«Quand on vire des gens qui ont 40 ans de bail, ça passe mal»
«A Genève, c’est du jamais vu, il faut une réaction forte au Conseil d’Etat», alerte Christian Dandrès, juriste à l’Asloca, l’association de défense des locataires. Celui qui est aussi conseiller national PS à Berne, réagit à la décision d’expulsion, par résiliation de bail, des locataires d’un groupe de cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt. En tout, 107 logements et 15 commerces.
watson le révélait ce vendredi matin: la régie Naef, qui agit pour le compte de la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville, la PKBS, le propriétaire, a envoyé ces derniers jours des avis de résiliation à l’ensemble des locataires des immeubles 35 à 43 du boulevard Carl-Vogt, situé dans le quartier de la Jonction. Tous devront partir cette année encore.
Mais ces locataires peuvent déposer un recours, comme le leur a d’ailleurs indiqué la régie. «Ils ont trente jours pour le faire auprès de la Commission de conciliation en matière de baux et loyers», explique Christian Dandrès.
Le traitement d’un recours prend d’ordinaire entre six et huit mois.
Selon le juriste de l’Asloca, cette situation extraordinaire illustre un «problème de fond».
«Une somme gigantesque»
Christian Dandrès remonte quelques années en arrière. Il l'assure:
Contactée, la régie Naef dit «ne pas être habilitée à confirmer» ce montant, mais renvoie vers un communiqué rédigé en 2020 par la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville.
7 immeubles pour plus d'un demi-milliard
Dans ce communiqué daté du 16 décembre 2020, l'année de l'acquisition des cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt, la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville annonce:
Les cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt se trouvent justement sur cette rive gauche dont parle la caisse de pension bâloise, visiblement ravie de son entrée en 2020 sur le marché immobilier genevois, comme elle le disait encore dans ce même communiqué:
Résultat, soupçonne Christian Dandrès, «le nouveau propriétaire, la caisse de pension bâloise, veut récupérer sa mise en augmentant probablement drastiquement les futurs loyers de ces immeubles après travaux».
Le conseiller national dénonce une pratique selon lui toujours plus courante dans le milieu de l'immobilier. Les caisses de pension et autres investisseurs ne craignent plus d’acheter des biens immobiliers au prix fort, sûrs qu’ils sont de «pouvoir rentabiliser leur mise dans un marché saturé». Pour le juriste de l’Asloca, «on assiste à un dévoiement du droit du bail».
Trop vite en besogne?
La régie Naef est-elle allée trop vite en besogne? Selon Christian Dandrès, «la loi dispose qu’avant d’envoyer un avis de résiliation pour travaux, une régie doit d’abord informer le locataire de son intention de faire des travaux et expliquer en quoi ils consistent, ce qui peut permettre au locataire de trouver une solution en attendant la fin des travaux.» «Ce n’est pas ce qu’a fait la régie en l’espèce», affirme le défenseur des locataires.
«Ces immeubles n'assurent plus les exigences légales»
De son côté, la régie Naef, jointe ce vendredi par watson, justifie son action:
Se pose la question du relogement. Christian Dandrès:
Le conseiller d'Etat Walder prend position
Christian Dandrès souhaite une «réaction au Conseil d'Etat», avons-nous vu. Sollicité par e-mail via son service de presse, le ministre cantonal en charge du logement, le Vert Nicolas Walder, nous a transmis sa prise de position sur le cas des cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt.
De son côté Christian Dandrès s’attend à une réaction des partis politiques genevois.
