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Privé de clim, cet EMS neuchâtelois affronte la canicule

En arrière-fond, l'EMS Les Charmettes de Neuchâtel frappé par la canicule, avec une annexe actuellement en construction. Au premier plan, une dame (image d'illustration).
En arrière-fond, l'EMS Les Charmettes de Neuchâtel frappé par la canicule, avec une annexe actuellement en construction. Au premier plan, une dame (image d'illustration).image: montage watson

Cet EMS romand affronte la canicule sans climatisation

Aux Charmettes, home médicalisé de Neuchâtel sans climatisation, le personnel et les résidents font face à la canicule. Rencontres et témoignages.
25.06.2026, 18:5425.06.2026, 20:46

Les robes et chemisettes font comme une seconde peau tant elles sont fines. La pause quotidienne des employés a été allongée de vingt minutes. La sortie au bord du lac a été annulée la semaine dernière. L’EMS des Charmettes, à flanc de coteau sur les hauteurs de Neuchâtel, vit à l'heure de la canicule.

Ce 24 juin, à 14 heures, l’infirmière-cheffe, Stéphanie Froidevaux, et son adjointe, Helena Ludwig, nous accueillent dans la salle Edouard Dubois, du nom du négociant qui a légué sa fortune au canton à la condition qu’il fasse de sa propriété un asile pour vieillards, comme on disait à la fin du 19ᵉ siècle. Le portrait du bienfaiteur, une toile peinte à l’huile dans un cadre doré, accompagne l’exposé de la situation – la chaleur extrême fait dériver les mots vers un lexique adapté aux crises.

L'infirmière-cheffe Stéphanie Froidevaux (à gauche) et son adjointe Helena Ludwig.
L'infirmière-cheffe Stéphanie Froidevaux (à gauche) et son adjointe Helena Ludwig.image: watson

«Il faut être beaucoup plus attentif»

A chaque poussée anormale des températures resurgit le souvenir, déjà ancien, de la canicule de 2003. Elle avait provoqué une hausse significative des décès dans les homes médicalisés. La Suisse n’avait pas fait exception.

«Il faut être beaucoup plus attentif», répond Stéphanie Froidevaux à la question des risques accrus de mortalité. Les Charmettes hébergent 113 personnes âgées, en long ou court séjour. Le doyen est une doyenne, 98 ans. «Nous n’avons pas de centenaire en ce moment», constate l’infirmière-cheffe. Le personnel compte 160 salariés, dont la moitié est dévolue aux soins.

Lorsque l’actuel EMS a été ajouté à la demeure bourgeoise du fondateur, il y a 42 ans, nul n’envisageait les phénomènes caniculaires d’aujourd’hui. Résultat, les chambres des résidents donnent au sud, face au lac et aux Alpes. Il a fallu colmater les baies vitrées et leur vue plongeante d’habitude si agréable avec de grands rideaux noirs. Les Charmettes n'ont pas la climatisation. La seule pièce climatisée est la salle du Reposoir, où se tiennent les cérémonies religieuses.

Stéphanie Froidevaux, directrice des soins aux Charmettes depuis 2023:

«Les ventilateurs dans les couloirs sont ceux de l’institution, il y en a aussi dans les chambres, mais ils sont amenés par les familles des résidents»
Stéphanie Froidevaux

Tous les matins, l’infirmière-cheffe d'origine jurassienne et son adjointe venue de Suisse alémanique passent dans les «unités pour rappeler les consignes». L’hydratation est la première préoccupation. L'épiderme des personnes demeurant alitées est régulièrement hydraté avec des serviettes humides. Des résidents rechignent à boire. Il faut insister.

Soupes froides et distributions de glaces

Des soupes froides façon gazpacho ont fait leur apparition dans les menus. Certains résidents s’en détournent. «Cela n’entre pas dans leurs habitudes, ils préfèrent les propositions habituelles, faites d’une viande ou d’un poisson, d’un féculent et d’un légume, mais les distributions de glaces dans la journée ont beaucoup de succès», relate Stéphanie Froidevaux.

Son adjointe Helena Ludwig ajoute:

«Nous préparons des boissons isotoniques à base de citron et de menthe pour reconstituer les sels trop vite perdus avec la chaleur»
Helena Ludwig

On quitte la salle Edouard Dubois pour se rendre dans les étages. On traverse avant cela l'immense réfectoire du rez-de-chaussée, avec sa grande télé branchée sur les cartes météo écarlates de RTS2, et, au plafond, sa farandole des fanions des pays participant à la Coupe du monde. «Plutôt que de regarder les matchs en chambre, des résidents préfèrent les voir sur l’écran géant de la salle du bas», rapporte Stéphanie Froidevaux, précisant qu'aux Charmettes, «les horaires de coucher et de lever sont libres».

Edmée Dell'Acqua, résidente aux Charmettes.
Edmée Dell'Acqua, résidente aux Charmettes.image: watson

L'ascenseur fait halte au cinquième étage, celui des séjours longs. Edmée Dell’Acqua, dont il faudra songer à écrire correctement le nom de famille indiqué sur la porte de sa chambre, avec un grand «A» et non un petit, avise l'infirmière cheffe, a une «bonne excuse» pour ne pas regarder la coupe du monde à la télé. «Le soir, à 7h30, j’ai les paupières qui se ferment», dit-elle, assise dans une chaise roulante à la table des jeux de société située dans les parties communes.

