Ces vieilles failles coûtent des milliards à la Confédération
Le constat du Contrôle fédéral des finances est accablant. Après avoir analysé 24 rapports consacrés à des projets informatiques et de numérisation menés sur les deux dernières années, ils arrivent à une conclusion sans appel: l’administration fédérale n’a rien appris.
En 2016 déjà, le Contrôle fédéral des finances (CDF) avait examiné les difficultés rencontrées pour 20 projets complexes et de grande ampleur. Il avait alors formulé plusieurs recommandations. Les 24 projets passés aujourd’hui au crible portent là encore sur des montants considérables. La Confédération a consacré jusqu’à cinq milliards de francs à la transformation numérique. Le CDF conclut une nouvelle fois que:
Selon lui, l’administration n’est pas parvenue à inscrire durablement les améliorations dans son organisation ni à les appliquer aux projets suivants.
Quiconque a déjà participé à un projet informatique connaît les défis liées au respect d’un calendrier précis et d’une gestion rigoureuse des coûts. Mais les critiques portent ici sur des faiblesses structurelles de l’organisation. Plus précisément, le Contrôle fédéral des finances pointe cinq éléments déjà décelés il y a près de dix ans.
- La première, et sans doute la plus lourde de conséquences, concerne le pilotage. Les projets informatiques semblent manquer d’une planification d’ensemble. «La planification ne s'étend pas jusqu’à la fin du projet, les dépendances essentielles ne sont pas prises en compte et les séquences déterminantes des tâches ne sont pas gérées de manière cohérente», écrit le CDF.
- Le rapport relève également qu'une coordination stratégique et opérationnelle globale fait «souvent» défaut. Selon le Contrôle fédéral des finances, les priorités restent floues et les ressources ne sont pas utilisées de manière ciblée.
- Avant de déployer un nouveau système informatique, encore faut-il savoir pourquoi. Le CDF reproche à la Confédération de ne pas définir clairement les bénéfices attendus, autrement dit de ne pas répondre à une question essentielle: quels effets concrets et quelle valeur ajoutée cela doit-il apporter? L'autorité cite notamment le programme de numérisation Digisanté, auquel de nombreuses promesses sont associées, mais sans objectifs mesurables. Il devient dès lors impossible de démontrer si les millions de francs d’argent public investis produisent réellement les résultats escomptés.
- Le fédéralisme apparaît, lui aussi, comme un frein. Selon le CDF, la coopération au sein de l’administration et avec les cantons ne s’est «pas sensiblement» améliorée. «Le succès de plusieurs projets reste limité, car la Confédération ne dispose pas de la capacité d’imposer les mesures nécessaires». Depuis dix ans, le Contrôle fédéral des finances plaide pour un rôle plus actif des départements afin de renforcer les projets stratégiques.
- Le passage de la phase de projet à celle de l’exploitation s’avère également problématique. Le CDF relève notamment l’absence de mise en place d’un service d’assistance interne ainsi qu’une forte dépendance à l’égard de prestataires externes.
Il souligne qu’il s’agit de projets stratégiques de l’administration fédérale qui, en raison des ressources financières et humaines engagées ainsi que de leur complexité, nécessitent une gouvernance centralisée à l’échelle de la Confédération. En réponse au rapport, l’administration fait valoir que nombre de ces projets stratégiques sont «confrontés à des parties prenantes complexes et à un environnement difficile».
La Chancellerie fédérale rappelle en outre que l’administration achève chaque année environ 200 projets informatiques, «dont la grande majorité avec succès». En mars, le gouvernement a néanmoins chargé la Chancellerie de poursuivre le développement du pilotage central de la transformation numérique.
(Adaptation française: Valentine Zenker)
