Dessinateurs menacés exposés à Morges
Critiqués, parfois licenciés ou trainés devant les tribunaux, trois dessinateurs d'Inde, Hong Kong et Turquie dévoilent leur travail à la Maison du dessin de presse, à Morges. Ils ont obtenu en 2024 et 2025 le Prix du courage pour leur engagement à défendre la liberté d'expression. A découvrir jusqu'au 24 mai.
En 2024, l'Indienne Rachita Taneja et le Hongkongais Zunzi ont reçu le Prix Kofi Annan du courage, remis par la Freedom Cartoonist Foundation que préside Chappatte. L'année suivante, Zehra Ömeroğlu de Turquie a décroché le Prix Robert Russel du courage décerné par Cartoonists Rights. Tous trois dessinent au péril de leur liberté et travaillent sous la menace de la prison et de la censure.
Pour l'exposition «Les Prix du courage», la Maison du dessin de presse a contacté les artistes pour leur demander une sélection représentative de leur oeuvre. L'accrochage propose ainsi 90 dessins – 30 par auteur – répartis en trois territoires, l'Inde, la Turquie et Hong Kong, explique le dossier de presse.
Féministe en Inde
Rachita Taneja, alias Sanitary Panels, signe des chroniques numériques de la vie quotidienne en Inde. Les oeuvres de cette féministe frappent par leur simplicité, souvent un strip noir et blanc de quatre cases. A la suite d'une série de dessins, la Cour suprême a porté plainte contre elle. Elle risque jusqu'à six mois de prison.
A Hong Kong, Zunzi se bat pour la démocratie, surtout depuis la loi sur la sécurité nationale promulgée par la Chine en 2020. Trois ans plus tard, il a été licencié du journal où il travaillait depuis 40 ans. Ses dessins ont été dénoncés par des officiels comme de «l'humour moralisateur qui nuit à l'image de Hong Kong».
Accusée d'obscénité
Dans un climat de pression croissante en Turquie, Zehra Ömeroğlu s'est vue accusée d'obscénité par les autorités pour un dessin intitulé «Sexe durant la pandémie». Elle a été acquittée, puis elle a fait l'objet d'une nouvelle requête de la part du procureur. L'épreuve judiciaire, la précarité professionnelle et les menaces l'ont contrainte à quitter son pays. Elle vit désormais en exil.
Le 8 mai, l'exposition fera partie des lieux à découvrir lors de la manifestation «A voir un soir à Morges», qui permet des rencontres privilégiées avec le public. A cette occasion, la Maison du dessin de presse prévoit d'accueillir le dessinateur Chappatte pour des visites guidées. (dal/ats)
