont remis en avant l'action directe, privilégiant des méthodes comme l’occupation, le blocage et le sabotage.
Le comité genevois du mouvement n'a pas hésité à s'en inspirer pour ses premières sorties en Suisse. La nuit du samedi 17 août, des activistes ont érigé des «murs contestataires» devant les sièges d'Implenia et Induni, à Onex. Une semaine plus tard, des tags sont apparus sur le site exploité par le cimentier Holcim dans la campagne genevoise. Des actions qui montrent la volonté d'aller plus loin par rapport à ce qui a été fait jusqu'à présent en Suisse. C'est, en tout cas, c'est ce que souhaite le mouvement. Nous en avons parlé avec Chris, l'un de ses membres.
Comment le comité genevois des Soulèvements de la Terre est-il né?
Chris: L'année dernière, le gouvernement français a lancé une procédure de dissolution des Soulèvements de la Terre. En réaction à cela, il y a eu un appel à créer un maximum de comités en soutien. Des personnes à Genève, déjà impliquées dans des luttes écologistes comme la ZAD du Mormont, se sont dit que c'était une occasion à saisir. D'autant plus que la Grève du climat n'était plus très active dans le canton. La réflexion a démarré l'année dernière, et le comité a vu le jour cette année.
Avez-vous des contacts avec d'autres collectifs de lutte pour le climat déjà établis en Suisse?
Il y a une proximité avec les Grondements des Terres, un mouvement de résistance actif dans le canton de Vaud. C'est celui qui est le plus proche du nôtre sur le plan idéologique. Nous avons également des contacts avec la Grève du climat. Notre but n'est pas d'être isolés, ni que chacun agisse dans son coin, mais de collaborer avec les autres.
On décrit les Soulèvements de la Terre comme étant un mouvement radical. Assumez-vous cette radicalité?
Oui, on l'assume. Pour nous, la radicalité se réfère à la racine, la racine du problème, ce qui nous pousse à agir: l'urgence climatique scientifiquement prouvée. Les grandes manifestations de 2019, les marches de protestation, ont attiré l'attention de la population sur le problème. Pour nous, il y a maintenant un pas de plus à franchir: se mettre sur la route des projets écocidaires, menés par des acteurs économiques et politiques qui sont en train de détruire le vivant.
Cela signifie-t-il que les autres approches ont fait leur temps?
L'écologie de rupture est notre priorité, mais on n'est pas dans le mépris des autres approches, qui peuvent toujours être utiles. L'idée est d'être complémentaires.
Pour l'heure, vous avez ciblé Implenia, Induni et Holcim. Allez-vous encore cibler ce type d'acteurs?
Notre priorité est de lutter contre l’accaparement des terres, la bétonisation et la destruction du vivant. Sans trop préciser, on a prévu d'agir contre de gros projets d’accaparement et d’artificialisation des terres.
Au-delà des actions, quel est votre objectif global?
Notre structure n'est pas encore totalement ouverte au public, mais notre but est la révolte. Avoir un maximum de personnes pour faire une rupture. A terme, on veut mener des manifestations avec beaucoup de monde, en privilégiant l'action directe plutôt qu'un simple désaccord symbolique.
Jusqu'où avez-vous prévu d'aller?
On vise toujours des biens et de la propriété, jamais les personnes. Cela dit, suivant le niveau de répression, on va aussi se défendre. Ce n'est pas encore trop le cas en Suisse, mais, en France, l'écologie radicale est durement réprimée.
Craignez-vous d'avoir des problèmes avec la justice?
Nous pensons qu'en criminalisant l'écologie et en défendant les multinationales écocidaires, la justice se rend complice de la crise du vivant. Il faut la transformer pour qu'elle prenne en compte l'urgence écologique, mais nous laissons à d'autres groupes ce travail institutionnel. De notre côté, nous espérons que le mouvement sera suffisamment massif pour compliquer la répression.
Les actions climatiques suscitent toujours beaucoup de réactions négatives en Suisse. Comment réagissez-vous à cela?
Dans notre sens, face à l'urgence climatique, l'écologie de rupture est inévitable. S'opposer à la destruction des terres est presque logique. On croit également beaucoup dans la jeunesse. Sans trop caricaturer, on a l'impression que les réactions négatives viennent surtout de personnes plutôt âgées et conservatrices.
On accuse régulièrement les actions climatiques d'être contre-productives, car elles suscitent l'hostilité d'une partie de la population. Qu'en pensez-vous?
Il y a des terres qui sont menacées par de gros projets. On n'est plus au niveau du discours, mais de l'action: il faut arrêter ces projets. Le fait d'être contre-productif est une critique qui s'adresse d'abord au discours. Notre but est de stopper ces projets; si on y arrive, ce reproche n'est plus très intéressant.
Avez-vous des contacts avec les Soulèvements de la Terre en France?
Oui. On est intégré au sein d'un réseau de comités locaux, et on organise des rencontres dans le but d'échanger des pratiques et des informations avec les comités français.