Ils font une découverte inestimable dans ce lac romand
Une cargaison romaine échouée au Ier siècle ap. J.-C. a été retrouvée dans le lac de Neuchâtel. Des centaines d'objets, constituant une mine d'informations inestimable, ont été identifiés, documentés puis prélevés. La richesse et la diversité de ces objets archéologiques, en excellent état de conservation, rendent cette découverte unique à l'échelle suisse et même au nord des Alpes, a-t-on appris mercredi lors d'une conférence de presse.
La cargaison se compose de plusieurs centaines de récipients en céramique. Ces plats, assiettes, coupes et bols, produits sur le Plateau suisse, ont été retrouvés intacts au fond du lac. Des récipients à huile d'olive importés d'Espagne témoignent, eux, du transport de marchandises sur des longues distances à l'époque romaine. Plus de 600 pièces en céramique ont également été retrouvées.
Le bateau reste introuvable
Le bateau chaviré entre 20 et 50 ap. J-C. transportait aussi un char romain, lui aussi resté en excellent état de conservation. C'est une découverte unique au niveau suisse. La présence d'armes, en l'occurrence des glaives, laisse par ailleurs penser que le navire naufragé était une embarcation civile marchande. Des légionnaires étaient également à bord.
Cette importante cargaison permet à Fabien Langenegger, archéologue-dendrochronologue à l'Office de l'archéologie cantonale de Neuchâtel (OARC) et responsable de l’opération, de dire que ce bateau était parti pour un trajet relativement long. «Je ne sais pas où ils allaient, mais ils devaient sûrement parcourir certains tronçons par voie terrestre», avance-t-il. D'où la présence du char.
Si toute la cargaison est bien présente au fond du lac, le bateau n'a pas été retrouvé. «On le cherche», assure Fabien Langenegger.
La prospection par plongée se poursuit, mais l'embarcation a peut-être été complètement démolie. Dans ce cas, elle serait impossible à retrouver.
Une «passerelle» historique
La cargaison a été découverte grâce à une photographie aérienne prise en novembre 2024, dans le cadre du monitoring sanitaire des fonds lacustres et du patrimoine immergé réalisé par l'OARC. Pour les scientifiques, ses composantes sont une source d'information inestimable. Elles permettront des recherches sur les réseaux d'échanges, les savoir-faire techniques, les ateliers de fabrication de céramique ou encore la commercialisation des produits manufacturés.
«On n'a l'impression que l'on nous tend une passerelle vers 2000 ans avant notre ère, c'est vraiment incroyable», s'est réjouie la cheffe du Service de la culture du canton de Neuchâtel, Marie-Thérèse Bonadonna.
Les fouilles sont menées sous la conduite de l'OARC, en collaboration avec la fondation Octopus et le Service archéologique de l'Etat de Fribourg.
Une cargaison fragile
Les résultats de ces investigations seront mis en valeur au Laténium à Hauterive (NE). Pour garantir leur accessibilité au public, les différents objets devront d'abord passer par un processus de prise en charge et de traitement en conservation-restauration.
Dans l'immédiat, la cargaison doit être protégée, car elle reste très fragile. Bien qu'elle soit en excellent état de conservation, elle se trouve en effet confrontée à plusieurs facteurs de destruction, comme l'érosion des fonds lacustres ou l'ancrage de bateaux de plaisance, et n'est pas à l'abri d'actes de malveillance et de pillage. Les objets les plus vulnérables ont d'ailleurs déjà été prélevés. (jzs/ats)
