La Confédération bloque les vaches en Romandie et c'est un problème
Le bétail suisse n'est plus autorisé à estiver à l’étranger par crainte de la dermatose nodulaire contagieuse bovine. La recherche de solutions de remplacement en Suisse s'avérant difficile, la pression monte pour obtenir des aides financières aux exploitations concernées.
La Suisse romande durement touchée
Pour environ 6000 des 1,5 million de bovins suisses, l'été se déroulera sans séjour en France. Le 16 février dernier, le Conseil fédéral a en effet décrété une interdiction d’estivage dans les alpages français. Des animaux de 260 exploitations agricoles, qui passaient jusqu’ici les mois d’été sur des pâturages alpins situés en France voisine, sont concernés, principalement de Suisse romande. En cause: la dermatose nodulaire contagieuse bovine.
L’été dernier, plusieurs foyers de cette maladie bovine transmise par des insectes ont été recensés en Italie, en Espagne et en France, y compris à proximité de la frontière suisse. Parmi les symptômes figurent l’apathie, la fièvre, le gonflement des ganglions lymphatiques et de gros nodules cutanés fermes. Les animaux s’alimentent également beaucoup moins et leur production de lait chute fortement.
La dermatose nodulaire contagieuse bovine n’est que rarement mortelle et elle est sans danger pour l’être humain. Les autorités ont néanmoins réagi par des mesures drastiques: dans les exploitations touchées, des troupeaux entiers ont été abattus. En cas de propagation de la maladie, d’importantes pertes économiques sont redoutées. Le Royaume-Uni, par exemple, a interdit les importations de fromages au lait cru français en réaction aux contaminations enregistrées en France.
Une compensation financière pourrait arriver
Grâce à des campagnes de vaccination dans les régions frontalières et à des restrictions sur le transport des animaux, les autorités suisses sont jusqu’à présent parvenues à empêcher l’introduction de la maladie. Elles espèrent y parvenir également cet été, notamment grâce à l’interdiction d’estivage.
En février, le Conseil fédéral avait exclu toute compensation financière pour les exploitations concernées, faute de base légale. Cette position suscite toutefois une opposition croissante: moins de dix jours après l’annonce de l’interdiction, la commission compétente du Conseil national a transmis à l’unanimité une motion demandant la création d’une base légale en ce sens.
Il y a trois semaines, le Conseil fédéral s’est déclaré prêt à mettre en œuvre cette demande. La motion devrait être examinée en juin par le Conseil national. Si la Chambre du peuple l’accepte, comme attendu, l’administration fédérale élaborera un projet correspondant.
«Les autorités se cachent derrière leur bureau»
Cette aide arrivera toutefois trop tard pour les exploitations qui ne pourront pas envoyer leurs troupeaux en France cet été. Didier Pradervand, président de la Fédération genevoise d’élevage bovin et lui-même concerné par l’interdiction, affirme être conscient que les processus politiques prennent du temps mais, selon lui, la Confédération disposerait de suffisamment de moyens pour créer un fonds destiné aux cas de rigueur sans bureaucratie:
Pour ses propres animaux, l’agriculteur a trouvé des solutions de remplacement en Suisse. Selon ses estimations, environ 50% des animaux concernés dans le canton de Genève n’ont cependant toujours pas de solution.
Si les agriculteurs ne trouvent pas de place dans les alpages suisses, leurs animaux devront passer l’été dans leur propre exploitation. Ils devront alors acheter du fourrage supplémentaire ou faire paître leurs vaches sur des terrains normalement destinés à la production de foin ou d’ensilage pour l’hiver, explique Sylvain Freymond, conseiller national UDC vaudois et agriculteur .
Les contraintes augmentent pour tout le monde
Et même pour ceux qui ont trouvé des places dans des alpages suisses, les contraintes sont plus importantes, toujours selon Sylvain Freymond:
L’entretien des pâturages alpins en France demande également du travail. Certains sont occupés par des moutons, d’autres par des bovins français. Sylvain Freymond estime que, dans le canton de Vaud, des solutions de remplacement ont jusqu’ici été trouvées pour la moitié des 4500 animaux concernés environ.
La situation semble meilleure dans le canton du Jura, selon François Monin. Des solutions ont été trouvées pour «la très grande majorité des 700 animaux concernés», explique le directeur de l’Union des paysans jurassiens. Il salue le «fort signal politique en faveur d’une compensation financière» envoyé par la motion de commission adoptée à l’unanimité ainsi que par le soutien du Conseil fédéral. François Monin espère que des indemnisations pourront bientôt être versées.
Les moustiques passent la frontière
Plusieurs cantons romands ont adressé une lettre commune à l’Office fédéral de l’agriculture (Ofag) afin d’accélérer le processus. Ils y demandent des directives uniformes concernant les dérogations applicables aux paiements directs.
L’Ofag confirme que les cantons ont été informés par écrit à la mi-avril des clauses d’exception liées aux cas de force majeure et aux restrictions relevant du droit sur les épizooties. L’ordonnance concernée prévoit que, dans de telles situations, les cantons peuvent renoncer à réduire les paiements directs, même lorsqu’une exploitation ne remplit pas toutes les exigences requises.
Ainsi, une exploitation peut ne pas satisfaire à un programme de bien-être animal parce que ses bovins ne sont pas autorisés à estiver dans les alpages français, tout en continuant à percevoir l’intégralité des contributions liées au bien-être animal. En revanche, selon l’Ofag, des compensations supplémentaires pour les charges accrues, comme l’achat de fourrage, ne sont pas possibles pour l’instant en raison de l’absence de base légale.
Selon certaines informations, les autorités françaises s’attendent également à de nouveaux foyers de dermatose nodulaire contagieuse bovine cet été. Les représentants agricoles romands interrogés espèrent que la maladie pourra être maintenue hors de Suisse. Mais aucune garantie n’existe, avertit le conseiller national UDC Sylvain Freymond:
(btr/az)