Et la chaleur, Madame? «Je tiens le coup, ça va, et j’ai bien aimé la soupe froide, le gazpacho»
Edmée Dell’Acqua

Souriante, l’œil vif, de l’humour, Edmée Dell’Acqua a 92 ans. Neuchâteloise depuis cinquante ans, elle est originaire de Corgémont, dans le Jura bernois, le «Jura», dit-elle, allant au plus court. Son mari, qui était un résident des Charmettes, est décédé au mois d’avril. Mère, grand-mère, arrière-grand-mère, elle reçoit de la visite plusieurs fois par semaine. Sa fille tient l’atelier tricot des Charmettes.

«Mes enfants m’emmènent parfois au centre de Neuchâtel, à la rue du Seyon, on va au restaurant»
Edmée Dell’Acqua

Bien qu'ayant la télé dans sa chambre, elle la regarde peu, sauf «les sports d’hiver, le ski et le hockey». «J’aime bien lire, ajoute-t-elle. En ce moment, je lis un livre sur la famille princière de Monaco.» Edmée Dell’Acqua «apprécie toutes les saisons». «Chacune d’elles a son apport, l’automne, surtout, avec ses couleurs. Mais cet été, il fait trop chaud.»

Robin, le civiliste

Au cinquième étage d'Edmée Dell'Acqua, «il fait 26 degrés, au sixième, le dernier, il fait encore plus», assure Robin Burki, en t-shirt et bermuda. Ce jeune homme de 21 ans est un civiliste affecté aux Charmettes en tant qu’animateur. Comme cette activité lui plaît beaucoup, il enchaînera en août avec un apprentissage de trois ans dans le même domaine. «J’ai une formation de menuisier, mais je ne me voyais pas toute ma vie sur les chantiers», confie-t-il.

Robin Burki, civiliste, animateur.
Robin Burki, civiliste, animateur.image: watson

La menuiserie lui est toutefois utile. «J’ai proposé à la direction des Charmettes d’animer un atelier bricolage et ça a été accepté», dit-il avec un beau sourire.

«J’aime bien mon travail ici, ça me plaît. Il y a un côté assez touchant d’être avec des personnes souvent seules»
Robin Burki

L’animation, ce ne sont pas que des concerts, des sorties ou encore du bricolage. Le plus souvent, il s'agit d'être à l'écoute des résidents. Leur mélancolie trouve alors une oreille.

«Au moins un étage»

Avec cette canicule de juin, et celles à venir peut-être cet été, Robin Burki trouve que la climatisation manque: «Il faudrait qu’au moins un étage en soit équipé. Où l’on pourrait faire les activités sans que la chaleur pèse trop.» Le civiliste et futur apprenti animateur en est à «trois petites bouteilles d’eau par heure».

Nadine a «une totale confiance» dans le personnel des Charmettes. Cette dame d’une cinquantaine d’années y a sa mère, Rosemarie. Agée de 77 ans, elle est atteinte de la maladie de Parkinson. Comme Edmée Dell’Acqua, Rosemarie est neuchâteloise et résidente du cinquième étage. «Il n’y a pas d’air dans la chambre», note sa fille, pas forcément acquise à la climatisation.

«La clim n’est paraît-il pas très bonne sur un plan écologique, mais là, il faut bien le constater, cette chaleur n’est pas normale»
Nadine

«Je viens voir maman tous les mercredis et dimanches. Avec la canicule, on reste à l’intérieur.» Intervenante à domicile dans le circuit Pro Infirmis, Nadine côtoie chaque jour des personnes en situation de handicap.

Nadine (à droite) et sa maman, Rosemarie.
Nadine (à droite) et sa maman, Rosemarie.

Retour dans le réfectoire du rez-de-chaussée, l’endroit le plus tempéré de l’EMS, presque frais. A l’une des tables rondes de la vaste pièce, Domenico Natali et un couple d’amis venus lui rendre visite. L’accent italien – «je ne suis pas corse», fait-il, jouant l’offense après qu’on s’est trompé sur son origine –, cet homme de 93 ans à la gouaille sympathique dit être originaire de Toscane.

Domenico Natali, en séjour court aux Charmettes.
Domenico Natali, en séjour court aux Charmettes. image: watson

Pas de clim au programme

Domenico Natali sort «demain» des Charmettes, c’est-à-dire jeudi. Son appartement de plain-pied du Landeron l'attend. Pour une nuit encore, il réside au quatrième étage, celui des séjours courts, où il est venu récupérer d’une fracture du fémur. Quand il était dans la vie active, il allait avec son camion livrer l’usine métallurgique Decker, à Cornaux, où travaillait Henri, l’homme qui lui tient compagnie avec Jeannine, ce mercredi, dans le réfectoire. Avec Domenico Natali, on a parlé du Neuchâtel Xamax de la grande époque, celle des Gress, Stielike et Heinz Hermann, si bien qu'on a zappé la canicule.

Les Charmettes, elles, s’agrandissent. Une annexe est en cours de construction. Il y aura plus de place pour les résidents. Mais la climatisation n’est toujours pas au programme, ni dans l'actuel bâtiment, ni dans le prochain.

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Video: watson
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