Suisse
Police

Cette cave du tireur présumé d’Aarau n’est pas sous scellés

«Enfant, il parlait à peine»: le passé du tireur jurassien présumé se précise

Julien G., 43 ans, évitait les autres et a longtemps vécu chez ses parents. Personne ne l’aurait imaginé capable d’une telle tuerie. Dans le village, on s'interroge.
04.09.2026, 05:3304.09.2026, 07:23
Andreas Maurer, Benno Kälin / ch media

Julien G., l’auteur présumé de la tuerie d’Aarau, a grandi dans un petit immeuble à Corban, dans une région reculée du canton du Jura. La solidarité est forte dans ce village, où presque tout le monde se connaît. Julien G., lui, vivait à l’écart et n’avait pratiquement aucun contact.

Son isolement était déjà perceptible à l’école primaire. Une enseignante se souvient:

«Julien était l’enfant le plus timide de la classe. Il parlait à peine»

Il ne s’adressait à ses camarades ou à son enseignante que lorsque cela était nécessaire. Son caractère très introverti le distinguait déjà des autres enfants. Ses résultats scolaires étaient en revanche dans la moyenne.

Après l’école, il a eu de la peine à trouver sa place dans le monde professionnel. Il a commencé des apprentissages de boucher et d’électricien. Ces derniers temps, il n’avait toutefois plus d’activité professionnelle régulière. Il quittait son domicile à des heures inhabituelles au volant de sa voiture blanche, souvent au beau milieu de la nuit.

Sa mère lui avait trouvé un appartement

Julien G. a grandi dans un paysage idyllique, mais aussi dans un milieu aisé. Son père était cadre dans une grande banque suisse. Dans le village, on le surnomme «le directeur de banque». Les habitants le décrivent comme un homme aimable, qui le reste même lorsqu’un journaliste vient une nouvelle fois sonner à sa porte. «Non merci», répond-il avant de refermer.

Jusqu’il y a environ deux ans, Julien G. vivait encore chez ses parents. Sa mère lui a ensuite trouvé un petit appartement à Montsevelier, le village voisin. Il pouvait garer sa voiture blanche — vraisemblablement une Toyota Yaris, et non une camionnette comme l’avait indiqué la police — près de la fontaine devant la maison.

Le tireur présumé de la tuerie d'Aarau vivait dans le village jurassien de Montsevelier. watson y était en reportage le 3 septembre 2026.
Le logement au rez-de-chaussée.Image: watson

Quelques pas lui suffisaient alors pour regagner son logement sans croiser personne. Il disposait de sa propre entrée, tandis que ses voisines passaient par d’autres côtés du bâtiment. Visiblement une configuration idéale pour lui, puisqu’elle lui permettait de réduire ses contacts sociaux au strict minimum.

Par ici pour connaître la vie du tireur présumé ces derniers mois 👇

Ses voisines affirment ne l’avoir presque jamais vu ni entendu en deux ans. Il recevait peu de visites, n’écoutait pas de musique forte et sa télévision ne s’entendait jamais.

Les voisines de Julien G.
Les voisines de Julien G.Image: ch-media

Elles remarquaient surtout sa présence lorsqu’il sortait fumer une cigarette devant chez lui. Il remontait alors les épaules, comme s’il cherchait à s’y cacher. Lorsqu’elles le saluaient d’un «bonjour», il rentrait aussitôt dans son appartement, sans leur laisser le temps de lui poser une question. Elles le décrivent comme «aussi farouche qu’un animal sauvage». Il vivait dans son monde, coupé des autres.

Les habitants qui vivaient plus loin le décrivent comme «presque invisible». Dans le village, il menait une existence de fantôme. Personne ne dit pourtant du mal de son passé. Julien G. était un homme solitaire, qui vivait replié sur lui-même. Son comportement intriguait, mais il ne dérangeait personne. Tout a changé mercredi à 16 heures, lorsque des policiers en civil sont venus placer des scellés sur l’entrée arrière de son logement. Ils ont déclaré à ses voisines:

«Vous ne reverrez probablement pas cet homme avant très longtemps»

Ils n’ont donné aucune autre information et n’ont posé aucune question. Ils auraient pourtant pu apprendre qu’une autre porte devait peut-être être mise sous scellés: Julien G. louait également une cave. Celle-ci est verrouillée et ses voisines ignorent ce qu’elle contient.

La porte de devant.
La porte de devant.image watson

Elles n’auraient, d'ailleurs, jamais imaginé qu’il conservait chez lui une kalachnikov officiellement enregistrée et deux pistolets. En entendant ce que leur annonçaient les policiers, elles ont d’abord pensé que Julien G. avait eu un accident et qu’il resterait longtemps à l’hôpital.

Le trajet présumé de Julien G.

Le trajet présumé de Julien G.
Image: ch-media

Ce n’est que mercredi soir qu’elles ont appris, sur la RTS, que «l’auteur de la tuerie d’Aarau» vivait là. L’homme s’était présenté lundi vers 1 heure du matin au poste de police de Delémont.

Un village qui philosophe

Jeudi matin, sept hommes et trois femmes sont assis dans l’épicerie de Montsevelier. Une table installée à côté des rayons fait aussi de ce commerce l’unique restaurant du village et une sorte de salon pour ses aînés. De nombreuses tasses de café et quelques chopes de bière sont posées sur la table.

Autour de la table, la discussion porte sur ces petits événements qui peuvent changer un lieu à jamais: les étincelles d’un cierge magique qui déclenchent un incendie, ou le caractère introverti d’un homme discret qui finit soudain par exploser.

Les habitués de l’épicerie philosophent:

«De tels drames peuvent arriver n’importe où»

Les voisines de Julien G. continuent de laisser leur porte ouverte. Elles confient néanmoins:

«Heureusement qu’il est en prison»

(adapt. jah)

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Video: watson
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