C'était du jamais-vu à Berne, ce mercredi matin: dans le hall du Palais fédéral, un parlementaire en est venu aux mains avec la sécurité. Et pas n'importe quel parlementaire: le conseiller national zougois Thomas Aeschi, chef de groupe UDC aux Chambres, un des hommes les plus puissants du parti.
A quelques mètres de là, le président du parlement ukrainien, Rouslan Stefantchouk, posait avec son homologue suisse, Eric Nussbaumer (PS/BL), à la tête du Conseil national. L'homme est en visite en Suisse et a été invité au Palais fédéral en marge du sommet du Bürgenstock.
Membre du groupe UDC, Roger Golay n'a que peu apprécié l'altercation entre son chef et l'agent de Fedpol. Le conseiller national MCG est particulièrement remonté.
Celui qui est aussi ancien maréchal de gendarmerie à Genève s'y connaît en sécurité. Il est aussi l'ancien président de l’Union syndicale des polices romandes et de l’Union du personnel du corps de police genevois. «En tant qu'élus, être entravés de la sorte dans nos déplacements à l'intérieur du Palais fédéral, ce n'est pas possible. D'autant plus que nous n'avions pas reçu d'informations sur le bouclage de cette zone.»
Les Services du Parlement indique que les bureaux du Conseil national et des Etats avaient été informés de cette visite. Ils expliquent qu'ils ne voulaient prendre aucun risque lors de la venue de Rouslan Stefantchouk:
Quant au blocage des escaliers en tant que tel, il n'a duré que quelques minutes. «A aucun moment les parlementaires n'ont été empêchés d'exercer leur mandat», nous communique-t-on.
Les services du Parlement rappellent également que le règlement intérieur «s'applique à toutes les personnes qui se trouvent au Parlement», parlementaires compris. Dans ce contexte, et toujours selon le règlement, «les ordres du personnel de sécurité doivent être respectés».
Roger Golay n'en veut toutefois pas au policier. «Ces agents sont des exécutants et ils reçoivent des instructions, je ne les blâme pas. Et ils savent qui nous sommes au Palais fédéral. C'est le concept de sécurité dans son ensemble qui a été mal pensé.»
Pour l'élu MCG, il aurait parfaitement pu être possible de renforcer les contrôles autrement, par exemple en vérifiant les sacs à l'entrée du bâtiment. Il compare la situation à celle d'un aéroport: une fois le contrôle de sécurité passé, les voyageurs peuvent circuler en toute liberté. Pour l'élu, le problème se situe bien plus haut, à la tête de Fedpol:
La cheffe de Fedpol va pourtant déjà quitter son poste, à la fin de janvier 2025. «Elle doit démissionner immédiatement. Elle n'a pas été capable de prévoir ou gérer un cas comme celui-là. Il y a un manque de communication crasse au sein de son office.» Au début du mois, Roger Golay avait déjà vertement critiqué la cheffe de Fedpol dans 24 heures à cause de son indemnité de départ, de plus de 300 000 francs.
Si à droite on critique la police, c'est plutôt à gauche qu'on la défend. Autre Genevois dans l'hémicycle, Nicolas Walder (Verts/GE) trouve également la situation honteuse, mais dans l'autre sens: «Personne n'est au-dessus des lois et Thomas Aeschi devait respecter les mesures de sécurité, comme tout autre citoyen. Dire "Je suis un élu, je n'ai pas besoin de me plier aux restrictions", ça ne va pas. D'autant plus venant d'un des cadres d'un parti qui prétend être garant de l'ordre et de la sécurité.»
Pour le Vert, c'est aussi la présence du président du Parlement ukrainien, à quelques mètres à peine de l'altercation au moment des faits, qui est en cause.
Quid de la demande de démission de Nicoletta della Valle par Roger Golay? «Demander la démission d'une personne qui fait son travail juste parce que leur chef de groupe n'est pas content, où en sommes-nous?»
Nicolas Walder ajoute: «Et puis, nous parlons du deuxième officiel le plus important d'Ukraine. Il y a déjà eu des tentatives d'assassinat de la part de la Russie contre eux. Le concept de sécurité était donc parfaitement adapté.»
Nicolas Walder n'est pas le seul conseiller national de gauche à pointer du doigt l'UDC en les accusant de faire le jeu de Poutine. Dans 24 heures, Samuel Bendahan (PS/VD) parle lui aussi d'un «acte de propagande pour Poutine». Dans Blick, Roger Nordmann loue le travail «remarquable» des policiers du Parlement.
Pour Roger Golay, ce n'est pas le sujet: