Suisse
Justice

Les foyers pour mineurs manquent dans le canton de Vaud

Julie Jequier, présidente du Tribunal vaudois des mineurs.
Julie Jequier, présidente du Tribunal vaudois des mineurs.
montage watson, portrait:©ARC Sieber

La justice vaudoise a un problème avec «un groupe de trente jeunes»

Depuis la fermeture du foyer semi-fermé de Valmont, le Tribunal des mineurs vaudois n'a pas toujours de solution pour les jeunes qui auraient besoin d'un placement.
07.05.2026, 05:3107.05.2026, 07:30

L’ordre judiciaire vaudois, lors de sa conférence de presse annuelle mercredi, a souhaité mettre l’accent cette année sur le Tribunal des mineurs qui connaît comme les autres tribunaux une forte progression des dossiers: 30% entre 2021 et 2025.

Pour Julie Jequier, présidente du Tribunal des mineurs, cette évolution est surtout liée à l’augmentation des plaintes déposées par les parents concernant des infractions commises dans les écoles. Parmi toutes les infractions, ce sont celles contre l’intégrité sexuelle qui augmentent le plus depuis 2024 et la révision du droit pénal en matière sexuelle qui donne une place prépondérante au consentement.

Pourquoi cette augmentation?
Julie Jequier: Les jeunes vivent leurs premières expériences sexuelles sans réel exemple de référence, si ce n’est la pornographie. Ils partent de rien et cela génère pas mal de situations d’incompréhension entre les partenaires.

Qui sont ces jeunes qui vous occupent?
La grande majorité commet des infractions légères et nous ne les voyons qu'une fois. Il y a un groupe de trente à quarante jeunes dans le canton de Vaud que nous connaissons, par contre, très bien, parce qu’ils sont vraiment problématiques.

«Nous devrions les placer en foyer ou en établissement semi-fermés, mais il n’y a pas de places»

Cette problématique est récurrente en Suisse romande depuis de nombreuses années…
Oui. Il n’y a qu’un seul établissement fermé qui accueille les mineurs de plus de 15 ans et la liste d’attente pour y placer un jeune est de un à deux ans. La situation s’est encore péjorée, pour nous, depuis la fermeture du foyer de Valmont, dans l’urgence en 2023, puis une seconde fois en 2025 (réd: en raison de la vétusté du bâtiment). Lors de cette seconde fermeture, le département a organisé des solutions alternatives dans d’autres cantons. Ainsi, nous avons une place dans le canton de Fribourg et deux à Genève. Or, Valmont nous permettait de faire des placements provisionnels, une mesure à but éducatif qui vise à remettre un cadre quand le jeune dépasse les limites. Ou encore des placements à des fins d’observation de plusieurs semaines.

«Sans ces places, nos possibilités d’action, qui sont très flexibles dans le droit des mineurs, sont extrêmement restreintes en raison des moyens à disposition»

Un projet de nouvelle structure est en cours, mais je n’en connais pas les délais (réd: Le département prévoit une ouverture en 2030).

Pourquoi est-il si difficile d’avoir des foyers fermés ou semi-fermés en Suisse romande?
Il est vrai que la Suisse alémanique ne connaît pas cette difficulté et j’avoue que je ne sais pas exactement ce qui bloque. Il y a peut-être une question financière et sans doute aussi de grandes difficultés à recruter des éducateurs. Il faut des nerfs très solides pour tenir en foyer avec ce type de population.

Est-ce qu’il arrive que des jeunes soient dans la rue faute de solution?
Oui, cela arrive. Parfois, il faut leur proposer l’hôtel ou des foyers d’urgence et si cela n’est pas adapté à leurs besoins, ils peuvent choisir la rue.

«Ils nous manquent aussi de plus en plus de places pour exécuter les travaux d’intérêt généraux»

Certaines entreprises qui nous offraient cette possibilité se retirent parce que c’est un travail considérable et qu’il n’est pas rémunéré. Ces jeunes sont parfois réellement difficiles à gérer, par exemple parce qu’ils s’énervent ou quittent leur poste de travail.

Vous avez des postes d’éducateurs pour vous accompagner dans la gestion de l’exécution des peines. Que font-ils exactement?
Oui, nous avons trois personnes qui se chargent, par exemple, d’aller chercher les jeunes et de les amener au travail.

«Ils ont des souffrances psychiques telles qu’il ne faut pas imaginer qu’ils vont se rendre par eux-même jusqu’à l’entreprise…»

Parfois, la charge mentale est lourde pour nos collaborateurs et nous devons parfois admettre une forme d’impuissance qui est difficile à vivre.

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