La Suisse veut relancer le nucléaire: voici l’addition
La Suisse a rouvert la porte au nucléaire. En juin, le Parlement a adopté un projet visant à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales, décidée dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050. Le retour de l’atome reste toutefois incertain, puisqu’un référendum a été annoncé.
Alors que le débat politique est relancé, une question essentielle demeure: combien coûterait une nouvelle centrale? Il faudrait débourser au minimum 14 milliards de francs, mais l’addition pourrait grimper jusqu’à 43 milliards, selon un rapport des Académies suisses des sciences publié vendredi.
En outre, financer un tel projet nécessiterait très probablement un soutien public important. Le rapport souligne qu'ailleurs dans le monde, les investisseurs privés se sont engagés récemment dans la construction de centrales nucléaires uniquement quand l'Etat prenait en charge une part importante du financement.
Pourquoi ce prix?
Le prix d'une nouvelle centrale nucléaire estimé par les Académies suisses des sciences varie grandement, car il reflète non seulement l'évolution des coûts observée jusqu'ici lors de la construction de centrales, mais aussi celle qui est «théoriquement» attendue dans les années à venir et qui dépend de nombreux facteurs.
Le scénario le plus bas suppose que les constructeurs auront pu réaliser d'importantes économies dans la réalisation de centrales nucléaires de dernière génération refroidies à l'eau, en simplifiant la conception des réacteurs. Ces installations sont en effet d'une grande complexité technique.
Feront inévitablement gonfler la facture finale:
- Une planification inachevée avant l'ouverture du chantier, des chaînes d'approvisionnement instables
- Des modifications apportées à la conception pendant la construction.
- De nouvelles exigences en matière de sécurité et d'autorisation d'exploitation durant les travaux
Qui pour construire?
Le choix de l'éventuel fournisseur pèsera également dans la balance. Le rapport écarte d'emblée les sociétés chinoises et l'entreprise publique russe Rosatom pour des raisons tenant notamment à des considérations géopolitiques. Resteraient dans la course EDF/Framatome (France) et Westinghouse (Etats-Unis).
Dans les projets réalisés jusqu'ici par ces deux entreprises, les coûts et les délais de construction prévus ont à chaque fois été «largement» dépassés, rappellent les Académies suisses dans un communiqué. A Flamanville (F), par exemple, il aura fallu attendre 17 ans au lieu des 5 initialement annoncés pour achever la centrale.
Les représentants de l'industrie nucléaire s'attendent toutefois à ce que les coûts de construction diminuent pour les prochains projets. Les prix pourraient surtout baisser si plusieurs réacteurs de même conception étaient construits dans des conditions et règles identiques, comme on pourrait le faire à un niveau européen.
Un long processus
Si la Suisse se lance dans la construction d'une centrale nucléaire, il faut s'attendre à dix ans de travaux avant de pouvoir y produire de l'électricité. Selon les Académies suisses des sciences, si un tel chantier s'ouvre au début des années 2040. L'appel d'offres devrait être alors lancé au début des années 2030.
Toute cette procédure devrait être précédée d'adaptations législatives. Il faudrait déjà lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse et une loi sur le soutien financier de l'Etat devrait être élaborée et acceptée par le Parlement ainsi que par la population.
Le rapport ne croit pas à la solution des petits réacteurs modulaires comme alternative plus économique à une centrale dotée d'un réacteur d'une puissance d'environ 1,5 GW. Il n'existe en effet pas de données empiriques suffisamment solides pour affirmer que ces petits réacteurs pourront être construits à moindre coût, un jour. (jah/ats)
