Voici pourquoi les accidents d'avalanches se multiplient en Suisse
Dimanche dernier, alors que le degré de danger d’avalanche était «fort», le snowboardeur Ueli Kestenholz est décédé dans une avalanche dans le Lötschental, en Valais. Toujours dans le canton, mercredi, un skieur de randonnée a été emporté au mont Carré. Jeudi, une personne est morte près de Chamoson, et une seconde a succombé plus tard à l’hôpital. Pas plus tard que mardi 20 janvier, une autre personne a perdu la vie à Ovronnaz.
Vendredi dernier, une victime a été déplorée au Piz Badus, dans le canton des Grisons. Enfin, samedi, huit personnes sont mortes en une seule journée en Autriche lors de trois avalanches.
Un niveau de danger encore très élevé
Les gens sont-ils trop imprudents en montagne, ou est-ce que la situation est particulièrement délicate en ce moment? Nous avons posé la question à Benjamin Zweifel, du groupe de prévision des avalanches de l'Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF).
Quatre accidents d’avalanche avec cinq morts en une semaine rien qu’en Suisse. Que se passe-t-il en montagne?
Benjamin Zweifel: Le problème est qu'il n'a pas neigé pendant longtemps, jusqu'au 10 janvier, où l'on a eu une couche de 50 centimètres ou plus sur une grande partie du territoire.
Pourquoi est-ce un problème?
Durant les semaines sans neige, des grains grossiers se forment à la surface, qui n’adhèrent pas entre eux et ne se lient pas non plus à la neige fraîche.
Et pourquoi ces 50 centimètres de neige sont défavorables?
50 centimètres de neige fraîche suffisent pour provoquer des avalanches. Parallèlement, c'est une quantité assez faible pour que les skieurs continuent d'exercer une pression sur l'ancienne couche. Si un mètre de neige était tombé d'un coup, ce ne serait plus le cas après quelques jours seulement.
Pourtant, après plus d’une semaine, le degré de danger d’avalanche reste «marqué». Combien de temps cela va-t-il durer?
Cela peut encore durer longtemps. La situation pourrait changer s'il y avait de fortes chutes ou si la pluie s'infiltrait dans la couche jusqu'à la neige ancienne.
Mais le danger d'avalanche diminue lentement, car la neige fraîche se transforme progressivement. Avec le temps, la nouvelle couche se compose de grains plus gros et devient plus molle. Elle ne peut donc plus se décrocher aussi facilement sous forme de plaque.
Les skieurs de randonnée qui ont déclenché des avalanches dans le Valais et dans le canton des Grisons évoluaient-ils sur des terrains raides?
Il n'y a pas d'avalanches sur des pentes inférieures à 30 degrés, même en cas de danger «élevé» comme c'était le cas dimanche dernier. Seules des coulées atteignent des zones plus plates, tout au plus.
Donc ces sportifs ont-ils été trop imprudents?
Je ne pense pas. On nous a signalé que de nombreuses pentes raides du Valais n'avaient pas été empruntées, car elles ne présentaient aucune trace.
Qu'est-ce que vous voulez dire?
Le danger d’avalanche est très visible pour les sportifs d’hiver expérimentés: on voit des plaques de neige déjà parties dans le terrain, des déclenchements à distance, on entend des bruits sourds («woum») lorsque le manteau neigeux s’affaisse.
Où les skieurs de randonnée ont-ils meilleur temps de pratiquer leur sport?
Sur des terrains dont la pente ne dépasse pas 25 degrés, à condition qu'il y ait de la neige. Ou bien ils peuvent privilégier le ski de fond ou le ski sur les pistes.
Qu'implique la présence d'une couche fragile de neige ancienne pour la saison très prisée du ski de randonnée au printemps?
En avril et en mai, les premières eaux de fonte qui pénètrent la couche de neige jusqu'à la couche fragile peuvent entraîner de nouveaux risques d'avalanches. Mais ceux-ci dépendent du moment de la journée.
Traduit de l'allemand par Anne Castella
