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Climat: la faîtière des alpages suisses veut créer des lacs de retenue

Face au manque d’eau, la faîtière des alpages veut des lacs de retenue

Pour le conseiller national Ernst Wandfluh (UDC/BE), le changement climatique nécessitera de créer des lacs de retenue afin d'assurer l'approvisionnement des alpages en eau durant l'été ...
Pour le conseiller national Ernst Wandfluh (UDC/BE), le changement climatique nécessitera de créer des lacs de retenue afin d'assurer l'approvisionnement des alpages en eau durant l'été.Image: Keystone / Montage Watson
La sécheresse se ressent particulièrement en altitude, où les alpages manquent d'eau. Leur faîtière demande la création de lacs de retenue, comme pour les canons à neige.
05.07.2026, 21:0005.07.2026, 21:00
Christoph Bernet

La sécheresse se poursuit en Suisse et les récents orages n’ont apporté aucun véritable répit. Selon le dernier bulletin publié jeudi par la Confédération, 26 des 38 régions du pays sont en situation de «sécheresse extrême», tandis que deux autres connaissent une «très forte sécheresse».

A propos de la sécheresse actuelle 👇

Sur le versant nord des Alpes, les précipitations enregistrées au cours des trois derniers mois sont inférieures de 45 à 61% aux valeurs normales. Aucune période prolongée de pluie n’est en vue. La Confédération s’attend donc à une aggravation de la situation.

La sécheresse devient également problématique dans les alpages, où l’approvisionnement en eau est de plus en plus menacé. Il y a peu, la Société suisse d’économie alpestre (SSEA) a ainsi appelé les exploitants d’alpages «à revoir de toute urgence leurs infrastructures». En rappelant les précédentes années de sécheresse, la SSEA a souligné que «même des régions alpines traditionnellement bien arrosées peuvent se retrouver confrontées à une pénurie d’eau».

Les conséquences de l'hiver

Outre le manque de précipitations de ces derniers mois, les faibles chutes de neige de l’hiver et du printemps derniers contribuent à la situation tendue dans les alpages, explique Manfred Stähli, hydrologue spécialisé dans les régions de montagne à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).

Contrairement aux exploitations agricoles du Plateau, l’approvisionnement en eau des alpages dépend beaucoup plus fortement des variations à court terme. Manfred Stähli explique:

«Dans certains alpages où aucun problème d’approvisionnement en eau n'avait été rencontré pendant des années, cette réalité est sans doute tombée dans l’oubli et une certaine insouciance s’est installée»

Les recherches montrent toutefois clairement que les régions alpines devront s’adapter à une situation qui se produira plus fréquemment, combinée à des périodes de sécheresse estivales plus longues. Cela pourrait entraîner le tarissement de sources qui alimentaient les exploitations de manière fiable depuis de nombreuses années, ainsi que l’assèchement de certains ruisseaux.

Le changement climatique se ressent en altitude

En tant que président de la SSEA, le conseiller national Ernst Wandfluh (UDC/BE) est le principal représentant des exploitants d’alpages en Suisse. Son bétail passe l’été à l’alpage d’Ueschinen, au-dessus de Kandersteg (BE), l’une des plus grandes exploitations alpestres de Suisse. Il affirme:

«Dans les alpages, nous ressentons clairement les effets du changement climatique»

Celui-ci se manifeste notamment par des sécheresses estivales qui commencent plus tôt, des quantités de neige plus faibles et une fonte des neiges plus précoce. Il poursuit:

«Cela complique de plus en plus l’approvisionnement en eau»

Des lacs comme pour les canons à neige

Pour garantir cet approvisionnement, il faut explorer de nouvelles solutions. Le Bernois pense notamment à des lacs de retenue semblables à ceux construits dans les stations de ski pour alimenter les installations de neige artificielle. Selon lui:

«Pour cela, les procédures d’autorisation doivent être simplifiées et, le cas échéant, la protection du paysage devra passer au second plan»

Compte tenu des «effets positifs incontestés» de l’économie alpestre sur le tourisme, le paysage, la biodiversité et l’approvisionnement du pays, cette approche lui paraît justifiée.

Qui paierait la facture?

Mais, comme souvent en politique agricole, la question est aussi financière. Les mesures destinées à garantir l’approvisionnement en eau, comme la création de nouveaux captages de sources, de réservoirs ou de citernes, sont complexes, coûteuses et, pour les petites exploitations alpestres en particulier, financièrement inabordables. Ernst Wandfluh réclame:

«L’Etat doit soutenir les exploitants d’alpages»

Il demande une augmentation des contributions non remboursables ainsi qu’un renforcement des moyens alloués au Fonds de roulement de la Confédération destiné à l’agriculture. Ce fonds permet aux agricultrices et agriculteurs d’obtenir des prêts sans intérêt ou à taux réduit pour financer des mesures structurelles ou faciliter la reprise d’une exploitation.

En juin, les représentants du monde agricole au parlement avaient tenté d’obtenir un renforcement du Fonds de roulement lors des débats sur l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Ils avaient présenté cette demande comme une mesure destinée à compenser les importations exemptées de droits de douane de denrées alimentaires en provenance d’Amérique du Sud. Leur tentative a toutefois échoué.

Au final, une majorité composée de l’UDC, de parlementaires du Centre proches des milieux agricoles ainsi que de la gauche et des Verts a rejeté l’accord de libre-échange.

Des liquidités qui baissent rapidement

Selon la Confédération, les liquidités du fonds ont diminué plus rapidement que prévu et seront entièrement épuisées au cours de l’année. L’élargissement de son champ d’application a entraîné une hausse du nombre de demandes acceptées ces dernières années, sans que les ressources financières du fonds ne soient augmentées en conséquence.

Ce manque de liquidités a des conséquences concrètes. En janvier, le Conseil fédéral a décidé de réduire les crédits d’investissement ainsi que les délais de remboursement. Faute de moyens suffisants, plusieurs cantons affichent désormais des délais d’attente de plusieurs années avant le versement des crédits.

Cette situation explique l’urgence de l’appel lancé par la SSEA. Pour réaliser des investissements pertinents dans l’approvisionnement en eau, il faut disposer d’observations sur le long terme, sur une période de deux à trois ans, écrit-elle. Si, en plus, il faut ensuite attendre plusieurs années avant d’obtenir le financement, les étés passés sur les alpages risquent de devenir encore plus secs. (trad. btr/az)

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