Un médecin révèle les erreurs à éviter quand on perd ses cheveux
Greffes en Turquie, médicaments commandés sur internet ou traitements miracles: pour lutter contre la calvitie, certains hommes sont prêts à tout. Mais ces solutions ne sont pas toujours sans danger. Le professeur Thomas Kündig, directeur de la dermatologie à l’Hôpital universitaire de Zurich, explique ce qui fonctionne vraiment — et met en garde contre certaines pratiques.
Quatre hommes sur cinq perdent tout ou partie de leurs cheveux au cours de leur vie. D’après votre expérience de médecin, à quel point cela les affecte-t-il?
Thomas Kündig: La plupart des hommes tendent vers la calvitie et n’en souffrent pas du tout. C’est tellement fréquent qu’il n’y a aucune raison d’en avoir honte. Et dans les films hollywoodiens, des figures charismatiques comme Dwayne Johnson sont chauves.

Pourtant, les hommes qui perdent leurs cheveux jeunes ont souvent du mal à l’accepter. A ce jour, quel est le meilleur remède pour eux?
Nous recommandons le minoxidil, un principe actif. Il s’applique localement, fonctionne bien et n’a pratiquement pas d’effets secondaires. En moyenne, les patients gagnent environ 10% de cheveux - par ailleurs un peu plus épais - en six mois. La plupart des hommes se disent satisfaits du résultat.
Cela vaut-il aussi pour les femmes?
Il existe le même traitement. Nous recommandons simplement aux femmes une concentration plus faible, à 2%, car le minoxidil peut stimuler la pilosité du visage.
Les préparations à base de minoxidil sont disponibles en pharmacie en Suisse sans ordonnance et à un prix relativement bas. Pourtant, l’importation illégale de ce produit a récemment fortement augmenté. Comment l’expliquez-vous?
Je ne comprends pas vraiment cette évolution. Le minoxidil est homologué, mais pas pris en charge par les assurances maladie. Car on ne considère pas la perte de cheveux comme une maladie. Voilà peut-être pourquoi certains commandent à l’étranger. Le coût reste pourtant relativement modeste: entre 35 et 40 francs par mois. En traversant la frontière, on peut l’obtenir pour environ 15 francs par mois en Allemagne, en France ou en Italie. On ne fera donc que des économies minimes en passant par des plateformes comme Temu.
Ce faisant, y a-t-il un risque d’acheter un produit contaminé ou inefficace?
En général, il ne faut pas acheter de médicaments en ligne depuis la Chine ou l’Inde. Le risque est qu’ils contiennent peu, voire pas du tout, de substance active.
La greffe constitue une alternative au traitement médicamenteux. Cette solution convient-elle à tout le monde?
Oui, normalement. On prélève des follicules à l’arrière du crâne — qui, pour des raisons encore mal comprises, sont insensibles à la testostérone responsable de la chute héréditaire — et on les transplante à l’avant. Mais cela signifie aussi qu’il y a moins de cheveux à l’arrière, même si les follicules sont souvent divisés en deux.
Sinon, le résultat peut paraître artificiel, avec des cheveux qui restent à l’avant tandis qu’ils tombent à l’arrière. A l’Hôpital universitaire de Zurich, on ne propose pas ce type d’intervention, car il s’agit d’un acte purement esthétique.
On lisait autrefois beaucoup d’histoires de greffes capillaires ratées, aujourd’hui beaucoup moins. Y a-t-il moins de pratiques douteuses dans ce domaine?
On voit désormais rarement des complications, mais ces interventions restent peu fréquentes. Même à Zurich, seuls quelques médecins les proposent. La demande n’est donc pas très élevée.
Certains se rendent toutefois à l’étranger, notamment en Turquie, qui en a fait sa grande spécialité. Ces offres sont-elles sérieuses?
Certaines exigences y sont moins strictes qu’en Suisse. Il peut y avoir des lacunes en matière d’hygiène, de qualification du personnel, ou encore de suivi et de conseil. Si l’on choisit cette option, il vaut mieux s’adresser à un praticien disposant d’une formation sérieuse. Cela coûte alors entre 8000 et 10 000 francs.
Autre alternative au minoxidil: le finastéride. Pris sous forme de comprimé, il peine toutefois à s'imposer. Est-ce à cause des effets secondaires?
Le finastéride bloque l’action de la testostérone au niveau du follicule pileux et a provoqué des effets secondaires d’ordre sexuel chez environ 4% des patients — baisse de libido, troubles de l’érection et de la puissance. Il existe aussi ce que l’on appelle le syndrome post-finastéride, selon lequel ces effets pourraient persister après l’arrêt du traitement. Mais le lien avec le médicament reste controversé et non prouvé.
Vous le déconseillez donc?
À l’Hôpital universitaire, on recommande clairement le minoxidil: il est moins cher, la solution à 5% est plus efficace et les effets secondaires sont quasi inexistants. Cela dit, il faut préciser que les hommes prennent souvent le finastéride vers 50 ou 60 ans, âge auquel des troubles de l’érection surviennent pour d’autres raisons. Mais en tant que médecin, je ne souhaite pas être tenu «responsable» après avoir prescrit ce médicament.
Les études sur le sujet révèlent aussi un effet placebo. Dans toutes les études cliniques, il existe un effet placebo, ce qui montre que certaines choses — comme la chute de cheveux chez les femmes — peuvent aussi disparaître spontanément ou évoluer par phases. Mais le minoxidil a été comparé à un placebo. Il s'est avéré nettement plus efficace.
La pousse des cheveux varie-t-elle selon les saisons?
Absolument. C’est comparable aux animaux avec leur pelage d’été et d’hiver. En hiver, nous avons légèrement plus de cheveux sur la tête qu’en été.
En Suisse, l’entreprise pharmaceutique Cosmo développe un médicament, présenté par certains analystes comme la plus grande innovation contre la perte de cheveux depuis 25 ans. Quelle est votre analyse? Ce produit est similaire au finastéride: il bloque la formation et l’action de la testostérone au niveau du follicule. Cela devrait donc fonctionner. Mais il s’applique localement. J'ai seulement lu un communiqué de presse et j’attends la présentation scientifique de Cosmo. D’ici là, je ne peux pas me prononcer.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
